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Frappes américaines au Venezuela: «le Canada appelle les parties à «respecter le droit international», affirme Carney

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Le premier ministre Mark Carney se prépare à faire une annonce à Ottawa, le 18 décembre 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Sean Kilpatrick Le premier ministre Mark Carney se prépare à faire une annonce à Ottawa, le 18 décembre 2025. (Sean Kilpatrick)

Le premier ministre du Canada Mark Carney a réagi samedi en fin de journée, aux frappes menées par les États-Unis au Venezuela et à la capture du président du pays Nicolas Maduro et de son épouse. Plusieurs membres de la classe politique canadienne ont également réagi de même que des dirigeants à l’international.

«Fidèle à son engagement de longue date envers l’état de droit, la souveraineté et les droits de la personne, le Canada appelle toutes les parties à respecter le droit international. Nous soutenons le droit souverain du peuple vénézuélien de décider et de bâtir son propre avenir dans une société pacifique et démocratique», a écrit M. Carney sur les réseaux sociaux.

Le premier ministre a rappelé que le Canada ne reconnaît pas le régime de Nicolás Maduro et que le pays est prêt à aider les Canadiens par le biais des agents consulaires de l’ambassade du Canada à Bogotá, en Colombie. M. Carney a indiqué que le Canada continuera de soutenir les réfugiés vénézuéliens.

Affaires mondiales Canada invitait les voyageurs canadiens à «éviter tout voyage» au Venezuela.

Plus tôt, la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, avait déclaré que le Canada demandait «à tous les partis de respecter le droit international et soutenait le peuple vénézuélien et son désir de vivre dans une société pacifique et démocratique».

Elle a toutefois rappelé que le Canada avait fermé son ambassade au Venezuela depuis 2019 et refusait de reconnaître la légitimité du gouvernement Maduro.

Le gouvernement canadien a émis un avertissement aux voyageurs samedi après-midi, exhortant tous les Canadiens à éviter le Venezuela en raison d’un taux élevé de criminalité violente, d’un contexte politique et économique instable, du risque de détention arbitraire et de la dégradation des conditions de vie de base.

L’avis recommandait aux personnes se trouvant déjà au Venezuela de rester confinées et de s’assurer de conserver des stocks de produits de première nécessité.

Affaires mondiales Canada a déclaré dans un communiqué n’avoir connaissance d’aucun Canadien blessé en lien avec les événements au Venezuela. Le ministère a indiqué que 775 citoyens étaient inscrits à son service d’inscription des Canadiens à l’étranger en date de samedi, mais a précisé que ce nombre n’était qu’une estimation, l’inscription étant volontaire.

Les Canadiens au Venezuela ayant besoin d’une assistance consulaire d’urgence peuvent communiquer avec l’ambassade du Canada à Bogota, en Colombie, pendant les heures d’ouverture.

Des avis divergents

Le chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre, a quant à lui félicité le président Trump sur les réseaux sociaux.

«Félicitations au président Trump pour l’arrestation du narcoterroriste et dictateur socialiste Nicolas Maduro, qui devrait finir ses jours en prison», a écrit M. Poilievre notamment sur Facebook et X.

«Le vainqueur légitime des dernières élections vénézuéliennes, Edmundo González, devrait prendre ses fonctions aux côtés de María Corina Machado, héroïne courageuse et porte-parole du peuple vénézuélien. Fini le socialisme. Vive la liberté», conclut le message du chef conservateur canadien.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, juge «inquiétant que les États-Unis s’instituent en gendarme de ces principes au risque de faire fi du droit international, en particulier en recourant à la force militaire au péril de la vie de civils, et à la séquestration d’un chef d’État, même illégitime».

Même s’il concède que le régime mis en place au Venezuela par Nicolas Maduro défie les libertés fondamentales, l’intégrité et la démocratie, il a invité les États-Unis «à respecter la souveraineté des États et des peuples et à recourir aux instruments internationaux et multilatéraux, au premier chef l’Organisation des Nations Unies (ONU), pour disposer de la menace que pose le régime vénézuélien».

