Un groupe de défenseurs des Canadiens noirs affirment que le gouvernement Carney renforce les obstacles auxquels ils sont confrontés en créant un conseil sur l’inclusion qui ne compte aucun membre noir.
Les défenseurs ont déclaré que cette décision soulevait des questions quant à l’approche du premier ministre en matière de lutte contre la discrimination.
«Nous en avons assez d’être relégués au second plan, assez de devoir élever la voix pour être pleinement entendus et pris en compte», a fait valoir l’ancienne députée Jean Augustine, première femme noire élue à la Chambre des communes.
Elle s’est exprimée en ligne lors d’une conférence de presse tenue jeudi sur la colline du Parlement, où des groupes ont dénoncé l’exclusion de toute personne noire lorsque le premier ministre Mark Carney a lancé un nouveau conseil consultatif sur les droits, l’égalité et l’inclusion.
M. Carney avait annoncé la création de ce conseil en février, en le présentant comme un moyen de lutter contre la haine envers les musulmans, les juifs et les peuples autochtones, sans faire mention du racisme anti-Noirs.
«Ce travail ne peut et ne doit pas être mené sans l’inclusion d’une personne noire et afro-canadienne au sein de ce conseil consultatif», a soutenu Mme Augustine.
La représentante d’Amnistie internationale pour le Canada anglophone affirme que cette décision constitue une grave omission et montre que la lutte contre le racisme est une priorité moindre pour le premier ministre Mark Carney qu’elle ne l’était pour son prédécesseur, Justin Trudeau.
«Ce n’est pas une omission mineure. Cela discrédite le conseil dès le départ et reproduit les inégalités mêmes qu’il est censé combattre», a dit Ketty Nivyabandi.
«Sous le gouvernement précédent, des efforts avaient été entrepris, certaines mesures étaient visibles — elles étaient loin d’être suffisantes, car le problème est profondément ancré. Mais nous ne voyons pas vraiment ces priorités aujourd’hui.»
Lorsqu’on lui a demandé si le conseil avait délibérément exclu une personne noire, une porte-parole du ministre de l’Identité et de la Culture, Marc Miller, a répondu par écrit que le conseil était encore en cours de constitution et que son mandat couvrait de multiples formes de discrimination.
«Cela inclut la prise en compte des défis distincts et persistants posés par le racisme anti-Noirs dans nos communautés et nos institutions», a écrit Hermine Landry.
«La composition du conseil n’est pas encore complète, et les membres restants seront annoncés dans les semaines à venir. À mesure que le travail du conseil évoluera pour répondre aux nouveaux défis, sa composition pourra également évoluer au fil du temps.»
Mme Landry a également évoqué divers investissements réalisés sous l’ancien gouvernement Trudeau en faveur de la communauté noire.
Nicholas Marcus Thompson, coprésident du Conseil national de l’équité en matière d’emploi, estime que le conseil devrait rendre compte directement au Parlement plutôt qu’à un ministre fédéral, et qu’il devrait disposer d’une plus grande autonomie.
«À un certain moment, l’omission devient difficile à distinguer de l’indifférence», a souligné M. Thompson.
«Je n’ai pas entendu ce gouvernement utiliser le mot “équité” depuis son arrivée au pouvoir. Nous constatons effectivement certains défis par rapport au gouvernement libéral précédent.»
Les défenseurs des droits affirment également que le gouvernement a omis de mentionner le racisme anti-Noirs lors du lancement du conseil, qui remplace deux envoyés spéciaux chargés de lutter contre l’islamophobie et l’antisémitisme.

