Pendant que le sommet Canada-Union européenne de Montréal sème la zizanie entre Mark Carney et Paul St-Pierre Plamondon, Éric Duhaime a choisi d’ajouter son grain de sel à une situation déjà tendue.
Le chef conservateur a lui aussi choisi de fustiger le premier ministre du Canada. Pour sa part, M. Duhaime reproche notamment à M. Carney d’avoir préféré Montréal à Québec pour la tenue du sommet.
«Le Québec doit être présent là où se prennent les décisions qui ont un impact sur son avenir. En bon fédéraliste toxique, Mark Carney refuse même au Québec la tenue d’une réception avec des dignitaires étrangers, en territoire pourtant québécois», a écrit le chef du Parti conservateur du Québec (PCQ) sur les réseaux sociaux.
Toutefois, Éric Duhaime n’approuve pas la décision du premier ministre du Québec de faire l’impasse sur le sommet. «Le Parti québécois ne doit pas, au nom de son obsession référendiste, sacrifier les intérêts des Québécois en préférant la chaise vide devant une telle provocation», soutient-il.
«Être absent, c’est être perdant»
Le chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Charles Milliard, a lui aussi réagi aux tensions entre Québec et Ottawa lors d’une mêlée de presse à l’Assemblée nationale mardi. «Être absent, c’est être perdant», a-t-il dit d’emblée.
M. Milliard a indiqué qu’il s’attendait à ce que le premier ministre assiste à la réunion. «Ce n’est pas le meilleur départ entre Québec et Ottawa», a-t-il mentionné.
Il a toutefois ajouté que s’il avait «été premier ministre, il se serait attendu à prendre la parole […] », a dit le chef de l’opposition officielle qui déplore le «boudage» de M. St-Pierre Plamondon.
Le co-porte-parole de Québec solidaire (QS) Sol Zanetti soutient de son côté la posture de M. St-Pierre Plamondon.
«Ce n’est pas normal que le PM du Québec ne puisse pas prendre la parole dans un événement qui se tient chez nous, à Montréal», a exprimé M. Zanetti sur les réseaux sociaux.
Le député de Jean-Lesage a ajouté que le Québec est une «société distincte qui lui est propre depuis des décennies et qui entretient des liens privilégiés avec plusieurs pays européens».
D’après M. Zanetti, la position de Mark Carney «montre bien peu de considération pour le Québec». «La moindre des choses serait que M. Carney permette au PM du Québec de s’adresser à tous les invités», conclut-il.
PSPP ne veut pas servir des «crevettes cocktail»
Accusé de museler le Québec au prochain sommet Canada-Union européenne de Montréal, le gouvernement fédéral a répliqué mardi que le premier ministre Paul St-Pierre Plamondon est invité au souper.
Mais le chef péquiste refuse qu’on le cantonne à un rôle honorifique et l’a fait savoir.
«Le gouvernement fédéral voudrait nous faire croire que le fait, pour le premier ministre du Québec, d’obtenir la permission de servir des crevettes cocktail lors d’une réception constitue une forme d’influence acceptable et suffisante dans la représentation des intérêts du Québec», a-t-il répondu dans un message publié sur les réseaux sociaux.
Ottawa a refusé à M. St-Pierre Plamondon une prise de parole à ce sommet, alors que l’événement se déroule pourtant au Québec, déplore le nouveau gouvernement.
En mêlée de presse à Ottawa, la ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a plaidé que c’est une réunion de «nature fédérale», organisée par le Canada, et que «la géopolitique est de compétence fédérale».
Le gouvernement fédéral refuse également que le Québec organise une réception en marge du sommet, ce qu’avait pourtant demandé le précédent gouvernement de Christine Fréchette le 15 septembre dernier, a indiqué un porte-parole du gouvernement péquiste.
L’Union européenne, ajoute-t-on, a pourtant comme habitude de tenir un Forum des leaders économiques en marge de ce type de sommet, ce qu’aurait pu prendre en charge le Québec, même en collaboration avec le fédéral.
La situation est donc «surréaliste», selon le porte-parole du gouvernement péquiste, puisque le sommet va se dérouler «en sol québécois», et on discutera d’«ententes stratégiques et économiques» dont certaines sont dans des champs de compétence du Québec et qui pourraient lier le Québec pendant plusieurs années, sans pourtant que le gouvernement du Québec ait un mot à dire.
La ministre de la Justice et ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes, Marie-Claude Sarrazin, n’a pas mâché ses mots pour condamner la position du fédéral.
«Lorsque vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu, nous disait le premier ministre Carney», a-t-elle rappelé dans une déclaration officielle fournie aux médias. «Le gouvernement fédéral a fait le choix d’empêcher le Québec d’avoir un droit de parole sur son propre territoire. Il s’agit d’un manque de respect élémentaire envers le Québec et une négation du rôle de notre parlement qui nous rappelle la nécessité d’être pleinement maîtres chez nous.»
Le gouvernement péquiste a par ailleurs rappelé que le Québec avait pourtant un siège aux tables de négociations lors de l’Accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne (AECG) et a participé à plus d’une centaine de réunions dans le cadre du processus. Il y avait donc un précédent, précise-t-on.
«Peu importe les accords ou traités qui seront signés durant ce sommet, le Québec est souverain dans ses champs de compétence à l’international, c’est donc lui qui aura le dernier mot», conformément à la doctrine Gérin-Lajoie, a-t-on conclu.
Cette rebuffade survient alors que M. St-Pierre Plamondon a refusé de participer lundi à un sommet organisé par le fédéral avec les Autochtones et les premiers ministres, ce qu’a déploré d’ailleurs Mark Carney.
Avec de l’information de La Presse canadienne

