Ottawa met tout son poids pour que le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador finissent par s’entendre dans les prochaines semaines ou les prochains mois concernant le dossier controversé du complexe hydroélectrique Churchill Falls, au Labrador.
C’est ce qu’a laissé entendre la nouvelle première ministre Christine Fréchette, lundi, à sa première conférence de presse dans ses nouvelles fonctions.
C’est un juteux contrat de plus d’une trentaine de milliards de dollars sur lequel le Québec compte pour assurer son approvisionnement en électricité au moins jusqu’en 2075.
En décembre 2024, l’ancien premier ministre François Legault avait signé un protocole d’entente avec la province voisine pour régler cette vieille pomme de discorde, mais depuis l’élection d’un nouveau gouvernement progressiste-conservateur terre-neuvien en octobre 2025, l’accord est remis en question et un comité d’experts examine le texte.
Les deux parties s’étaient pourtant données jusqu’à avril 2026 pour en arriver à une entente finale, une échéance que le premier ministre progressiste-conservateur Tony Wakeham trouvait «arbitraire».
Mme Fréchette a dit avoir parlé à son homologue Tony Wakeham lundi et elle a ajouté que le fédéral intercède en faveur d’une entente.
«J’ai senti une volonté de leur part d’aider à ce que cela puisse se signer prochainement, je pense que c’est important pour la sécurité énergétique au Canada et au Québec», a-t-elle commenté.
Le projet d’entente vise notamment à remplacer l’accord actuel 1969-2041 d’exploitation commune de la centrale que Terre-Neuve juge injuste.
Actuellement, Hydro-Québec achète ainsi à 0,2 cent le kilowatt/heure de l’électricité qu’elle revend ensuite à prix fort.
En vertu du projet d’entente sur la table, dans un premier temps, Hydro-Québec augmenterait graduellement la redevance pour qu’elle atteigne 6 cents le kWh, soit 30 fois plus que le prix actuel.
Dans un deuxième temps, il y aurait un chantier pour augmenter la puissance de la centrale de Churchill Falls, mais aussi pour une deuxième centrale à proximité, ainsi qu’une centrale en aval du fleuve Churchill à Gull Island, des projets évalués à plusieurs milliards de dollars.
Le Québec aurait ainsi accès à 7200 MW additionnels pour combler ses besoins, notamment pour décarboner son économie conformément aux accords internationaux de réduction des gaz à effet de serre (GES).
Actuellement, la puissance de Churchill Falls est de 5400 MW et elle fournit 15 % de l’électricité d’Hydro-Québec.
Avant d’être vaincus aux élections de 2025, les libéraux terre-neuviens affirmaient que la proposition, si elle était finalisée comme prévu en avril 2026, allait rapporter à la province plus de 225 milliards $ au cours des 50 prochaines années.
C’est un pactole considérable pour la province, qui affiche la dette nette par habitant la plus élevée du pays.
Terre-Neuve avait déjà laissé entendre qu’elle avait obtenu l’aide du fédéral pour négocier avec le Québec.
Pour sa part, François Legault avait déjà indiqué qu’il souhaitait une contribution d’Ottawa pour financer les lignes de transport d’électricité supplémentaires nécessaires.
En décembre dernier, dans une entrevue de fin d’année avec La Presse Canadienne, Christine Fréchette, qui était alors ministre de l’Économie et de l’Énergie, avait suggéré qu’une défaite de la Coalition avenir Québec (CAQ) aux élections de 2026 pourrait mettre en péril l’entente avec Terre-Neuve-et-Labrador.
Elle avait aussi soutenu que si le projet d’accord avortait, le Québec avait un «plan B» et un «plan C», mais que ces autres solutions coûteraient plus cher à mettre en œuvre.
M. Wakeham avait pour sa part dit qu’il ne craignait pas l’élection éventuelle d’un gouvernement du Parti québécois de Paul St-Pierre Plamondon au scrutin général de 2026.
Patrice Bergeron, La Presse Canadienne

