Le ministre de l’Énergie, Jean Boulet, a justifié mercredi l’ouverture de l’aspirante première ministre Christine Fréchette aux gaz de schiste, alors que le gouvernement avait pourtant fermé la porte à cette option en 2022.
«C’est pour la transition énergétique, c’est pour les projets de développement économique, il faut s’assurer d’augmenter l’offre, réduire notre dépendance, réduire notre déficit», a plaidé le ministre à la période de questions.
La proposition de Mme Fréchette de relancer le débat sur la fracturation hydraulique en vue de trouver des gisements de gaz de schiste a beaucoup fait réagir.
En effet, les activités de fracturation hydraulique dans la Vallée du Saint-Laurent avaient soulevé une vague d’opposition dans les années 2010, à tel point que le gouvernement caquiste avait lui-même fermé la porte à cette industrie en adoptant une loi en 2022.
À la période de questions, le député péquiste Pascal Paradis a d’ailleurs rappelé que le ministre Jean Boulet, ainsi que le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, avaient voté en faveur de cette loi, alors qu’aujourd’hui, ils appuient la candidature de Christine Fréchette dans la course à la succession de François Legault.
«Est-ce que le gouvernement change tranquillement d’idée?» a demandé M. Paradis.
«Il y a des milliards $ prévus dans le budget pour des investissements discrétionnaires dans différents secteurs. Il y a le projet de loi 5 (...) qui prévoit l’accélération de certains projets dans le domaine minier notamment. La question est simple: est-ce que le gouvernement de la CAQ est encore d’accord avec la loi qu’il a lui-même fait adopter?»
M. Boulet a rappelé que le droit s’applique actuellement, en d’autres mots il ne peut y avoir d’activités de recherche ou d’exploitation pétrolières ou gazières au Québec.
Mais du même souffle, il a défendu la position exprimée par Mme Fréchette.
«Elle n’a pas dit qu’elle était favorable, elle a dit: ‘la porte est ouverte pour qu’on puisse analyser.’ Nos besoins sont immenses, nous devons accroître notre capacité énergétique et c’est dans ce contexte qu’elle a fait ses commentaires.»
En mêlée de presse en matinée, Mme Fréchette a assuré qu’elle n’avait «pas arrêté sa réflexion».
Elle a laissé entendre qu’il fallait de nouveau envisager l’option des gaz de schiste, parce que «les choses ont évolué au niveau technologique» et que «le contexte a évolué aussi de manière considérable».
Le Québec se trouverait toutefois à contrevenir à un engagement international s’il relance cette filière.
En effet, le premier ministre François Legault a fait du Québec le premier État nord-américain à adhérer à la Beyond Oil and Gas Alliance (BOGA) lors de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, la COP26, en novembre 2021.
Par la suite, pour consacrer son engagement, le gouvernement caquiste a fait adopter en 2022 la «Loi mettant fin à la recherche d’hydrocarbures, à leur production et à l’exploitation de la saumure».
Dans la liste des considérations énoncées au début du texte de loi, le gouvernement rappelle d’ailleurs que «face à l’urgence climatique, le Québec est engagé dans la transition énergétique» et que le Québec «s’est déclaré lié, en 2016, à l’Accord de Paris de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques».
De même, la loi rappelle que «le Québec vise à atteindre la carboneutralité» à l’horizon 2050 et que «pour atteindre la carboneutralité, les États doivent cesser tout nouvel investissement dans la recherche ou la production d’hydrocarbures».

