Le chef conservateur Pierre Poilievre continue d’exiger du premier ministre Mark Carney qu’il s’assure que le système d’immigration soit «sous contrôle», mais il s’est gardé, mercredi, d’avancer un chiffre qui représenterait, selon lui, un niveau acceptable de nouveaux arrivants.
Le gouvernement fédéral dévoilera jeudi son plan, sur trois ans, en matière d’immigration, comme il est tenu de le faire au tournant de chaque mois de novembre. Les cibles chiffrées pour chaque catégorie d’immigration seront présentées en même temps que sera déposé le budget 2026 par le ministre des Finances, François-Philippe Champagne.
M. Carney a promis de poursuivre une stabilisation des niveaux d’immigration qui, a-t-il plaidé, a déjà commencé, bien qu’elle doive, à ses yeux, se poursuivre. Le premier ministre a aussi promis de collaborer avec les provinces en matière d’immigration économique.
La question de la capacité d’accueil des provinces est discutée ouvertement d’un bout à l’autre du pays depuis des années.
Les groupes représentant des entrepreneurs et des employeurs rappellent régulièrement, quant à eux, les enjeux de pénurie de main-d’œuvre. Le juste milieu est donc à trouver par le gouvernement au pouvoir, année après année.
Pressé à maintes reprises par des journalistes, mercredi, à savoir quelles cibles d’immigration, exactement, il aimerait voir, M. Poilievre a contourné chaque question.
«On va regarder ce qui est dans le budget et on va prononcer notre position», a-t-il fini par répondre.
Il a noté qu’il réclamait une baisse des niveaux d’immigration. «Il faut réduire les chiffres», a dit le chef de l’opposition officielle sans chiffrer cette demande.
Il a laissé entendre que M. Carney était malhonnête intellectuellement en soutenant que la stabilisation des niveaux d’immigration avait déjà commencé.
«M. Carney essaie de camoufler sa politique d’immigration massive en comparant les chiffres d’aujourd’hui aux chiffres de Trudeau. Quand vous vous comparez à la folie, c’est la folie», a-t-il lancé en faisant référence au précédent premier ministre, qui était aussi à la tête d’un gouvernement libéral.
Effectivement, M. Trudeau avait mis le pied sur l’accélérateur en matière d’accueil de nouveaux arrivants et des voix s’étaient élevées parmi les premiers ministres provinciaux, qui soutenaient ne pas pouvoir accueillir adéquatement ces immigrants.
Une décélération a été initiée vers la fin de mandat de M. Trudeau et s’est poursuivie sous M. Carney, mais c’est insuffisant aux yeux de M. Poilievre.
«M. Carney est capturé par les lobbyistes des grandes corporations qui veulent réduire les salaires et augmenter le loyer. (...) M. Carney agit pour les grandes entreprises, les grandes corporations, au lieu (de le faire) pour les travailleurs et nos jeunes», a conclu le chef conservateur.
Le gouvernement Carney, de son côté, se dit à l’écoute des préoccupations quant à la pénurie de main-d’œuvre.
Le jeu d’équilibriste auquel est confronté Ottawa est aussi particulier en ce qui concerne ses relations avec le Québec, puisque cette province vient d’élire un gouvernement péquiste qui souhaite une réduction des seuils d’immigration.
Le Québec a des pouvoirs en immigration qui sont définis par l’accord Québec-Canada, a souligné, mercredi, le lieutenant québécois des libéraux, Joël Lightbound.
Toute discussion avec le nouveau gouvernement du Québec se fera «dans le respect de l’accord Canada-Québec, (conclu) il y a plus de trois décennies, qui confère au Québec énormément de pouvoirs en matière d’immigration économique», a-t-il évoqué.
Le député de la circonscription de Louis-Hébert estime que la pénurie de main-d’œuvre est aussi un enjeu qui est venu aux oreilles de Québec.
«La réalité de nos entreprises et de la pénurie de main-d’œuvre dans tellement de régions du Québec, je veux dire, je l’entends et je suis convaincu que le gouvernement du Québec l’entend aussi.»

