Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, appuie sans réserve la décision du premier ministre Mark Carney de suspendre les négociations commerciales avec les États-Unis, affirmant que le Canada doit réagir avec fermeté après l’entrée en vigueur, samedi, des nouveaux droits de douane américains.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
«L’équipe du Canada doit se montrer plus unie que jamais», a soutenu M. Ford dans un message publié vendredi en fin de soirée sur les médias sociaux. «Le premier ministre a mon appui total pour une réponse ferme: droit de douane pour droit de douane, dollar pour dollar.»
Ces commentaires font suite à la suspension par M. Carney des négociations avec les États-Unis quelques minutes avant l’échéance de minuit, affirmant que les modifications de dernière minute proposées par Washington étaient « injustes et non rentables » et soulevaient des doutes quant à la fiabilité de tout accord potentiel.
Les États-Unis ont désormais imposé des droits de douane de 50 % sur environ 20 milliards de dollars américains de marchandises canadiennes, notamment des produits tels que le ciment et les bâtons de hockey. M. Carney s’est engagé à riposter « dollar pour dollar ».
Voici les dernières déclarations du premier ministre de l’Ontario.
«C’était un mauvais accord»
S’adressant à CP24, M. Ford a qualifié le différend tarifaire avec les États-Unis de «guerre économique» et a souligné à plusieurs reprises que le Canada avait besoin d’une réponse nationale unie.
Il affirme avoir toujours dit que le pays devait riposter «tarif par tarif, dollar par dollar».
«Nous n’avons jamais déclenché ce conflit, mais je peux vous assurer que nous allons le remporter. Nous formerons une équipe canadienne unie.»
— Doug Ford, premier ministre de l'Ontario
Il a également justifié le rejet de l’entente proposée comme une mesure nécessaire pour protéger les industries clés de l’Ontario: «Je suis heureux qu’il n’ait pas signé cette entente, car c’était un mauvais accord… pour le secteur de l’automobile, celui de l’acier et celui de la fabrication.»
«Je n’étais pas prêt à plonger les travailleurs de la sidérurgie et de l’automobile… dans l’incertitude. Je veux leur donner la certitude que lorsque nous travaillons ensemble et que nous mettons de côté nos divergences politiques, rien au monde ne peut nous arrêter», a-t-il ajouté.
Une lettre à Mark Carney
Le premier ministre était resté plutôt discret ces derniers jours alors que les négociations se poursuivaient, mais une lettre envoyée à M. Carney lundi et rendue publique samedi par le bureau de M. Ford donne une image plus claire de la position de l’Ontario.
Doug Ford a écrit à Mark Carney qu’«il vaut mieux pas d’entente qu’une mauvaise entente» qui pourrait inciter les États-Unis à exiger d’autres concessions du Canada.
«Nous ne pouvons pas laisser des échéances arbitraires, des justifications changeantes ou des menaces tarifaires croissantes affaiblir notre détermination», a écrit le premier ministre ontarien.
M. Ford a également appelé Ottawa à se préparer à une nouvelle escalade, soulignant que l’Ontario ne soutiendrait pas la levée de ses mesures de rétorsion existantes sans un accord offrant un «allègement significatif» aux travailleurs, aux entreprises et aux secteurs clés de l’Ontario.
Carney affirme que les pourparlers ont pris une autre tournure à la dernière minute
S’adressant également aux journalistes samedi, M. Carney a fourni plus de détails sur les raisons de la rupture des négociations.
Il a affirmé que les États-Unis avaient apporté des changements de dernière minute concernant le secteur de l’automobile et cherchaient à restreindre la capacité du Canada à conclure des accords commerciaux avec d’autres pays.
«Les Américains voulaient limiter l’accord aux automobiles uniquement, sans inclure les camions de poids moyen et lourd, ce qui constitue évidemment un changement majeur.»
— Mark Carney, premier ministre du Canada
Il a également qualifié la pression exercée par les États-Unis pour influencer les autres relations commerciales du Canada de «manœuvre de pouvoir».
M. Carney a indiqué que le Canada s’était préparé à ces droits de douane et qu’il allait désormais se concentrer sur le renforcement de l’économie nationale tout en développant ses échanges commerciaux avec d’autres pays.
«On est en guerre quand on est attaqué. Nous avons été attaqués», a soutenu le premier ministre lorsqu’on lui a demandé pourquoi on avait l’impression qu’aujourd’hui, le Canada entrait dans une véritable guerre commerciale.
«Nous avons les réserves nécessaires. Nous avons la résilience», a-t-il ajouté.
L’Ontario veut plus de levier
Par ailleurs, la lettre de M. Ford exhortait également Ottawa à utiliser certains des principaux atouts économiques du Canada comme levier, notamment l’électricité, l’énergie et les minéraux essentiels.
Il a demandé à Ottawa d’envisager des droits de douane de rétorsion supplémentaires visant les importations en provenance d’États américains clés, notamment le Texas, la Floride, le Wisconsin et l’Alabama.
M. Ford a fait valoir que le gouvernement fédéral devrait offrir un soutien supplémentaire aux travailleurs et aux entreprises touchés par les droits de douane et prendre des mesures pour rendre les industries ontariennes plus concurrentielles.
Parmi ses demandes figure un allègement réglementaire pour le secteur de l’automobile, notamment des modifications aux normes fédérales d’émissions de gaz à effet de serre qui, selon M. Ford, pourraient contribuer à protéger des milliers d’emplois.
Le message de M. Ford à Ottawa s’accompagnait également d’un avertissement: le Canada ne devrait pas accepter une entente simplement pour mettre fin au différend.
«Les Canadiens s’attendent à ce que les gouvernements fassent front commun face aux menaces économiques», a écrit M. Ford.
«L’Ontario a toujours fait preuve de cet engagement et continuera de collaborer avec le gouvernement fédéral pour défendre les travailleurs, les entreprises et les collectivités canadiennes.»
Andrea Horwath, mairesse de Hamilton, ville qui représente environ 60 % de la production d’acier du Canada, a soutenu que la rupture des négociations était «extrêmement préoccupante» pour les entreprises et les travailleurs de sa ville.
«En tant que ville sidérurgique et manufacturière dotée d’un important secteur agricole, nous savons que l’incertitude à venir sera source de stress pour de nombreux habitants de Hamilton», a déclaré Mme Horwath dans un communiqué.
«Le premier ministre se bat pour l’avenir économique du Canada, et je continuerai à plaider pour que nos partenaires fédéraux et provinciaux soutiennent fermement les travailleurs et les industries canadiennes, afin que les entreprises de Hamilton bénéficient du soutien dont elles ont besoin pour continuer à faire face à cette incertitude.»

