La Coalition avenir Québec (CAQ) a une «voie de passage» claire pour être reconduite au pouvoir en octobre prochain, estime la première ministre Christine Fréchette, qui est convaincue que la querelle référendaire entre le Parti québécois (PQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ) ne plait pas du tout au Québécois.
Dans une longue entrevue accordée à la cheffe d’antenne de Noovo Info Marie-Christine Bergeron, la politicienne s’est montrée plus que confiante quant aux résultats du futur scrutin. Pour elle, la prise de bec entre les «vieux partis» sur la question d’un possible référendum est exclusive au PQ et au PLQ et ne traite pas des actuelles préoccupations de la société québécoise.
«On est dans le camp des Québécois […] Ils ne veulent pas de référendum et nous non plus», a expliqué l’élue qui accentuera davantage sa campagne électorale sur des solutions au coût de la vie, à l’accessibilité au logement, notamment. «Une multitude de nos priorités cadrent avec ce que les Québécois souhaitent et je sens que cette connexion s’est établie au fil des derniers mois», a-t-elle assuré.

On doit d’ailleurs s’attendre à ce que plusieurs nouveaux candidats désireux de porter les couleurs de la CAQ lors de la course soient annoncés au cours des prochains jours. La première ministre a souligné avoir voulu attendre la fin des travaux en chambre pour confirmer qui seront les nouveaux joueurs. «On est en processus de recrutement depuis longtemps», a souligné la politicienne, qui assure que l’opération se déroule bien.
Pas moins de 30 élus ont quitté la formation politique de Mme Fréchette au cours des dernières semaines, mais les récents départs ne semblent visiblement pas inquiéter la première ministre qui pourra tout de même compter sur le soutien non négligeable d’une cinquantaine de députés qui se représenteront pour la CAQ.
Le dernier coup de sonde effectué auprès des Québécois avait de quoi réjouir Christine Fréchette et la CAQ, qui ont connu une hausse depuis un mois. La formation politique pointe au 3e rang derrière le PLQ et le PQ.
Crise au SPVM: pas d’enquête publique pour le moment
Bien qu’elle juge que la situation soit absolument inacceptable, Christine Fréchette n’entend pas déclencher immédiatement une enquête publique sur les pratiques alléguées de racisme et de discrimination de policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) envers des communautés de Montréal-Nord.
Vendredi dernier, on rapportait que des agents du poste de quartier 39 étaient suspendus à la suite d’allégations des comportements alors que 14 autres agents du même poste ont été transférés ou réaffectés à des tâches qui ne nécessitent aucun contact avec le public.
«Ça vient tout juste d’arriver», a expliqué Mme Fréchette qui souhaite analyser tous les éléments de ce dossier avant de se prononcer pour la suite des choses.
Notons cependant que le ministre de la Sécurité intérieure, Ian Lafrenière, a l’intention de nommer un observateur indépendant afin de suivre les démarches d’enquête interne qui doit apporter des réponses et des explications sur les agissements allégués des policiers du SPVM.
Pas que des mauvais coups pour la filière batterie
Sans diminuer l’importance du fiasco du projet de la filière batterie dans lequel le Québec pourrait perdre jusqu’à 700 millions de dollars d’argent public, Christine Fréchette rappelle que des résultats positifs ont tout de même été enregistrés.
«On a eu des bénéfices comme société [...] Quand on pense au projet de filière batterie dans le parc de Bécancour, il y a mille personnes qui travaillent là tous les jours. Grâce à quoi? Grâce aux investissements qu’on a faits dans ces entreprises», affirme la première ministre.
«Oui, il y a eu des cas pour qui ça a mal été (Northvolt et Lion). Mais il y en a pour quoi ç’a bien été et ça génère 2,5 milliards de dollars de retombées pour des entreprises québécoises, des PME essentiellement.»
— Christine Fréchette, première ministre
La première ministre, qui a aussi occupé le poste de ministre de l’Économie, croit que Québec pourra peut-être récupérer une partie de l’argent injecté par l’État pour l’acquisition du terrain qui devait accueillir l’usine Northvolt en Montérégie.
Toutefois, à sa connaissance, personne n’a été congédié pour la gestion de la filière batterie qui a été jugée déficiente par la vérificatrice générale dont les conclusions se retrouvent dans un rapport très critique à l’endroit du gouvernement Legault.
On entend d’ailleurs mettre en place les recommandations de la VG dans un avenir rapproché. «Considérant le fait que Lion et Northvolt étaient des “startup”, je crois qu’on n’aurait pas dû s’exposer autant», a-t-elle conclu.
Une élection pour se faire connaitre davantage
Si certains analystes politiques ont dépeint Christine Fréchette comme «beige», laissant entendre qu’elle serait une candidate sans saveur ou sans éclat, la politicienne refuse qu’on lui applique qu’une seule couleur. «Je suis “punchée”. Il y a beaucoup de facettes de ma personne que les gens ne connaissent pas encore», a-t-elle lancé lors de l’entrevue. Ceux qui me traitent de “beige” ne me connaissent pas», croit Mme Fréchette, qui jure avoir un grand sens de l’humour.
Elle n’entendait cependant pas à rire lorsque le chef conservateur Éric Duhaime l’a qualifié de «matante» lors du lancement de sa campagne dans la circonscription de Bellechasse. «J’ai trouvé que ça n’avait pas sa place. Franchement. Je me serais attendue à ce qu’il se rétracte et qu’il présente ses excuses», a avoué la première ministre.
Christine Fréchette souligne d’ailleurs ne pas ressentir de double standard à son endroit depuis son entrée en politique. Le phénomène est bel et bien réel, explique-t-elle. «À l’endroit des femmes en général ça se perçoit. Sur les réseaux sociaux, les gens s’en permettent. Vraiment c’est parfois dégradant. Il faut se détacher de ça», conseille Mme Fréchette.
En rafale
Pour ou contre l’exploitation des gaz de schiste ?
«Je veux entendre les Québécois là-dessus. On a des résultats d’une consultation qui s’en viennent. Ce n’est pas à moi de décider. C’est aux Québécois.»
Pour ou contre le 3e lien ?
«Pour, mais avec le privé. Pas la version où le corridor était central, mais la version plus à l’est. Là où j’ai passé des appels dans la région de Québec lors de la course [à la chefferie], personne n’appuyait la version actuelle. Tout le monde me disait d’aller plus à l’est.»
Comment s’occupe Christine Fréchette en vacances ?
«Ça profite de la vie. Je vais au restaurant. Je fais du vélo et du jogging. Quelques jours de vacances à venir lors des vacances de la construction».

