Politique

Décès d'Otto Jelinek, ancien ministre et champion du monde de patinage artistique

Il a vécu avec la maladie de Parkinson pendant près de 20 ans.

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Archives - Otto Jelinek, Catriona Le May Doan et Charmaine Crooks participent à une conférence de presse à Prague, en Tchéquie, le 30 juin 2003. (LA PRESSE CANADIENNE/Jonathan Hayward) Archives - Otto Jelinek, Catriona Le May Doan et Charmaine Crooks participent à une conférence de presse à Prague, en Tchéquie, le 30 juin 2003. La Presse Canadienne (JONATHAN HAYWARD)

Otto Jelinek, ancien champion du monde de patinage artistique et ministre fédéral, est décédé à l’âge de 86 ans.

«C’était un homme très ambitieux, a dit son frère cadet Henry dimanche, au lendemain du décès de M. Jelinek. C’était aussi un Canadien sincère et fervent, qui a tout fait pour aider son pays.»

Otto Jelinek est né à Prague en 1940. Sa famille a fui le régime communiste tchécoslovaque et est arrivée au Canada en 1952.

Son père possédait une usine de liège prospère à Prague, qu’il a ensuite reconstruite à Oakville, en Ontario, une ville située entre Toronto et Hamilton.

Otto Jelinek et sa sœur Maria ont représenté le Canada en patinage artistique en couple aux Jeux olympiques d’hiver de 1960 en Californie.

En 1962, le couple a remporté la médaille d’or à Prague, devenant ainsi champions du monde de patinage artistique. Son frère a affirmé que ses frères et sœurs avaient fait la fierté de la famille en démentant la propagande du régime communiste qui le présentait comme le meilleur système au monde.

Le duo a participé à la tournée des Ice Capades, tandis que Otto Jelinek devenait commentateur sportif pour CTV. Il a également fondé une entreprise de fabrication de patins de hockey et de patins artistiques.

En 1972, Otto Jelinek s’est lancé en politique fédérale, représentant une circonscription de Toronto avant de se présenter dans la région d’Oakville. Ses 21 années au Parlement comprennent un mandat de ministre du Revenu national sous le premier ministre Brian Mulroney, ainsi que des portefeuilles ministériels aux sports et au multiculturalisme.

M. Jelinek se décrivait comme politiquement de centre-droit et affirmait avoir été impliqué dans les coulisses politiques durant l’ère de l’ancien premier ministre John Diefenbaker.

Jeune député, relégué au cœur de l’opposition conservatrice dans les années 1970, Otto Jelinek a accusé le premier ministre libéral Pierre Trudeau d’être un communiste caché.

Lorsque les conservateurs ont remporté les élections de 1984, M. Jelinek est devenu ministre du Sport amateur, ajoutant ensuite à son CV les portefeuilles du multiculturalisme, des travaux publics et des approvisionnements et services.

En 1989, il a été nommé ministre du Revenu, chargé de la mise en œuvre et de la défense de la TPS, tout en menant une lutte acharnée contre le commerce transfrontalier.

Otto Jelinek a un jour fait remarquer qu’il ferait un piètre diplomate, car il dit trop facilement ce qu’il pense. En 1991, par exemple, il a suggéré que le gouvernement conservateur avait peut-être imposé les Canadiens de manière trop agressive, ce qui lui a valu l’ire de certains de ses collègues du cabinet.

«J’ai un avis sur tout», a-t-il dit aux journalistes de la Colline parlementaire en 1993, ajoutant notamment que la politique canadienne du multiculturalisme «avait rempli son rôle» et qu’il fallait l’abandonner.

«Personnellement, je n’apprécie pas qu’on me qualifie de Canadien d’origine étrangère. Je crois qu’il faut se débarrasser de cette expression», a-t-il lancé aux journalistes lors d’une mêlée de presse.

M. Jelinek a également déclaré qu’il était injuste qu’Ottawa dépense autant en soins de santé «simplement parce que chaque fois qu’un petit enfant a le nez qui coule, sa mère l’emmène chez le médecin».

Cette année-là, Jelinek a été écarté du cabinet et a annoncé qu’il ne se présenterait pas aux élections.

M. Jelinek a annoncé sa retraite politique aux journalistes, précisant qu’il avait informé son comité de circonscription de sa candidature à la direction du parti seulement 24 heures auparavant.

«J’étais prêt à partir jusqu’à ce que je croise ma femme et mes deux garçons, âgés de 10 et 5 ans. Et là, la réalité m’a rattrapé, a dit Otto Jelinek, cité par La Presse Canadienne, sa voix brisée et les larmes aux yeux. Ça a touché en plein cœur. Parce que ces enfants ont grandi avec un père absent.»

Sa vie après la politique

Après sa carrière politique, M. Jelinek a travaillé pour une entreprise partenaire de celle qui avait obtenu le droit d’exploiter une partie de l’aéroport international Pearson de Toronto, une décision qu’il affirmait conforme aux règles en matière de conflits d’intérêts.

La privatisation de l’aéroport a été annulée et est devenue un enjeu électoral majeur. En 1994, M. Jelinek figurait parmi ceux qui ont refusé de témoigner devant le Parlement au sujet de cette annulation. Le Bloc Québécois a alors menacé de le citer à comparaître, ainsi que d’autres personnes.

Otto Jelinek s’est ensuite installé en République tchèque et a fondé un cabinet de conseil à Prague, spécialisé dans l’accompagnement des entreprises canadiennes et américaines souhaitant s’implanter en Europe de l’Est. Il est ensuite retourné au Canada pour prendre sa retraite.

En 2013, le premier ministre Stephen Harper a nommé Otto Jelinek ambassadeur du Canada en République tchèque. Ce rôle impliquait de superviser la levée des exigences de visa pour les ressortissants tchèques, une question épineuse qui menaçait de faire dérailler un accord de libre-échange avec l’Union européenne.

Henry Jelinek a déclaré que la famille était émerveillée de constater qu’après avoir fui le communisme, Otto Jelinek se retrouvait à représenter le Canada comme ambassadeur dans son pays natal.

Il a ajouté que son frère avait passé une grande partie de sa retraite au bord du lac Ontario, où il aimait jardiner, jouer au golf et au tennis, écouter Frank Sinatra et faire la fête.

«Il adorait raconter des histoires, qu’il embellissait souvent un peu, a confié Henry Jelinek. Si quelqu’un avait besoin de quelque chose, il était toujours là.»

Otto Jelinek est décédé paisiblement samedi au Centre de santé Trillium de Mississauga, en Ontario, après avoir lutté contre la maladie de Parkinson pendant près de 20 ans, a indiqué son frère. «Il a affronté la maladie avec un courage et une dignité exceptionnels, jusqu’à la fin.»

Dylan Robertson

Dylan Robertson

Journaliste