Politique

Espionnage par Ottawa: les craintes du PQ sont légitimes, selon Jolin-Barrette

«L’Histoire a démontré que parfois, les règles du jeu, lorsqu’il y a des enjeux nationaux sur l’avenir du Québec, ne sont pas respectées par le gouvernement fédéral. Ça a été amplement documenté.»

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Le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, tient une conférence de presse à l'Assemblée nationale, le 1er avril 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot Le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, tient une conférence de presse à l'Assemblée nationale, le 1er avril 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot (Jacques Boissinot)

Le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon a raison de craindre que son parti soit espionné par Ottawa, estime un de ses adversaires politiques, le ministre caquiste de la Justice, Simon Jolin-Barrette.

En mêlée de presse à l’Assemblée nationale mercredi, M. Jolin-Barrette a déclaré que «les parlementaires doivent toujours être vigilants».

La veille, M. St-Pierre Plamondon avait confié que lors de réunions du Parti québécois (PQ), les téléphones étaient placés dans des sacs de Faraday servant à les protéger de l’espionnage et sortis de la pièce.

Il a accusé Ottawa d’avoir posé par le passé «des gestes éthiquement et légalement très douteux de surveillance sur les élus du PQ». «Donc, on travaille en se disant que c’est très possible que ce soit le cas», a-t-il fait savoir.

«Les craintes de M. St-Pierre Plamondon ne sont pas infondées, a réagi mercredi M. Jolin-Barrette, en pesant chacun de ses mots. Je pense qu’il faut demeurer vigilants.»

«L’Histoire a démontré que parfois, les règles du jeu, lorsqu’il y a des enjeux nationaux sur l’avenir du Québec, ne sont pas respectées par le gouvernement fédéral. Ça a été amplement documenté.»

«Alors, M. St-Pierre Plamondon, pour son option, pour le fait d’être vigilant, je pense qu’il a une bonne approche, a poursuivi le ministre. M. St-Pierre Plamondon est légitime de se questionner et d’être vigilant par rapport à son option.»

Paul St-Pierre Plamondon craint que le PQ soit espionné par Ottawa Alors qu’il se maintient en tête des intentions de vote et qu’il promet de tenir un référendum dans un premier mandat, le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, craint que son parti soit espionné par le gouvernement fédéral, arguant qu’Ottawa a déjà agi de la sorte dans le passé.

Les propos de M. Jolin-Barrette tranchent avec ceux de son collègue, le ministre de la Sécurité intérieure, Ian Lafrenière, qui s’est dit mardi «surpris» par les allégations du chef du PQ.

«Je ne dis pas que c’est impossible. J’en doute beaucoup. (…) Je pense que leur stratégie est assez transparente: ils veulent un référendum», a-t-il soutenu.

«PSPP se dit “obligé de présumer” que le fédéral les espionne, lui et le PQ. La bonne nouvelle, c’est que je suis sûr que ça se soigne», a lancé sur Bluesky le député fédéral Alexandre Boulerice, qui souhaite se présenter pour Québec solidaire (QS) aux prochaines élections.

M. Boulerice faisait une «blague», a expliqué en point de presse mercredi le député solidaire Guillaume Cliche-Rivard. «Il a utilisé de l’humour. Je pense que oui, on est encore capables d’utiliser de l’humour.»

«Qu’on fasse de l’humour sur des questions de santé mentale en 2026, c’est complètement inacceptable et c’est déplorable», s’est plus tard emporté le député péquiste Pascal Paradis.

De son côté, le chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Charles Milliard, est resté sobre dans ses commentaires. 

«Je n’ai pas à rire des propos de M. St-Pierre Plamondon, a-t-il dit. Si M. St-Pierre Plamondon s’estime espionné, (...) ça lui appartient. Il fera les vérifications qu’il veut.»

Réactions à Ottawa

En après-midi, tant le gouvernement Carney que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) se sont faits rassurants.

«Le gouvernement fédéral ne peut en aucun cas donner une telle directive à la GRC et au SCRS. Ces organismes agissent de manière indépendante», a déclaré à La Presse Canadienne le cabinet du ministre fédéral de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree.

«Des mesures de protection, une surveillance et une transparence rigoureuses sont au cœur de la façon dont la GRC mène son travail. La GRC n’a pas pour mandat de recueillir des renseignements politiques», a renchéri le relationniste de la GRC, Andrew DiRienzo. 

«Le SCRS enquête sur les menaces envers la sécurité du Canada, (qui) comprennent (...) l’ingérence étrangère, l’extrémisme violent (...) et excluent expressément les activités licites de protestation et de manifestation d’un désaccord», a résumé sa porte-parole, Magali Hébert.

- Avec les informations de Michel Saba, à Ottawa, et de Thomas Laberge, à Québec

Caroline Plante

Caroline Plante

Journaliste