Politique

Groenland: Buckingham Palace garde un œil sur le Canada

Entre incertitudes et craintes face aux menaces de Trump

Publié le 

Le président Donald Trump et le roi Charles III de Grande-Bretagne, à droite, admirent les objets exposés lors d'une visite à l'exposition de la Collection royale, dans le salon vert du château de Windsor, à Windsor, en Angleterre, le 17 septembre 2025. (Aaron Chown/Pool Photo via PA) Le président Donald Trump et le roi Charles III de Grande-Bretagne, à droite, admirent les objets exposés lors d'une visite à l'exposition de la Collection royale, dans le salon vert du château de Windsor, à Windsor, en Angleterre, le 17 septembre 2025. (Aaron Chown/Pool Photo via PA)

Avec la rhétorique croissante de la Maison-Blanche concernant l’intérêt du président américain Donald Trump pour une prise de contrôle américaine du Groenland, combinée aux droits de douane en vigueur et aux déclarations concernant les relations commerciales du Canada avec les États-Unis, l’incertitude grandit quant à l’avenir de notre pays, du Nord et du respect de la souveraineté nationale.

Une fois de plus, les Canadiens recherchent des voix fortes pour défendre notre pays et nos voisins et amis proches au Groenland et au Danemark.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Le Canada et le Danemark partagent des territoires nordiques qui seraient touchés par toute mesure proposée par le président. Les deux nations sont des monarchies constitutionnelles dont les rois jouent un rôle symbolique important, en particulier en période de conflit, de troubles et de tensions.

Au début de l’année 2024, les Canadiens se sont inquiétés à juste titre des menaces qui pesaient sur notre indépendance économique et politique, et beaucoup espéraient entendre directement le roi exprimer son soutien au Canada.

Ce fut une période difficile, compte tenu du double rôle du roi en tant que chef d’État du Royaume-Uni et du Canada.

Dans le cadre de ses fonctions au Royaume-Uni, les Canadiens ont vu le roi inviter le président à une deuxième visite d’État et suggérer une visite aux États-Unis en 2026 pour marquer le 250e anniversaire de l’indépendance américaine. Le gouvernement britannique continue d’utiliser le pouvoir symbolique et le prestige de la monarchie pour soutenir ses objectifs diplomatiques et commerciaux.

Groenland: Trump et son administration durcissent le ton sur les surtaxes douanières Washington n'a montré aucun signe d’apaisement lundi envers les Européens en lien avec la saga du Groenland.

«Fort et libre»

La Couronne au Canada n’est pas en mesure de jouer un rôle similaire avec les États-Unis.

Cependant, la visite du roi en mai 2025 pour ouvrir le Parlement a été un moment important, qui a ravivé la fierté canadienne, en particulier avec la déclaration finale affirmant que «le Grand Nord est en effet fort et libre».

Bien que les tensions ne se soient pas apaisées depuis, les Canadiens peuvent se demander comment les actions américaines envers le Groenland pourraient influencer la réponse du roi, surtout si les tensions avec les États-Unis s’intensifient.

Le roi connaît bien le nord du Canada, qu’il a visité à plusieurs reprises en tant que prince de Galles.

Il s’est notamment joint à la reine Elizabeth II, au prince Philip et à la princesse Anne en 1970 pour une longue visite des Territoires du Nord-Ouest à l’occasion de leur centenaire.

Cette visite s’est déroulée dans un contexte de mépris américain pour la souveraineté canadienne sur le passage du Nord-Ouest, après le passage d’un pétrolier dans les eaux canadiennes.

Déterminé à affirmer la souveraineté canadienne, le gouvernement a veillé à ce que la famille royale visite au moins sept communautés.

Le prince Charles est revenu au Canada en avril 1975 et a même plongé sous la glace arctique lors d’une tournée de 11 jours qui comprenait une visite à Resolute Bay, l’un des points accessibles les plus septentrionaux du Canada. Peu de personnalités publiques ont aujourd’hui une expérience comparable des climats et des communautés nordiques.

Le palais suit sans aucun doute l’évolution de la situation

La connaissance de l’Arctique par le roi s’étend également au Groenland, où son cousin, le roi Frederik X du Danemark, est chef de l’État. Les deux monarques sont cousins au troisième degré, ce qui reflète les liens typiques des familles royales européennes. Les nations européennes et les alliés de l’OTAN, y compris le Canada, se rallient au Danemark dans le conflit actuel avec les États-Unis.

