Cinq experts de l’ONU appellent le Canada à renforcer la protection du militant sikh canadien Moninder Singh que les autorités canadiennes ont elles-mêmes averti de menaces crédibles visant sa vie.
Une lettre adressée au gouvernement canadien le 3 juin par ces experts a été publiée en ligne dimanche, deux mois après son envoi, conformément à la procédure habituelle.
Les cinq experts, parmi lesquels figurent des Rapporteurs spéciaux, saluent dans cette lettre les mesures prises par le gouvernement canadien «pour avertir Moninder Singh des menaces crédibles pesant sur lui et sa famille».
Les militants de la minorité sikh accusent l’Inde de les viser à travers le monde — notamment via des membres du crime organisé —, accusation que l’Inde réfute fermement.
Tout en reconnaissant que les enquêtes et opérations de sécurité peuvent nécessiter une certaine confidentialité, les experts, qui sont mandatés par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU mais qui ne s’expriment pas au nom de l’organisation, estiment que le Canada n’en fait pas assez pour protéger M. Singh et sa famille.
«Nous sommes préoccupés par les allégations selon lesquelles les autorités canadiennes n’auraient pris aucune nouvelle mesure connue de protection et de surveillance pour garantir leur sécurité depuis qu’elles ont émis le dernier avertissement en février», écrivent-ils.
«Le décès d’un ressortissant sikh peu après la publication d’un avis d’alerte similaire en juin 2023 souligne la nécessité de rester vigilant», avertissent-ils.
En 2023, Hardeep Singh Nijjar, militant et ami de M. Singh, avait été abattu près du temple sikh qu’il dirigeait dans la banlieue de Vancouver, dans l’ouest du Canada.
Le premier ministre canadien de l’époque, Justin Trudeau, avait publiquement pointé du doigt les autorités indiennes, provoquant une détérioration des relations diplomatiques entre les deux pays.
Mais celles-ci se sont réchauffées depuis l’arrivée l’année dernière du nouveau Premier ministre Mark Carney, qui a mis un frein aux accusations.
Comme M. Nijjar, M. Singh est citoyen canadien et militant pour la création d’un État sikh indépendant, le Khalistan, en territoire indien. Ce mouvement remonte à l’indépendance de l’Inde en 1947, acquise du Royaume-Uni dans un contexte de partition sanglante effectuée sur des critères religieux.
Ce petit groupe de séparatistes est devenu un sujet de discorde entre l’Inde et les pays d’implantation de la minorité sikh comme le Canada. New Delhi a interdit ce mouvement et accuse ses leaders de «terrorisme».
M. Singh a reçu depuis 2022 quatre avis des autorités canadiennes l’informant de menaces le visant, la dernière en février, juste avant son départ pour Genève où il s’est exprimé devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU.
