La cheffe caquiste Christine Fréchette a discrédité au premier jour de la campagne électorale québécoise les affirmations du secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick.
Lors d’une sortie inusitée, cet homme fort de l’administration Trump est carrément intervenu dans la campagne en cours au Québec.
Il a soutenu que le gouvernement Carney avait menti, en inventant de toutes pièces des concessions sur le français demandées par les États-Unis dans les négociations sur le renouvellement de l’accord de libre-échange, tout cela afin de nuire à la montée du Parti québécois dans les sondages.
Appelée à réagir en mêlée de presse à Rivière-du-Loup, jeudi, Mme Fréchette a dit plutôt croire à la version du gouvernement Carney, même si elle a admis qu’elle ne détenait pas de preuve formelle.
«Je crois (M. Carney), je n’ai pas demandé de preuve, je sens la sincérité dans les échanges qu’on a eus», a-t-elle déclaré.
Ottawa avait expliqué que l’administration américaine avait dépassé des lignes rouges dans les négociations en demandant notamment des concessions en matière de culture et de langue, et c’est ainsi que la délégation canadienne a justifié son retrait.
«Le parti souverainiste est en élection et il est en avance au Québec, donc, tout ça, c’était Mark Carney tentant de fabriquer quelque chose qui les empêcherait de gagner», a soutenu jeudi M. Lutnick, en point de presse à Washington.
Questionnée à savoir si elle allait condamner ce qui ressemble à une ingérence étrangère dans les élections québécoises, Mme Fréchette est restée prudente.
«Il est important de discuter de ces sujets entre nous», a-t-elle déclaré.
Elle avait pourtant été beaucoup plus explicite sur la menace américaine lors du lancement de sa campagne quelques heures auparavant à Québec.
Elle était alors appelée par les journalistes à définir son adversaire, alors qu’elle s’en est prise au cours des derniers jours autant au chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon qu’à son rival conservateur Éric Duhaime, tout en ignorant le Parti libéral de Charles Milliard.
«Mon adversaire s’appelle Donald Trump, c’est lui le véritable adversaire, a-t-elle répondu. C’est lui qui menace véritablement le Québec, les Québécois.»
Elle fait ainsi allusion aux menaces de nouveaux droits de douane proférées par le président américain, à la suite du retrait du Canada de la table des négociations en vue du renouvellement de l’accord actuel de libre-échange.
La cheffe caquiste s’est défendue de mousser la crise en vue de racoler les électeurs, ou de tenter de s’élever au-dessus de la mêlée comme l’a fait le premier ministre fédéral Mark Carney.
Mme Fréchette a présenté son parti comme un vecteur de stabilité, dans le contexte de la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis.
«Je vous demande un mandat pour avancer dans la tempête», a lancé Mme Fréchette, à Québec, entourée de nombreux ministres et candidats caquistes en vue des élections du 5 octobre.
Mme Fréchette a officiellement lancé sa campagne en fin de matinée, après avoir tenu son dernier conseil des ministres et rencontré la lieutenante-gouverneure Manon Jeannotte pour proclamer la dissolution de l’Assemblée et déclencher les élections.
Lors de son discours, elle a fait valoir qu’elle et son équipe avaient l’expérience et les qualifications nécessaires pour faire face aux affronts de l’administration Trump.
«Je pense qu’on représente une valeur sûre. On représente l’équipe qui correspond le mieux aux priorités des Québécois», a-t-elle soutenu lors de la période de questions.
Elle a affirmé que le Parti québécois (PQ), qui mène dans les sondages, ne travaillerait qu’à «temps partiel» pour les Québécois, puisqu’il consacrerait principalement ses énergies à la planification d’un référendum sur la souveraineté.
Mme Fréchette a également décoché une flèche en direction du Parti conservateur du Québec, qui «veut passer ni plus ni moins la tronçonneuse dans le gouvernement» en voulant dégager 47 milliards $ sur cinq ans en compressions.
Au libéral Charles Milliard qui la soupçonne de vouloir tirer profit de la guerre commerciale et de nourrir la peur des électeurs à des fins partisanes, Mme Fréchette répond qu’elle ne fait que répondre aux menaces américaines.
«C’est certainement pas que moi qui la cultive. J’en connais un qui aime bien la cultiver. Et ça fait en sorte qu’on est attaqué. On est attaqués de plein fouet, comme jamais auparavant, par notre principal partenaire économique. Il va falloir se défendre.»
