Le gouvernement du Québec doit instaurer la tarification dynamique de l’électricité, rehausser certaines normes de construction, interdire les nouveaux raccordements au gaz naturel, favoriser l’autoproduction de l’énergie par les citoyens et les entreprises et réduire la demande en énergie du parc immobilier.
Ces demandes font partie des 14 recommandations du 9e avis du comité consultatif sur les changements climatiques, publié lundi matin.
En conférence de presse à Québec, Alain Webster, président du comité, a admis qu’il n’est «n’est pas facile», ces temps-ci, de faire des recommandations pour s’adapter ou lutter contre les changements climatiques, car «les vents de face sont extrêmement importants» à «l’échelle canadienne» et en Amérique du Nord.
«Ce qu’on entend, c’est moins de climat, plus de pétrole et donc, à la fin, plus de coûts, plus d’impact, plus de morts, plus de dégradation de l’ensemble de nos bâtiments et plus d’appauvrissement» et ça, «ce n’est pas ce qu’on veut et ce n’est pas ce que la population en général veut», a indiqué le professeur titulaire au Département d’économique et au Centre universitaire de formation en environnement et développement durable de l’Université de Sherbrooke.
Dans une lettre qui accompagne l’avis, le comité dirigé par le professeur Webster écrit à la ministre de l’Environnement, Pascale Déry, qu’il a la «conviction» que ses recommandations, si elles sont appliquées, «permettront une meilleure maîtrise de l’énergie qui sera bénéfique sur le plan économique à l’ensemble de la collectivité québécoise».
L’avis, commandé par le prédécesseur de Mme Déry, Benoit Charette, comprend 14 recommandations structurées autour de trois axes: consommer moins et mieux l’énergie, construire et rénover des bâtiments bas carbone et finalement agir au-delà du bâtiment, notamment par l’aménagement du territoire, la récupération de chaleur, l’autoproduction énergétique et l’adaptation aux changements climatiques.
Consommer moins et mieux
Le secteur du bâtiment représente près de 8 % des émissions de gaz à effet de serre du Québec et consomme aussi environ les deux tiers de l’électricité.
L’avis du comité de scientifiques, un document d’une centaine de pages, souligne que l’électrification du «chauffage est essentielle pour décarboner le secteur», mais qu’elle accentue la demande d’électricité, en particulier pendant des périodes de pointe.
Il faut donc mieux consommer et, pour y arriver, le comité recommande de rendre obligatoire, à l’horizon 2050, un «système de tarification dynamique de l’électricité pour les bâtiments résidentiels».
Il suggère également d’intégrer des dispositions dans le Code de construction pour «favoriser des solutions techniques de gestion dynamique de la demande énergétique, comme le stockage thermique et les systèmes de gestion intelligents».
Il faut aussi mettre en place «des mesures réglementaires, incitatives ou financières» pour maximiser la sobriété énergétique, mais aussi l’autoproduction énergétique, comme la géothermie, le solaire et le stockage d’énergie, dans les bâtiments publics et privés.
Interdire le raccordement au gaz naturel
S’intéresser à la décarbonation, «c’est s’intéresser à l’économie», a indiqué le président du comité consultatif sur les changements climatiques, Alain Webster lundi matin, en expliquant qu’au Québec, «on dépense 14 milliards à peu près par année en importation de pétrole et gaz».
Pourtant, «la tendance à l’international» est d’utiliser les énergies renouvelables, qui sont «moins dispendieuses» que les énergies fossiles.
Les solutions à «la crise énergétique (...) ce n’est pas le gaz, ce n’est pas le pétrole, il faut arrêter de continuer ce cycle-là, il faut sortir du volet fossile».
Les scientifiques du comité déplorent que, «le Code de construction permet toujours le raccordement au gaz naturel pour les nouvelles constructions, ce qui perpétue un verrouillage carbone».
À ce sujet, le comité recommande «d’interdire définitivement en 2026 le raccordement de toutes nouvelles constructions au réseau de gaz naturel», comme l’ont fait différentes municipalités.
De nouvelles normes pour la construction de bâtiments
Le cadre normatif et réglementaire québécois «n’oriente pas suffisamment le marché vers la décarbonation et la sobriété énergétique», selon l’avis commandé par le gouvernement.
Québec devrait adopter «des normes de performance énergétique» pour les projets de construction et de rénovation majeure, selon le comité consultatif sur les changements climatiques.
L’analyse recommande aussi la mise en œuvre d’un système de déclaration, de cotation et de performance énergétique des bâtiments en 2027 et de l’étendre à l’ensemble du secteur résidentiel d’ici 2030.
Des cibles pour le carbone intrinsèque
Le carbone intrinsèque, qui est lié aux matériaux et à la construction des bâtiments (béton, acier, transport, etc.), constitue, selon l’analyse, «un angle mort majeur» dans le processus de décarbonation, car seule une partie de ces émissions est réellement comptabilisée.
Pourtant, jusqu’à 50 % des émissions du secteur des bâtiments sont liées aux matériaux qui sont utilisés, alors «ignorer ce levier compromettrait la décarbonation réelle du secteur et réduirait la portée des efforts consentis ailleurs dans l’économie».
Le comité recommande d’adopter des cibles de réduction d’émissions de carbone intrinsèque et la mise en place de règlements pour y parvenir.
Parmi les autres recommandations, la douzaine de scientifiques et professeurs membres du comité demandent au gouvernement d’intégrer, dès 2026, «une norme de zéro émission opérationnelle pour tous nouveaux projets publics de construction ou de rénovation majeure et d’étendre cette norme, dès 2040, à l’ensemble du parc immobilier public» et «de créer un guichet unique tenant compte des particularités régionales et locales, afin de simplifier l’accès aux programmes de rénovation et de construction».

