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Hydro-Québec pourrait atteindre ses cibles d'investissements plus tôt, suggère Carney

«Ça change les économies, les rendements pour Hydro-Québec et c’est un grand incitatif pour accélérer cet investissement.»

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Le premier ministre Mark Carney arrive sur la colline du Parlement, à Ottawa, le mercredi 6 mai 2026. LA PRESSE CANADIENNE Le premier ministre Mark Carney arrive sur la colline du Parlement, à Ottawa, le mercredi 6 mai 2026. LA PRESSE CANADIENNE (Sean Kilpatrick)

Le premier ministre fédéral, Mark Carney, laisse entendre qu’Hydro-Québec pourrait bien atteindre ses cibles d’investissements prévues d’ici 2035 plus rapidement grâce à un crédit d’impôt du gouvernement du Canada.

«Ça change les économies, les rendements pour Hydro-Québec et c’est un grand incitatif pour accélérer cet investissement», a dit jeudi M. Carney.

Il a exprimé un tel enthousiasme au cours d’un point de presse destiné à dévoiler sa stratégie en alimentation pancanadienne d’électricité propre, laquelle est soumise à une consultation de quatre mois.

L’incitatif auquel le premier ministre faisait référence est un programme d’abord annoncé en 2023 qui offre, plus précisément, un crédit d’impôt remboursable de 15 % pour aider les producteurs d’électricité à accélérer leurs projets de production, de stockage et de transport interprovincial.

«C’est un grand montant d’argent», a affirmé M. Carney. Les sociétés publiques provinciales, comme Hydro-Québec ou BC Hydro, sont admissibles au crédit d’impôt.

Selon le premier ministre fédéral, Hydro-Québec fait déjà preuve d’une «ambition» qui est «formidable pour le Québec et pour le Canada» et qui se concrétise notamment par des investissements promis dans son Plan d’action 2035.

Les conséquences de l’hiver 2025-2026 sur vos factures d’électricité dévoilées Les Québécois ont vu leurs factures d’électricité grimper en flèche en raison du long et rigoureux hiver qu’ils ont dû traverser, constate Hydro-Québec dans son dernier bilan hivernal.

Cette feuille de route prévoit des investissements oscillant entre 155 et 185 milliards $. Plus précisément, Hydro-Québec compte investir de 90 à 110 milliards $ d’ici 2035 pour augmenter sa capacité de production et rehausser la capacité de son réseau de transport.

Également, entre 45 et 50 milliards $ doivent servir à assurer la fiabilité des infrastructures, ce qui permettra, selon le fournisseur d’électricité, de réduire la fréquence des pannes de 35 % sur un horizon de 7 à10 ans.

Un porte-parole d’Hydro-Québec a, dans un courriel, refusé de répondre directement à une question de La Presse Canadienne, à savoir si la société d’État croit pouvoir atteindre plus rapidement ses cibles d’investissements grâce au programme fédéral de crédit d’impôt évoqué par M. Carney.

La présidente et directrice générale d’Hydro-Québec, Claudine Bouchard, a joué de prudence quand elle a commenté, de façon générale, les grandes orientations dévoilées par Ottawa en matière d’électrification.

«On voit ça d’un bon œil pour le moment, mais vous le savez comme moi que le diable est dans les détails», a-t-elle dit dans une brève mêlée de presse, à Québec, en marge d’une étude de crédits en commission parlementaire.

«On a reçu le document ce matin. On va prendre connaissance et on va regarder ça un peu plus en détail avant de se prononcer de façon officielle», a ajouté Mme Bouchard.

Au moment de l’annonce du Plan d’action 2035 d’Hydro-Québec, Michael Sabia, aujourd’hui greffier du Conseil privé à Ottawa, était président et directeur général de la société d’État. M. Carney a d’ailleurs noté au passage les fonctions qu’y a occupées M. Sabia.

Par ailleurs, le premier ministre a aussi fait valoir que le Québec pourra bénéficier d’un appui de son gouvernement pour améliorer l’interconnectivité entre provinces en matière d’approvisionnement électrique.

«Il y a la possibilité pour le gouvernement du Canada de trouver ou faire un complément des solutions entre les provinces et on a des discussions sur cela», a-t-il dit.

Il n’a pas manqué de relever que le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador ont un «projet», soit un protocole d’entente qui prévoit, entre autres, un chantier pour augmenter la puissance de la centrale de Churchill Falls.

Le gouvernement du Québec a d’ailleurs réagi pratiquement à chaud à l’annonce de M. Carney.

Questionné par le député péquiste Pascal Paradis en commission parlementaire, le ministre de l’Énergie, Bernard Drainville, a indiqué que le Québec n’avait pas été mis au courant du plan de M. Carney avant son dévoilement.

M. Paradis voit dans le plan fédéral un «risque important pour la souveraineté énergétique du Québec».

M. Drainville a pour sa part soutenu qu’il allait s’assurer du respect des compétences du Québec.

De son côté, le Bloc québécois a martelé que le Québec doit recevoir la part qui lui revient des investissements fédéraux. «Hydro-Québec a déjà un plan. (...) Nous demandons qu’Ottawa le reconnaisse et confirme d’entrée de jeu un financement conséquent, sans conditions», a déclaré, par écrit, le porte-parole bloquiste en matière de ressources naturelles, Mario Simard.

Le Bloc redoute en outre que l’argent de contribuables québécois serve à financer les projets d’autres provinces canadiennes, «au premier titre l’Ontario, qui veut développer le nucléaire à grands frais, et peut-être la production par la combustion d’hydrocarbures, ce qui est inacceptable dans un contexte de crise climatique».

Le député Mario Simard semble ainsi faire référence au fait que M. Carney a insisté sur le fait qu’il veut accorder un rôle au gaz naturel dans sa stratégie pour de l’électricité propre, lui qui a précisé ne pas rechercher «la pureté absolue de la production». Son gouvernement souhaite aussi assouplir le Règlement sur l’électricité propre, dont l’Alberta est déjà exemptée.

Malgré les assouplissements annoncés, le chef conservateur Pierre Poilievre croit qu’entre les plans de Mark Carney et son prédécesseur, Justin Trudeau, c’est «du pareil au même».

Sur le réseau «X», il a affirmé que l’actuel premier ministre «a répété les mêmes politiques libérales qui ont fait augmenter les prix et réduit la production au cours de la dernière décennie: les taxes carbone industrielles, les lois anti-développement, l’échec de la Banque d’infrastructure, les crédits d’impôt que les entreprises n’utilisent pas et, sans oublier, les nombreux discours qui ne mènent nulle part».

Avec des informations de Patrice Bergeron, à Québec

Émilie Bergeron

Émilie Bergeron

Journaliste