Politique

Il faut résorber l'arriéré de Phénix rapidement, presse la vérificatrice générale

Le gouvernement fédéral s’efforce de remplacer Phénix, qui présentait plusieurs problèmes, par Dayforce, et tous les ministères et organismes devraient migrer vers la nouvelle plateforme d’ici mars 2031.

Mis à jour le 

Publié le 

La vérificatrice générale du Canada, Karen Hogan, lors d'une conférence de presse à Ottawa, le 19 octobre 2023. La vérificatrice générale du Canada, Karen Hogan, lors d'une conférence de presse à Ottawa, le 19 octobre 2023. LA PRESSE CANADIENNE (Justin Tang)

Selon la vérificatrice générale du Canada, Karen Hogan, le gouvernement fédéral dispose de peu de temps pour résorber l’arriéré des opérations de paie de la fonction publique enregistrées dans l’ancien système Phénix, s’il veut éviter que des erreurs ne se répercutent sur le nouveau système.

Le gouvernement fédéral s’efforce de remplacer Phénix, qui présentait plusieurs problèmes, par Dayforce, et tous les ministères et organismes devraient migrer vers la nouvelle plateforme d’ici mars 2031.

Un nouveau rapport du Bureau de la vérificatrice générale du Canada indique que les progrès du gouvernement sont demeurés limités quant à l’élimination d’un arriéré de transactions salariales qui s’élevait à plus de 233 000 et touchait au moins 133 000 employés au 30 septembre 2025.

Ce retard comprend toutes les transactions qui n’ont pas été traitées dans le respect des normes de service.

«Cela est très important parce que, si l’arriéré n’est pas résorbé d’ici la transition à Dayforce, il y a un risque de reproduire les erreurs non résolues dans le nouveau système et d’en compromettre l’efficacité», indique le rapport.

«Je suis plutôt préoccupée par les arriérés de longue durée. Il y a au delà de 50 % des arriérés où cela fait plus de deux ans qu’ils sont en attente», a souligné Mme Hogan en conférence de presse.

Elle a expliqué que plus les temps d’attente sont longs, plus les cas deviennent complexes à résoudre, surtout si l’employé concerné quitte la fonction publique.

Implantation devancée de trois ans

Le rapport précise que le gouvernement a raccourci d’environ trois ans le délai prévu pour la migration des ministères et des organismes vers Dayforce plus tôt cette année, ce qui a considérablement réduit le temps disponible pour résorber l’arriéré.

Il ajoute que cette décision a été prise, en partie, pour atténuer les «complexités et les coûts» associés à l’exploitation simultanée de deux systèmes de paie pendant plusieurs années.

«Il sera important pour Services publics et Approvisionnement Canada de rapidement relever les risques qu’un calendrier raccourci pourrait entraîner, de les surveiller régulièrement et de les atténuer afin d’éviter des problèmes de paye semblables à ceux rencontrés après le déploiement de Phénix», indique le rapport.

Le système de paie Phénix, mis en place en 2016, a centralisé les services de paie pour la plupart des employés fédéraux.

Depuis, des fonctionnaires ont été confrontés à des problèmes importants liés à leur paie, tels que des retards de paiement, des paiements en moins, des paiements en trop, voire aucune rémunération.

La vérificatrice générale a également constaté que le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada «progressait lentement» dans la simplification des règles de rémunération.

Le rapport indique que Services publics et Approvisionnement Canada procède à des personnalisations de Dayforce pour éviter des retards dans la transition au nouveau système. Il précise que le gouvernement a demandé à Dayforce de développer trois applications personnalisées qui coûteraient environ 4 millions $ par an au gouvernement.

«Les fonctionnaires nous ont dit que ces travaux visaient à éviter que la lenteur des progrès dans la simplification ne freine la mise en œuvre du nouveau système de paye», note le rapport.

Bien que le gouvernement ait estimé que le remplacement de Phénix par Dayforce coûterait plus de 4,2 milliards $, les estimations préliminaires n’incluaient pas les coûts liés à la transition des ministères et des organismes vers le nouveau système, précise le rapport.

Réorientation des priorités

En septembre 2025, le gouvernement était en train d’élaborer des estimations détaillées des coûts, selon le rapport.

Mme Hogan a précisé lundi que le coût estimé à 4,2 milliards $ pour la transition vers Dayforce était «approximatif» et qu’elle s’attendait à ce que le coût réel soit plus élevé.

«Je pense que c’est l’occasion pour le gouvernement de vraiment penser différemment et de ne pas se contenter d’une réflexion cloisonnée. Il faut tenir compte du fait que chaque ministère et chaque organisme devra changer sa façon de travailler, modifier ses processus et s’adapter, ce qui a un coût.»

Joël Lightbound, ministre de la Transformation du gouvernement, des Travaux publics et de l’Approvisionnement, a indiqué lundi aux journalistes que, de 2018 à 2023, le gouvernement avait investi 280 millions $ pour remplacer Phénix par un nouveau système, et qu’un budget de 566 millions $ était prévu jusqu’en 2027.

«Quant au coût détaillé de la transition, il fait actuellement l’objet d’un examen au niveau des responsables», a ajouté M. Lightbound, qui a précisé qu’il acceptait les conclusions de la vérificatrice générale.

Il a déclaré qu’il était certain que le système devait être purgé d’erreurs avant la transition et qu’il restait encore du travail à accomplir.

Au début de 2023, Services publics et Approvisionnement Canada s’était fixé pour objectif d’éliminer toutes les transactions salariales datant d’un an ou plus avant mars 2026.

La vérificatrice remarque que, depuis, les rapports internes du ministère jusqu’en septembre 2025 indiquaient qu’il n’atteindrait pas cet objectif.

Plus récemment, selon le rapport, le gouvernement fédéral a modifié son approche, passant de l’élimination des transactions datant de plus d’un an à la conciliation de trois priorités.

Ces priorités sont les suivantes: éliminer l’arriéré pour les premiers ministères et organismes qui adopteront Dayforce; traiter toutes les nouvelles transactions dans le respect des normes de service; et éliminer progressivement l’arriéré pour tous les autres ministères et organismes, en commençant par les transactions les plus anciennes ayant l’incidence financière la plus élevée.

La Commission canadienne de sûreté nucléaire, Services partagés Canada et Services publics et Approvisionnement Canada devraient faire partie des premiers ministères et organismes qui devraient adopter Dayforce en 2027.

Le rapport révèle que le gouvernement n’a pas pleinement évalué les inconvénients potentiels de son plan visant à éliminer l’arriéré global, en commençant par les premiers ministères à adopter Dayforce.

Il indique que le gouvernement devrait évaluer comment les ministères qui adopteront Dayforce plus tard seront affectés, et examiner comment des événements futurs — comme une baisse du nombre de fonctionnaires fédéraux — pourraient influer sur le nombre de nouvelles transactions salariales.

Catherine Morrison

Catherine Morrison

Journaliste