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Culture: Québec a besoin de sa propre stratégie sur l'IA, conclut un comité

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L'ex-ministre péquiste Louise Beaudoin photographiée à l'Assemblée nationale le 9 février 2011. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot L'ex-ministre péquiste Louise Beaudoin photographiée à l'Assemblée nationale le 9 février 2011 | Crédit image - LA PRESSE CANADIENNE (Jacques Boissinot)

Avant même que Québec ait réussi à imposer du contenu francophone aux grandes plateformes, son comité-conseil le presse d’en faire plus et d’adopter une stratégie «Culture et intelligence artificielle» (IA).

En conférence de presse à Québec mercredi pour présenter leur deuxième rapport en deux ans, les membres du comité ont exhorté le gouvernement à accélérer la cadence afin de mieux protéger la culture francophone à l’ère numérique.

«Il faut que le rythme soit plus soutenu, que ce soit plus rapide et qu’on aboutisse», a déclaré l’ex-ministre péquiste de la Culture et des Relations internationales, et membre du comité, Louise Beaudoin.

«C’est notre identité qui est en jeu dans ce combat», a renchéri son collègue, l’ex-délégué général du Québec à Paris Clément Duhaime.

Le premier rapport du comité, en janvier 2024, avait mené à l’adoption l’année suivante du projet de loi 109 «affirmant la souveraineté culturelle du Québec et édictant la Loi sur la découvrabilité des contenus culturels francophones».

Bien qu’adoptée, cette loi n’est pas encore réellement appliquée, ses mesures phares devant être établies par règlement.

Il est question notamment d’enregistrer les plateformes numériques et de leur imposer une quantité X de contenu francophone. Ce quota reste encore à déterminer.

Au moment de déposer sa pièce législative en mai 2025, le ministre de la Culture, Mathieu Lacombe, avait dit constater que «plus le numérique avance, plus notre culture recule».

Selon ses données, 92 % des jeunes ont de la difficulté à repérer les biens culturels francophones qui sont disponibles sur les plateformes. Par ailleurs, sur les 10 000 chansons les plus écoutées au Québec en 2023, à peine 8,5 % étaient des titres francophones.

L’IA: notre «principal défi»

Or, «le contexte a évolué très rapidement ces deux dernières années» à cause du développement de l’IA, a souligné Mme Beaudoin en conférence de presse. Les recommandations de 2024 sont à présent «insuffisantes».

Selon le professeur de droit et membre du comité Patrick Taillon, non seulement les travaux entourant la loi 109 doivent s’accélérer, mais le Québec ferait bien de se doter de sa propre stratégie pour affronter les nouveaux défis.

«Ce second rapport prend acte de l’importance pour le Québec d’agir pour combler l’espace que le fédéral laisse vacant par sa politique à certains égards marquée par des reculs», a-t-il déclaré.

L’intelligence artificielle sera notre «principal défi» au cours des prochaines années, a ajouté la collègue de M. Taillon à l’Université Laval et au sein du comité, la professeure de droit Véronique Guèvremont.

Elle s’inquiète entre autres de l’invisibilité des contenus culturels francophones dans les outils conversationnels, qui sont de plus en plus utilisés.

«L’IA bouleverse la découvrabilité, la diffusion, c’était un élément déjà abordé en 2024. Maintenant, c’est la création, la production aussi qui est complètement bouleversée par l’IA avec des questions fondamentales auxquelles il faut s’attarder», a-t-elle dit.

Mme Guèvremont suggère notamment de s’interroger sur «la place de la créativité humaine, l’utilisation des œuvres pour l’entraînement des modèles et la rémunération des créateurs».

«Le Québec doit se préoccuper de la place de la créativité humaine dans un environnement où les systèmes d’IA participent eux-mêmes à la création et à la diffusion de contenus, où les œuvres servent à l’entraînement des modèles – souvent sans autorisation ni rémunération des titulaires de droits – et où les outils conversationnels deviennent progressivement des intermédiaires incontournables de l’accès à la culture», peut-on lire dans le rapport de 60 pages.

Conscient de l’échéance électorale, le comité invite tous les partis politiques à se saisir de cet enjeu, puis à s’engager à tenir un sommet sur l’avenir de la culture québécoise «au plus tard dans l’année suivant les prochaines élections».

«Le deuxième rapport du comité-conseil (...) confirme que le Québec a fait ce qu’il fallait dans les dernières années pour protéger sa souveraineté culturelle, tant ici, au Québec, que sur la scène internationale», a réagi M. Lacombe par communiqué.

«J’espère que le rapport publié aujourd’hui pourra jouer, dans les années à venir, le même rôle de feuille de route que le rapport de 2024.

«J’y vois là un témoin qui se passe dans le temps. Notre souveraineté culturelle mérite qu’on se mobilise pour elle. Il en va de l’avenir de la culture québécoise et avec elle de notre avenir comme nation», a-t-il ajouté.

Caroline Plante

Caroline Plante

Journaliste