Buckingham Palace suit sans aucun doute de près les événements, conscient des défis auxquels est confronté le roi Frederik. Si les monarques constitutionnels ne négocient pas directement avec les responsables étrangers, ils restent des symboles essentiels de la souveraineté nationale et reflètent l’opinion publique.

Dans son message du Nouvel An, le roi Frederik a fait une référence diplomatique à l’unité «au sein du Royaume du Danemark, en Europe et au sein de l’OTAN» et a mentionné les forces danoises au Groenland, des remarques qui n’ont pas échappé à Londres.

Le Groenland, la Colombie et Cuba dans le viseur américain Après le Venezuela, Donald Trump et les États-Unis visent maintenant le Groenland, la Colombie et Cuba.

En 2024, le roi Frederik a modernisé les armoiries royales du Danemark afin de mieux refléter les réalités actuelles, en accordant une plus grande importance au Groenland et aux îles Féroé, renforçant ainsi l’unité danoise avant que les États-Unis ne s’intéressent à nouveau au Groenland.

Le roi Frederik entretient un lien personnel profond avec le Groenland, qu’il décrit souvent comme un endroit où il se sent libre.

Avant son accession au trône, il a entrepris des expéditions en traîneau à chiens, a passé beaucoup de temps dans des communautés isolées, et lui et la reine Mary ont donné à leurs jumeaux des prénoms groenlandais. Il s’est souvent exprimé à l’échelle internationale sur la protection de l’écosystème fragile du Groenland et a défendu ses intérêts économiques. À bien des égards, son approche reflète l’intérêt de longue date du roi Charles pour le Nord.

Implications directes pour le Canada

Les Canadiens suivront de près l’évolution de la situation au Groenland, car elle a des implications directes pour le Canada. Beaucoup se demandent également comment le roi pourrait tirer parti de ses relations avec le président lors des visites prévues aux États-Unis dans les mois à venir, notamment celle du prince William pour les matchs de la FIFA.

Les monarques constitutionnels doivent trouver un équilibre délicat entre les attentes du public, les directives gouvernementales et la neutralité politique requise.

Cela vaut également pour les héritiers tels que le prince de Galles, qui doivent trouver un équilibre entre leur image internationale et la nature apolitique de leur rôle. Le roi a été un fervent partisan de l’Ukraine et du président Volodymyr Zelensky. Lorsqu’il a récemment reçu le président, de nombreux observateurs ont estimé qu’il avait influencé son point de vue sur l’Ukraine.

Buckingham Palace continuera de suivre l’évolution de la situation au Danemark et au Groenland, en offrant un soutien discret au roi Frederik et au peuple danois, alliés de longue date du Royaume-Uni.

Le palais est également très conscient des menaces qui pèsent sur la souveraineté canadienne, compte tenu de la proximité du Groenland avec le nord du Canada et de son importance pour les communautés autochtones, notamment les Inuits.

Le roi suivra de près la visite prévue prochainement du gouverneur général au Groenland. La gouverneure générale Mary Simon, ancienne ambassadrice au Danemark et ambassadrice du Canada pour les affaires circumpolaires, est également une éminente dirigeante inuite.

Le premier ministre Mark Carney lui a également demandé de rendre visite au président du Mexique cette semaine, soulignant ainsi les liens diplomatiques et commerciaux du Canada au plus haut niveau.

Les monarques constitutionnels encouragent généralement le dialogue, la diplomatie et la résolution pacifique des conflits. Toutefois, si la situation dégénérait en conflit armé ou en autres actions drastiques de la part des États-Unis concernant le Groenland, il serait difficile pour le roi Charles de procéder à la visite d’État prévue aux États-Unis.

Dans le même temps, compte tenu de son influence auprès du président, en particulier en ce qui concerne l’Ukraine, son engagement pourrait rester un atout diplomatique essentiel.

La période actuelle est difficile pour toutes les institutions, en particulier celles qui sont diplomatiques et intrinsèquement apolitiques. Les États-Unis menant une politique économique et étrangère de plus en plus expansionniste, il est difficile pour les monarchies de fonctionner comme d’habitude.

L’année 2026 sera un test pour le Canada et ses alliés. Les Canadiens observeront la position du roi — et celle de ses homologues couronnés — pour voir comment ils réagissent à cette période et apportent leur soutien et leur réconfort à leurs citoyens.