Habituellement plutôt prompte à dénoncer ou déplorer les conflits internationaux, l’Assemblée nationale reste silencieuse sur la guerre qui ravage l’Iran et les pays du Moyen-Orient depuis bientôt un mois.
Les partis font souvent front commun pour en appeler à la résolution pacifique des conflits selon une tradition bien établie au Québec, mais dans ce cas, aucune motion n’a été déposée en Chambre, alors que la guerre en Iran entraîne pourtant des conséquences directes dans le quotidien des Québécois qui font le plein aux stations-services.
Le Parlement s’est exprimé maintes fois par voie de motion auparavant concernant la guerre en Ukraine, mais aussi sur le conflit israélo-palestinien, ou encore les actes de violences des bandes armées en Haïti, mais cette fois, aucune formation politique ne s’est avancée officiellement au Salon rouge.
Le ministre des Relations internationales, Christopher Skeete, avait appelé le 3 mars dernier à une «désescalade du conflit en privilégiant la recherche de solutions pacifiques, dans l’intérêt des populations civiles en Iran et dans l’ensemble de la région», mais ne s’est pas exprimé sur la question au Parlement.
Les partis d’opposition ont laissé entendre mercredi qu’il n’y avait pas eu de proposition de motion qui avait circulé sur cet enjeu entre eux en vue d’être déposée en Chambre.
Le chef libéral Charles Milliard a indiqué que son parti n’a pas de position officielle puisque les affaires étrangères sont de compétence fédérale.
«On a un rôle, évidemment, à jouer et on a à commenter l’impact sur le prix de l’essence, à titre d’exemple, a-t-il affirmé en point de presse. Mais je note comme vous qu’il n’y a pas eu de prise de position officielle à l’Assemblée.»
Le leader parlementaire de Québec solidaire (QS), Alexandre Leduc, a souligné que son parti avait pris position dans les réseaux sociaux en soutien aux Iraniens et Iraniennes.
«Il y a une agression étrangère américaine, israélienne, sur le régime. (...) C’est une situation où on n’est ni en soutien aux ayatollahs, forcément, ni non plus en soutien aux bombardements.»
QS a par la suite transmis à La Presse Canadienne des messages publiés par ses élus dans les réseaux sociaux, notamment Ruba Ghazal qui déplorait que «les vies des femmes et des enfants éclatent» quand «les bombes tombent».
De même, son collègue Andrés Fontecilla a dénoncé «l’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, qui constitue une agression illégale et une violation flagrante du droit international».
La semaine dernière, QS a dû prendre ses distances d’une manif en soutien au régime iranien où le drapeau de la formation politique avait été brandi.
En mêlée de presse, le député péquiste Pascal Paradis a pour sa part rappelé qu’il avait dénoncé le «régime dictatorial» iranien tout en appelant à une solution conforme au droit international, pour éviter l’escalade.
Il a ajouté que ce conflit met toutefois de nouveau en lumière le fait que le Québec, à titre de simple province, ne peut défendre ses intérêts sur la scène internationale alors que ses citoyens sont affectés par la hausse des prix des carburants.
M. Paradis, qui a été membre fondateur et directeur général d’Avocats sans frontières Canada, s’était exprimé au début du conflit en Iran.
«Le régime de l’ayatollah Khamenei (...) a usé de la violence contre sa propre population et a multiplié les exactions contre les civils, allant jusqu’à causer entre 6000 et 30 000 morts dans la dernière année seulement selon différentes sources», avait-il écrit sur la plate-forme X.
«Ce régime est également une grande menace à la sécurité internationale, contre laquelle les nations du monde ont le droit de se protéger», avait-il ajouté tout en mentionnant que «le destin de l’Iran repose dans les mains du peuple iranien» et que «trop souvent, de telles interventions militaires ne conduisent ni à la libération espérée ni à l’instauration de la démocratie».
Rappelons qu’une motion formule une position de l’Assemblée une fois qu’elle est adoptée, mais ne peut lier le gouvernement.

