Le premier ministre Mark Carney a reproché au dirigeant d’Air Canada, Michael Rousseau, d’avoir manqué de jugement et de compassion en enregistrant un message de condoléances uniquement en anglais.
«Je suis tellement déçu par le message vidéo du PDG d’Air Canada, il manque de jugement et de compassion», a affirmé M. Carney en arrivant au parlement fédéral mercredi matin.
«Nous vivons fièrement dans un pays bilingue, il y a deux langues officielles, et Air Canada a une responsabilité particulière de communiquer tout le temps, dans n’importe quelle situation, dans les deux langues officielles», a-t-il ajouté.
Le premier ministre québécois, François Legault, a quant à lui souligné l’apport des Québécois à Air Canada, dont le siège social se trouve à Montréal et qui emploie de nombreux francophones.
«Si [Michael Rousseau] ne parle toujours pas français aujourd’hui, c’est un manque de respect envers ses employés et ses clients francophones. Je pense que s’il ne parle pas français, il devrait démissionner», a lancé M. Legault lors d’une mêlée de presse mercredi.
Même son de cloche chez le ministre québécois de la Justice, Simon Jolin-Barrette, qui réclame aussi la démission du PDG. Selon M. Jolin-Barrette, il s’agit d’un faux pas irréparable et il a rappelé que M. Rousseau s’était pourtant engagé à apprendre le français.
«Michael Rousseau n’a même pas cette sensibilité-là envers tous les francophones du pays, Air Canada aussi, Air Canada devrait le forcer à démissionner», a-t-il poursuivi.
La candidate à la chefferie de la Coalition avenir Québec (CAQ) Christine Fréchette a quant à elle invité le conseil d’administration d’Air Canada à «se poser de sérieuses questions» sur l’avenir de son PDG.
J'invite le conseil d'administration d'@AirCanada à se poser de sérieuses questions quant à l'avenir de son PDG, Michael Rousseau.
— Christine Fréchette (@CFrechette) March 25, 2026
Il a démontré une attitude complètement irrespectueuse à l'égard du français et des francophones. D'autant plus que l'un des deux pilotes décédés… pic.twitter.com/CORjkcDwdq
Son adversaire dans la course à la chefferie de la CAQ, Bernard Drainville, tient la même position.
Le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon a exprimé son malaise de s’exprimer sur cet enjeu linguistique alors que des familles doivent vivre leur «deui» à la suite d’une «vraie tragédie».
Mais il a rappelé que cela fait cinq fois qu’on se scandalise des écarts de M. Rousseau sans que rien ne change.
«Je veux qu’on quitte un peu ce réflexe-là», a-t-il plaidé.
La co-porte-parole de Québec solidaire Ruba Ghazal demande aussi la démission de M. Rousseau, puisqu’il a selon elle exprimé un «manque de respect flagrant» envers les Québécois.
Le chef du Parti libéral du Québec, Charles Milliard, a mentionné de son côté qu’il appartenait aux actionnaires d’Air Canada de trancher sur l’avenir de Michael Rousseau. «Ce n’est pas à moi de demander sa tête, c’est une compagnie privée», s’est-il contenté de répondre lorsque questionné sur le sujet.
Selon la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, Michael Rousseau a carrément perdu le respect des francophones avec son intervention.
«Il faut qu’on se rappelle que des gens ont perdu leur vie dans cette tragédie, nos pensées sont avec les familles […] Cela demande du respect et que l’on traite les gens avec dignité. Et traiter des gens avec dignité c’est aussi de leur parler dans leur langue. Je pense qu’il a failli à cette tâche, pas juste une fois […]», a-t-elle déclaré.
Un porte-parole d’Air Canada a déclaré que M. Rousseau souhaitait s’exprimer en personne et le faire avant de se rendre sur le lieu de l’accident.
«Malgré ses efforts, sa maîtrise du français ne lui permet pas de transmettre un message aussi sensible dans cette langue comme il le souhaiterait. Nous avons donc eu recours à des sous-titres afin que chacun puisse recevoir son message directement», a déclaré Christophe Hennebelle en français dans un courriel.
Dans la vidéo qui a été mise en ligne sur de multiples plateformes de réseaux sociaux, M. Rousseau évoque une «journée très sombre» pour le transporteur et indique être «profondément attristé» par le décès des deux pilotes.
En près de quatre minutes, M. Rousseau, celui-là même qui se réjouissait en 2021 d’avoir vécu 14 ans à Montréal sans parler un mot de français, prononce cependant deux mots en français: un «bonjour» au tout début et un «merci» à la fin.
Le porte-parole du transporteur aérien avait justifié que M. Rousseau tenait à s’exprimer de vive voix et à le faire avant de se rendre sur les lieux de l’accident.
«Malgré ses efforts, ses capacités à s’exprimer en français ne lui permettent pas de communiquer comme il le souhaiterait un message aussi délicat dans cette langue. Nous avons donc utilisé les sous-titres pour permettre à chacun de recevoir son message directement», avait écrit Christophe Hennebelle.
Avec de l’information d’Émile Bérubé-Lupien pour Noovo Info