La première ministre Christine Fréchette affirme ne pas disposer de suffisamment d’informations pour déterminer si l’accord provisoire conclu entre le Canada et les États-Unis est avantageux pour le Québec.
Mme Fréchette s’est adressée aux journalistes devant son bureau à l’issue d’une réunion avec le premier ministre Mark Carney et les premiers ministres des provinces canadiennes au sujet d’un éventuel accord avec les États-Unis.
Le président américain Donald Trump a depuis reporté de trois jours l’entrée en vigueur de ses nouveaux droits de douane de 50 % sur les produits canadiens.
«Je dois obtenir davantage d’informations d’Ottawa. J’ai posé de nombreuses questions, et ils en ont pris note; nous en reparlerons demain, ou peut-être vendredi, on verra bien», a-t-elle déclaré.
«Lorsque j’aurai toutes les informations, je serai en mesure de déterminer si cet accord est favorable ou non pour le Québec. Je suis ici pour protéger les entreprises et les travailleurs, et il faut préserver la gestion de l’offre ainsi que l’exception culturelle; par conséquent, tant que je n’aurai pas de nouvelles informations, je ne pourrai pas me prononcer.»
Lors de la rencontre, M. Carney aurait demandé aux provinces de remettre l’alcool américain en vente sur leurs tablettes, selon les premiers ministres de la Nouvelle-Écosse et la Saskatchewan. Mais Mme Fréchette a refusé de prendre cet engagement avant d’avoir une connaissance plus profonde des modalités de l’entente.
«C’est le Québec et le Québec seul, qui décide de ces questions-là. Quand j’aurai davantage d’informations, je vais pouvoir prendre une décision. Pour l’instant, il me manque des informations», a-t-elle déclaré.
Les négociations se poursuivent, a assuré Mme Fréchette. «Il y a des choses qui peuvent bouger», a-t-elle affirmé, ajoutant que «les choses avancent».
«On est déjà mieux placés qu’il y a quelques jours», a-t-elle souligné.
La première ministre du Québec, Christine Fréchette, a rencontré des représentants des principaux secteurs susceptibles d’être touchés par les nouveaux droits de douane lors de deux réunions d’urgence organisées la semaine dernière, notamment ceux de l’agriculture, de l’aluminium, de la sylviculture et de la sidérurgie.
À l’issue de ces deux réunions, elle a appelé le gouvernement fédéral à protéger les intérêts économiques de la province et le système de gestion de l’offre du pays, en avertissant que le secteur laitier québécois risquait d’être le plus durement touché par les droits de douane.
Fréchette préoccupée
«On s’attend à ce qu’il y ait une réduction des tarifs qui sont déjà appliqués. On veut absolument éviter l’application de nouveaux tarifs et également on veut une révision de l’entente qui encadre l’ensemble de nos échanges commerciaux avec les États-Unis», a indiqué Mme Fréchette.
«C’est préoccupant ce qui est à risque, ce qui est en jeu, parce que ça pourrait amener des changements économiques très importants», a-t-elle soutenu.
Son ministre des Finances, Eric Girard, a assuré que des programmes d’aides pour les entreprises étaient prêts si nécessaire.
«On est toujours prêt pour aider nos entreprises. On ne ferait pas notre travail, on ne prendrait pas nos responsabilités, si on n’était pas prêt à aider dans la possibilité de scénarios difficiles», a-t-il affirmé.
Le ministre des Relations internationales, Christopher Skeete, a pour sa part fait preuve de prudence.
«Il y a des propositions qui sont placées sur la table à tout moment et qui sont enlevées à tout moment, donc on ne sait pas où est-ce que le fédéral va aboutir en bout de ligne», a-t-il dit.
Trêve de trois jours
Mardi en soirée, le président américain Donald Trump a annoncé que l’imposition des droits de douane de 50 % contre le Canada était reportée de trois jours.
Sur son réseau Truth Social, M. Trump a évoqué l’oléoduc Keystone XL en parlant d’un accord qui surviendrait entre les États-Unis et le Canada.
La proclamation officielle de la Maison-Blanche concernant la suspension des droits de douane indique que «le Canada s’est engagé» à éliminer les «mesures discriminatoires» qui, selon les États-Unis, ne s’appliquaient pas aux autres pays.
Parmi les «mesures discriminatoires» énumérées dans la proclamation figurent les interdictions provinciales concernant la vente de produits alcoolisés américains. Le document cite aussi le contingent de rétorsion mis en place par le Canada sur les importations de véhicules américains en franchise de droits de douane et le système de gestion de l’offre dans le secteur laitier.
Sur le réseau social X mercredi, le premier ministre canadien Mark Carney a confirmé que les deux pays se dirigeaient vers un accord.
À Washington, le ministre canadien responsable du commerce avec les États-Unis, Dominic LeBlanc, a affirmé que le «système de gestion de l’offre demeure entièrement intact».
Le chef libéral, Charles Milliard, s’est dit «très heureux» des propos du ministre LeBlanc. «C’est un point qui est très important, qui devrait d’ailleurs transcender tous les partis de la politique au Québec. Je pense que c’est une bonne nouvelle», a-t-il affirmé en mêlée de presse à Montréal.
- Avec des informations de La Presse canadienne