L’activiste vénézuélienne Rebecca Sarfatti, établie à Toronto, a déclaré avoir été surprise samedi matin lorsque plusieurs conversations de groupe avec des proches à Caracas ont commencé à évoquer l’opération.

Cette femme de 54 ans, qui vit au Canada depuis 2001 et est la cofondatrice du Forum Canada-Venezuela pour la démocratie, a confié que son inquiétude initiale pour la population de Caracas au début des attaques a fait place à l’espoir pour l’avenir de son pays.

«Je n’aurais jamais cru vivre une chose pareille, a-t-elle dit. Je suis vraiment heureuse, car M. Maduro va être traduit en justice. C’est une bonne chose pour les Vénézuéliens.»

«J’espère que nous pourrons enfin retrouver la paix dans un pays qui a été pris en otage pendant trop d’années», a-t-elle ajouté.

S’adressant aux journalistes quelques heures après la capture de Nicolas Maduro, M. Trump a révélé son intention d’exploiter le vide politique pour «réparer» l’infrastructure pétrolière du pays et vendre de «grandes quantités» de pétrole à d’autres nations.

«La situation actuelle de M. Trump est un sujet que tous les pays du continent doivent prendre en compte, et qu’ils prennent déjà en compte», a déclaré Kenneth Frankel, président du Conseil canadien pour les Amériques. «Car, on ignore quelles sont, selon les États-Unis, les limites de leur volonté d’imposer leur vision élargie de ce qui constitue actuellement leur préoccupation sécuritaire.»

M. Frankel, qui s’exprimait depuis Medellín, en Colombie voisine, a ajouté qu’au-delà des prétextes douteux justifiant l’action américaine — en l’occurrence, la drogue et les droits de l’homme —, «je pense que Donald Trump a été très clair lors de sa conférence de presse aujourd’hui… il s’agit des ressources.»

L’avenir du pays et de la région, suite à la destitution de M. Maduro, reste incertain. Pour les détracteurs de M. Maduro, l’opération de samedi peut sembler un succès, mais M. Frankel a lancé : «Nul ne sait ce qui se passera le lendemain, le surlendemain, et même au-delà, au cours des mois suivants.»

M. Frankel a ajouté que si la situation est liée au pétrole et non nécessairement au rétablissement de l’ordre, «qu’est-ce que cela signifie, par exemple, pour la frontière colombo-vénézuélienne, où opèrent de nombreux groupes armés, parfois de connivence avec le gouvernement, sur lequel ce dernier n’a peut-être pas un contrôle total ?»

«Maintenant que M. Maduro n’est plus au pouvoir et que les États-Unis sont mécontents du président colombien Gustavo Petro, qui sera l’interlocuteur de la Colombie au Venezuela pour les questions frontalières?» a soulevé M. Frankel.

Réactions européennes

Du côté de la France, ce pays allié rappelle qu’aucune solution politique durable ne saurait être imposée de l’extérieur et que les peuples souverains décident seuls de leur avenir.

«La multiplication des violations de ce principe par des nations investies de la responsabilité principale de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies aura de lourdes conséquences sur la sécurité du monde, qui n’épargneront personne», a déclaré le ministre des Affaires étrangères de la France, Jean Noël Barrot, sur son compte X.

Il souligne que la France «réitère son attachement à la Charte des Nations unies, qui doit continuer de guider l’action internationale des États, toujours et partout».

Le premier ministre espagnol Pedro Sánchez a, pour sa part, appelé à la «désescalade et à la responsabilité». Le droit international et les principes de la Charte des Nations Unies doivent être respectés, a écrit M. Sánchez sur X.

Une autre déclaration souligne que le ministère russe des Affaires étrangères était «extrêmement alarmé», appelant à une «clarification immédiate», sur la chaîne Telegram du ministère. 

Pour la Russie, de telles actions, si elles étaient confirmées, constitueraient «une atteinte inacceptable à la souveraineté d’un État indépendant», selon la déclaration du ministère russe des Affaires étrangères.

- Avec des informations de l’Associated Press