Le gouvernement Legault renonce à dissoudre Transplant Québec afin de confier ses activités à Héma-Québec.
La présidente du Conseil du trésor, France-Élaine Duranceau, a déposé mercredi, en fin de journée, une série d’amendements pour modifier son projet de loi 7 visant à réduire la bureaucratie et à accroître l’efficacité de l’État.
Elle a expliqué en commission parlementaire qu’elle abrogeait les dispositions touchant Transplant Québec pour «calmer tout le monde». «Les conversations ont été (...) assez houleuses sur le sujet de regrouper les deux entités juridiques», a-t-elle relaté.
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Dans une lettre transmise à Transplant Québec, Mme Duranceau précise que la pièce législative sera amendée de façon à «maintenir la coordination du don et de la transplantation d’organes au sein de votre organisation».
Elle déplore que l’organisme sans but lucratif et Héma-Québec ne soient pas parvenus à trouver «un terrain d’entente» pour rendre plus efficaces les opérations liées au don d’organes et à la transplantation au Québec.
«Cette situation me préoccupe, car notre responsabilité collective est de veiller à ce que chaque mesure susceptible d’augmenter les dons d’organes soit pleinement évaluée et mise en œuvre lorsque cela s’avère possible.
«Il est essentiel que toutes les parties prenantes puissent contribuer à une réflexion commune autour des solutions envisageables, ce qui n’a malheureusement pas été le cas», a-t-elle écrit.
La ministre maintient que son approche «semblait être une réponse adéquate» aux préoccupations soulevées par l’organisme lui-même, comme les disparités régionales et l’inefficacité du réseau de la santé.
Dans sa missive, Mme Duranceau invite par ailleurs Transplant Québec «à reprendre, dans les meilleurs délais, un dialogue constructif avec les équipes ministérielles».
Elle avise également que la ministre de la Santé pourra, à l’avenir, «attribuer certains mandats à Héma‑Québec, notamment en matière de promotion du don d’organes à l’échelle nationale».
Jeudi, face aux inquiétudes soulevées notamment par les partis d’opposition, la ministre a corrigé un amendement afin de «circonscrire» et «restreindre» les mandats qui pourraient être octroyés à Héma-Québec.
Rappelons que la présidente-directrice générale de Transplant Québec, Martine Bouchard, avait appris la dissolution de son organisme avec le dépôt du projet de loi 7, le 5 novembre dernier.
Elle s’était opposée au changement, se disant profondément inquiète pour la suite des choses.
«Une telle réorganisation entraînera des perturbations majeures, fragilisera le système en place, et ce, sans générer les économies attendues», avait-elle dénoncé.
Contactée jeudi par La Presse Canadienne, Mme Bouchard a salué la volte-face du gouvernement.
«On est très, très satisfaits de pouvoir maintenir nos activités dans une indépendance à titre d’OBNL et de continuer de sauver plus de vies», a-t-elle déclaré en entrevue.
«On travaille de manière continue, transparente et engagée avec les autorités gouvernementales», a-t-elle assuré.
«Un salto arrière», selon le PLQ
Pour sa part, le député libéral Frédéric Beauchemin a évoqué le patinage artistique aux Jeux olympiques pour qualifier le recul du gouvernement dans ce dossier.
«On voit ici un salto arrière sur glace avec une lame pas aiguisée», a-t-il raillé.
«C’est assez fréquent chez la Coalition avenir Québec, les volte-face. Et c’est la preuve qu’avant de prendre des décisions, ils ne planifient jamais», a ajouté son collègue André A. Morin.
«Le gouvernement réalise qu’il faisait une grave erreur, a affirmé de son côté le député du Parti québécois Joël Arseneau. Qu’il recule, je pense que c’est le geste à faire. Il se rend compte qu’il y avait un tollé.»
L’opposition libérale a présenté jeudi une motion demandant à l’Assemblée nationale de reconnaître «que Transplant Québec constitue, depuis près de 50 ans, l’organisme de référence en matière de coordination du don et de la transplantation d’organes au Québec».
La motion réclamait aussi que le gouvernement «renonce à toute initiative susceptible d’affaiblir Transplant Québec, notamment en permettant à Héma-Québec d’assumer une partie de ses responsabilités».
Les caquistes ont refusé de débattre de cette motion.

