L’ancien premier ministre Stephen Harper confirme avoir proposé à Mark Carney, alors gouverneur de la Banque du Canada, un poste au sein de son gouvernement conservateur en 2012 – mais pas celui de ministre des Finances. Du moins, pas tout de suite.
Dans son nouveau livre intitulé Here for Canada: Memoirs of the 22nd Prime Minister, Stephen Harper explique qu’il avait informé Mark Carney que le poste de ministre des Finances était déjà pourvu. Il lui avait toutefois mentionné qu’il serait le premier nom sur la liste si le poste venait à se libérer.
«Évidemment, je ne lui ai pas proposé le poste de ministre des Finances, car il n’était pas disponible à l’époque. Cependant, je lui ai fait savoir que, s’il choisissait de rejoindre le gouvernement, il serait le candidat favori si le poste venait à se libérer», écrit M. Harper.
Lors d’une entrevue accordée à la CBC pendant la course à la direction du Parti libéral, en 2025, M. Carney a déclaré que M. Harper lui avait «demandé s’il accepterait d’être son ministre des Finances en 2012».
M. Carney avait répondu à l’époque qu’il ne serait pas approprié de passer directement de la Banque du Canada à la vie politique au sein d’un parti.
Dans son livre, publié mardi, M. Harper explique que, si M. Carney s’était montré «très efficace» en tant que gouverneur de la Banque du Canada, son ministre des Finances, Jim Flaherty, s’inquiétait «de plus en plus», au lendemain des élections de 2011, que M. Carney nourrisse des ambitions politiques et puisse souhaiter briguer la direction du Parti libéral – ce qui faisait l’objet de nombreuses rumeurs à l’époque.
«C’était une préoccupation sérieuse pour nous», écrit M. Harper.
M. Harper explique qu’il en a parlé à Nigel Wright, son chef de cabinet, qui a suggéré qu’offrir un poste à M. Carney permettrait soit de s’assurer de ses services au sein du gouvernement, soit de le contraindre à écarter toute candidature à la direction du Parti libéral, puisqu’il occupait le poste non partisan de gouverneur de la Banque du Canada.
M. Harper souligne que «Mark a pris le temps de réfléchir à cette opportunité», avant de conclure qu’il devait rester «en dehors de la politique partisane». M. Harper note ensuite que M. Carney était parti peu après pour occuper le poste de gouverneur de la Banque d’Angleterre.
Le passage sur M. Carney n’est qu’une brève parenthèse dans ces mémoires de près de 650 pages. M. Harper estimait devoir aborder la question, car elle a «parfois fait surface dans les médias».
Retour sur la campagne de 2015
L’ouvrage présente le point de vue de M. Harper sur son parcours dans la politique canadienne, du début à la fin, depuis l’unification de la droite sous la bannière du Parti conservateur moderne jusqu’à sa décennie au pouvoir.
Il contient également un rare récit à la première personne de la dernière campagne électorale de M. Harper et de la défaite de son gouvernement en 2015.
L’ancien premier ministre avoue qu’il a envisagé de quitter la direction du parti durant l’été 2014 afin de le rajeunir.
M. Harper souligne qu’après avoir décidé de rester à la tête de son parti pour le mener dans ce qu’il savait être une campagne difficile, il avait décidé de rester en fonction jusqu’au lendemain du 1er juillet 2017, date du 150e anniversaire de la Confédération, puis d’organiser une course à la direction.

M. Harper précise également qu’il n’a pris connaissance de l’un des épisodes les plus controversés de la campagne électorale de 2015 – l’appui de son parti à la création d’une ligne téléphonique de dénonciation des «pratiques culturelles barbares» – que lors de sa préparation au débat des chefs en français à Montréal.
Ce projet de ligne téléphonique – qui a frustré certains conservateurs et entravé les efforts du parti pour se rapprocher des communautés multiculturelles des années plus tard – avait été porté à l’époque par les anciens ministres Kellie Leitch et Chris Alexander.
M. Harper écrit qu’il était «furieux» en apprenant l’existence de cette proposition, au sujet de laquelle il affirme n’avoir pas été consulté et qu’il a dû défendre pendant la campagne électorale.
Quelques réflexions
L’ouvrage couvre plusieurs décennies de l’histoire politique canadienne. M. Harper y décrit notamment ses face-à-face tendus avec le président russe, Vladimir Poutine, lors des sommets du G8, sa réaction à la crise parlementaire de 2008 – lorsque les partis d’opposition ont tenté, sans succès, de former un gouvernement de coalition pour évincer les conservateurs – ainsi que son expérience personnelle lors de l’attaque armée de 2014 sur la colline du Parlement, survenue alors qu’il n’était pas accompagné de son service de protection habituel.
L’ancien premier ministre livre aussi, de temps à autre, des réflexions sur des sujets d’actualité. Alors qu’il a participé à deux reprises au Forum économique mondial de Davos, il se dit aujourd’hui opposé à cet événement.
S’il était premier ministre aujourd’hui, M. Harper soutient qu’il mettrait fin à la participation du gouvernement canadien au Forum économique mondial, un événement qu’il décrit comme un forum autrefois utile, mais qui est devenu un club visant à promouvoir «les intérêts étroits de ses participants mondialistes et élitistes».

