Politique

«Encore des fanfaronnades»: Poilievre et LeBlanc minimisent les propos de Lutnick

Le Canada se prépare à entamer cet été des négociations importantes avec les États-Unis et le Mexique en vue de la révision de l’accord de libre-échange continental.

Mis à jour le 

Publié le 

Le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, s'exprime lors d'une table ronde avec le président Donald Trump, le mercredi 10 décembre 2025, à Washington. (AP Photo/Evan Vucci) Le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, s'exprime lors d'une table ronde avec le président Donald Trump, le mercredi 10 décembre 2025, à Washington. (Evan Vucci/AP)

Les responsables politiques fédéraux minimisent la portée des propos désobligeants tenus par Howard Lutnick, secrétaire américain au Commerce, au sujet de la position du Canada à l’approche de négociations commerciales majeures avec les États-Unis et le Mexique.

Mais l’ancien diplomate canadien Michael Kovrig insiste sur le fait que, même si M. Lutnick s’est exprimé de manière crue, il a raison de souligner les risques que représente le rapprochement d’Ottawa avec la Chine au milieu de ces négociations commerciales cruciales.

M. Lutnick a fait sensation à Ottawa la semaine dernière lorsqu’il a déclaré lors d’une table ronde qu’il serait malavisé pour Ottawa d’essayer de faire traîner les choses afin de soutirer aux États-Unis un meilleur accord plus tard.

«C’est la pire stratégie que j’aie jamais entendue. Ils sont nuls», a affirmé M. Lutnick vendredi, insistant sur le fait que le président Donald Trump considère l’Accord Canada-États-Unis-Mexique comme un mauvais accord qui doit être repensé.

S’adressant aux journalistes sur la colline du Parlement mardi, le chef conservateur Pierre Poilievre a déclaré que cela «ressemblait davantage à des fanfaronnades».

Dominic LeBlanc, ministre responsable du commerce Canada-États-Unis, a affirmé avoir longuement discuté avec M. Lutnick la semaine dernière et que le secrétaire au Commerce ne lui avait pas tenu de tels propos en privé.

Le Canada se prépare à entamer cet été des négociations importantes avec les États-Unis et le Mexique en vue de la révision de l’accord de libre-échange continental.

M. Lutnick a fait ces commentaires en réaction aux propos de l’ancien négociateur en chef du Canada, Steve Verheul, qui avait affirmé que «le Canada est en bonne position» et que le temps jouait en faveur du Canada, étant donné que «les pressions sur les États-Unis ne feront que s’intensifier avec le temps».

«Il s’agit vraiment pour le Canada d’être prêt à attendre un peu», a soutenu M. Verheul lors d’une table ronde organisée par la Banque de Montréal le 8 avril.

Voyage de Carney en Chine

M. Lutnick a également estimé que le premier ministre Mark Carney avait commis une erreur en se rendant à Pékin en janvier pour conclure un accord sur les droits de douane applicables aux véhicules électriques.

«Carney a un problème avec nous. Il prend l’avion et part en Chine. Pense-t-il que l’économie chinoise va acheter ses produits? La Chine est une économie entièrement tirée par les exportations, a fait valoir M. Lutnick. N’est-ce pas complètement fou ?»

Lors d’un événement de la Chambre de commerce à Ottawa, M. Kovrig a fait valoir que les commentaires de M. Lutnick sur le commerce entre le Canada et la Chine étaient abrasifs et grossiers, mais «pas faux».

M. Kovrig a reconnu qu’Ottawa prenait un risque en s’engageant avec la Chine à un moment crucial pour les négociations commerciales continentales, étant donné que le Canada reste économiquement dépendant des États-Unis.

L’ancien diplomate, célèbre pour avoir été emprisonné par la Chine pendant plus de 1000 jours, est aujourd’hui consultant en géopolitique.

M. Kovrig a affirmé que, même s’il pouvait être tentant de jouer la carte de la Chine dans les négociations avec les Américains, cela n’était probablement pas utile.

«Au contraire, cela donne l’impression que le Canada n’est pas fiable aux yeux d’une partie déjà mécontente», a-t-il déclaré.

«Le risque est que le Canada ne devienne qu’une note de bas de page dans l’histoire que la Chine est en train d’écrire et qu’elle instrumentalise le Canada pour affaiblir les alliances occidentales, affaiblir les États-Unis et, en fin de compte, atteindre ses propres objectifs.»

Candace Laing, présidente de la Chambre de commerce du Canada, a déclaré que les commentaires de M. Lutnick étaient frustrants, mais qu’ils ne devaient pas déstabiliser les Canadiens.

«Nous sommes engagés dans cette relation et je pense que notre opinion à ce sujet compte bien plus que celle du secrétaire au Commerce.»

Poilievre veut plus de clarté

M. Poilievre a critiqué le premier ministre pour ne pas avoir expliqué aux Canadiens comment son gouvernement compte s’y prendre pour renégocier le plus important accord commercial du pays.

«S’il souhaite le renégocier, veut-il une refonte complète? Quelques ajustements?», a demandé M. Poilievre aux journalistes.

«Quelles sont ses exigences? A-t-il baissé les bras sur la suppression des droits de douane sur l’aluminium, l’acier, les voitures et le bois d’œuvre, ou continue-t-il de se battre sur ce front?»

M. LeBlanc a indiqué que le Canada avait déjà entamé des discussions avec l’administration Trump au sujet de l’accord de libre-échange et que celles-ci se déroulaient bien.

Le ministre a noté que la négociatrice en chef du Canada, Janice Charette, s’était récemment rendue à Washington, et que l’ambassadeur du Canada aux États-Unis, Mark Wiseman, était à Ottawa cette semaine et l’avait rencontré lundi.

Il a ajouté que les responsables des deux côtés s’échangent fréquemment des messages textes et qu’ils organisent parfois des réunions par vidéoconférence.

M. LeBlanc a répondu à quelques questions et a rapidement quitté la zone de presse après avoir vanté les mérites du Comité consultatif sur les relations économiques entre le Canada et les États-Unis récemment annoncé par le gouvernement.

Kyle Duggan

Kyle Duggan

Journaliste