La prochaine étape du rapprochement des relations entre le Canada et l’Union européenne (UE) devrait être dévoilée lors d’un sommet qui se tiendra à Montréal jeudi et vendredi.
Ce sommet intervient un peu plus d’un mois après le discours prononcé par le premier ministre Mark Carney devant le Parlement européen, durant lequel il a appelé à un resserrement des liens du Canada avec les 27 pays du bloc.
Voici cinq points à surveiller lors du sommet de cette semaine à Montréal:
1. Quel sera le nom?
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a fait grand bruit le mois dernier lorsque, dans son propre discours devant le Parlement européen, elle a laissé entrevoir la possibilité que le Canada devienne le premier «membre associé» de l’UE.
Des responsables canadiens se sont empressés de minimiser la probabilité d’une telle appellation.
L’ambassadeur du Canada auprès de l’UE, Jonathan Wilkinson, a souligné que M. Carney avait plutôt parlé d’une «alliance pour l’avenir» lorsqu’il s’était entretenu avec les journalistes après le discours de Mme von der Leyen.
Comme il n’existe pas de «statut de membre associé» au sein de l’UE, la nature exacte de l’accord prévu avec l’UE a fait l’objet de nombreuses rumeurs.
Le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, a insisté sur le fait que le Canada ne deviendrait jamais un État membre de l’UE. Il a rappelé qu’il n’était pas favorable aux impôts, aux lois, ni à la «politique d’immigration incontrôlée européenne» de l’UE.
M. Carney a précisé que tout accord serait débattu et soumis au vote au Parlement.
2. Mobilité et main-d’œuvre
La libre circulation est un élément central de l’adhésion à l’UE: les citoyens européens peuvent vivre dans n’importe quel pays membre sans visa pendant une durée maximale de trois mois. Ceux qui souhaitent travailler ou étudier dans un autre pays se heurtent toutefois à des obstacles administratifs qui varient d’un pays à l’autre.
Lors d’une entrevue accordée à La Presse Canadienne, M. Wilkinson a fait savoir que les deux parties ne discutaient pas de la libre circulation des travailleurs entre le Canada et l’Europe. Il a précisé que le Canada et l’UE s’intéressaient plutôt à des secteurs spécifiques qui pourraient bénéficier d’un bassin de main-d’œuvre commun.
Il a également été question de l’adhésion du Canada à Erasmus+, le programme d’études et de formation de l’UE qui facilite les échanges entre les pays membres.
3. Commerce
Le ministre du Commerce international, Maninder Sidhu, était en Irlande la semaine dernière pour faire avancer les négociations sur un accord de commerce numérique avec l’UE qui permettrait aux entreprises canadiennes et européennes d’acheter et de vendre plus facilement au-delà des frontières.
M. Sidhu a souligné dans une déclaration écrite que l’objectif était de réduire les frictions en matière de signatures électroniques, de contrats électroniques, de commerce sans papier et de flux transfrontaliers de données.
L’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne fêtera vendredi son dixième anniversaire.
Neuf États membres de l’UE – la France, l’Italie, la Belgique, l’Irlande, la Pologne, la Bulgarie, Chypre, la Grèce et la Hongrie – n’ont pas encore ratifié cet accord commercial.
M. Wilkinson a dit avoir rencontré l’ensemble de ses 27 homologues de l’UE et percevoir un «momentum» dans les efforts visant à convaincre davantage de pays d’adhérer à l’AECG.
4. Énergie et environnement
L’UE considère le Canada comme un partenaire précieux pour le développement d’une énergie propre et à faibles émissions de carbone. Le Canada dispose de vastes ressources minérales pouvant être mises à profit dans des projets liés à l’hydrogène, au nucléaire et à l’énergie éolienne.
M. Wilkinson a indiqué que les deux parties discutaient des moyens d’investir dans le renforcement du raffinage et de l’approvisionnement en minéraux critiques des deux côtés de l’océan afin de réduire la domination de la Chine sur ce marché.
Le ministre des Ressources naturelles, Tim Hodgson, a signé plus tôt cette année un partenariat sur les minéraux critiques avec l’Europe, visant à ouvrir davantage de voies pour attirer des investissements européens dans des projets canadiens.
La Banque européenne d’investissement a déposé, au début du mois, une demande de dérogation aux règles bancaires étrangères afin de pouvoir soutenir des projets canadiens.
5. Défense
Les minéraux critiques sont également essentiels à la fabrication d’armes modernes. Le Canada a récemment choisi un partenariat germano-norvégien, plutôt qu’un concurrent sud-coréen, pour ses nouveaux sous-marins, et ce sommet pourrait voir naître des liens encore plus étroits avec l’Europe en matière de défense.
Le ministre des Finances, François Philippe-Champagne, a récemment annoncé la tenue d’un sommet le 30 novembre à Luxembourg, où le Canada réunira ses partenaires pour signer un accord visant à créer la nouvelle Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience.
Cette banque aura son siège à la fois au Canada et au Luxembourg.
