Le ministre responsable du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc, s’est entretenu avec des ministres provinciaux et territoriaux vendredi afin de faire le point sur les négociations commerciales avec les États-Unis.
Cette rencontre avec les ministres, qui s’est tenue de manière virtuelle, est la deuxième en deux semaines, a indiqué par communiqué Affaires mondiales Canada.
«Ils ont abordé les priorités du Canada dans le cadre des négociations en cours, notamment la question des droits de douane sectoriels existants et la nécessité d’éviter la mise en œuvre des droits de douane prévus à l’article 338, tout en continuant à défendre les intérêts du Canada dans le contexte plus large des relations commerciales canado-américaines».
L’article 338 de la loi sur les droits de douane américaine, qui permet l’application de droits de douane allant jusqu’à 50 % à l’encontre d’un pays étranger s’il estime que celui-ci effectue une discrimination à l’égard des États-Unis, est celui qu’invoque Donald Trump pour justifier sa nouvelle vague de droits de douane de 50 % sur toute une gamme de produits canadiens à partir du 19 août.
Contrairement à la plupart des autres droits de douane imposés par Washington jusqu’à présent, ceux-ci ne prévoiraient aucune exemption pour les produits conformes à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).
Les discussions se sont intensifiées à l’approche de la date butoir: le ministre LeBlanc a été dépêché vers la capitale américaine avec la négociatrice commerciale en chef du Canada auprès des États-Unis, Janice Charette. Il a confirmé sur la plateforme X que lui et Mme Charette resteront à Washington pour la fin de semaine.
En plus de discuter avec des représentants des provinces et des territoires, M. LeBlanc a fourni une mise à jour aux membres du comité consultatif sur les relations économiques entre le Canada et les États-Unis, un groupe mis sur pied par le premier ministre Mark Carney.
«On va faire ce qui est dans l’intérêt de l’Amérique»
Ils auraient également traité de leurs échanges avec le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, qu’ils ont rencontré quatre fois dans les trois dernières semaines, selon M. LeBlanc.
«Les droits de douane qui viennent sont une réponse aux mesures de riposte du Canada, un peu comme quelque chose que pourrait faire la Chine», a dit M. Greer, lors de son passage à Des Moines, en Iowa, alors qu’il visitait une usine de pneus et la foire de l’État, vendredi.
M. Greer a soutenu que ces nouveaux droits de douane constituaient une réponse aux interdictions provinciales visant les produits alcoolisés américains, au système canadien de gestion de l’offre dans le secteur laitier et aux quotas imposés sur certains véhicules américains. «Et donc ce sont des choses qui devraient être résolues.»
Il a affirmé que les négociateurs canadiens n’aiment pas certains éléments de la politique commerciale américaine, mais a ajouté qu’il avait des «négociations constructives avec les Canadiens».
«Au bout du compte, on va faire ce qui est dans l’intérêt de l’Amérique», a-t-il dit.
«S’il y a moyen que le Canada puisse participer à ça, nous serons heureux qu’il participe, mais nous sommes concentrés d’abord et avant tout à appliquer la politique commerciale du président Trump.»
M Greer n’a pas donné davantage de détails sur les pourparlers, mais il a indiqué que les États-Unis avaient des problèmes commerciaux majeurs avec le Canada depuis des décennies.
Il a ajouté que les nouveaux droits de douane ne correspondent pas à une guerre commerciale. Il a indiqué que les États-Unis tentaient de protéger les chaînes d’approvisionnement locales, et qu’ils ne ciblaient pas le Canada. Si un pays riposte, les États-Unis répliqueront, a-t-il dit.
«Mon intuition est que les Canadiens veulent plutôt une approche conciliante, mais on verra.»
Le Québec dans l’attente
À sa sortie de la réunion avec M. LeBlanc et Mme Charette, le ministre de l’Économie du Québec, Bernard Drainville, a affirmé que le Canada et les États-Unis ne sont pas près de trouver un accord.
«Il n’y a toujours pas d’entente, ils sont même assez loin d’une entente (…) pour le moment, il n’a aucun signe que M. Trump pourrait reporter l’application des tarifs de 50 % mardi prochain», a expliqué M. Drainville.
La première ministre Christine Fréchette a assuré lors d’une mêlée de presse que sa confiance envers la capacité d’Ottawa à négocier avec Washington n’est pour le moment pas compromise.
«Je veux réitérer auprès du gouvernement fédéral de l’importance de préserver ce système de gestion de l’offre, a-t-elle dit. On le sait, on est dans un blitz de négociation à Washington, et c’est essentiel que cet élément-là (...) ne fasse pas partie des éléments qui feront l’objet de concession.»
Le système de gestion de l’offre, qui protège le secteur laitier canadien, a été cité par les États-Unis comme un point de friction majeur dans les négociations.
«On va faire front commun pour maintenir ce système de gestion de l’offre intact et que les producteurs puissent poursuivre leur activité», a ajouté Mme Fréchette, entourée des représentants du secteur agroalimentaire.
— Avec des informations de Kelly Geraldine Malone et de Quentin Dufranne
