QUÉBEC — Un des principaux artisans de l'entente sur le développement hydro-électrique de Churchill Falls entre Québec et Terre-Neuve-et-Labrador demeure confiant, même si le projet bat de l'aile.
L'ancien premier ministre libéral de Terre-Neuve-et-Labrador Andrew Furey, qui a signé le protocole d'entente en décembre 2024, garde espoir qu'il se concrétisera, en dépit du fait que sa province le remet en question actuellement.
Maintenant vice-président de la Banque Nationale, M. Furey a sorti de sa réserve à Québec, mercredi, en marge d'un dîner-causerie avec la première ministre de l'Alberta, Danielle Smith.
C'est lui qui s'était entendu en 2024 avec son homologue François Legault pour signer un nouvel accord de plusieurs dizaines de milliards $ allant jusqu'en 2075, mais il a quitté la vie politique au printemps de 2025 et, le gouvernement progressiste-conservateur qui a été élu par la suite souhaite pour sa part renégocier l'entente.
M. Furey a d'abord refusé de s'adresser aux journalistes, mais a finalement répondu à quelques questions.
Est-il déçu de la tournure des événements?
«Pas du tout», a-t-il assuré.
«Les éléments fondamentaux de l'accord sont toujours en place» et, une fois qu'on aura mis la politique de côté, les deux parties aboutiront à une entente.
Un accord est possible tôt ou tard?
«J'espère», a-t-il répondu en en émettant le souhait qu'on revienne aux fondements de l'entente.
«J'en aurai beaucoup à dire quand les négociations seront terminées», a-t-il résumé.
L'incertitude persiste actuellement sur l'avenir du protocole d'entente.
Le premier ministre terre-neuvien Tony Wakeham réclame des dispositions plus avantageuses pour la province, après avoir obtenu un rapport d'experts qui conclut que le texte actuel ne sert pas «l'intérêt public».
De son côté, le gouvernement caquiste de Christine Fréchette souhaite toujours une entente avantageuse pour les deux partenaires, mais la première ministre a laissé entendre que si son vis-à-vis formule des demandes supplémentaires, le Québec ajoutera aussi d'autres conditions.
Même le premier ministre fédéral Mark Carney a suggéré qu'il souhaitait que les deux provinces s'entendent.
«Il n'y aura pas d'entente à des conditions inférieures à celles initialement convenues», avait également indiqué Hydro-Québec, qui travaille par ailleurs sur d'autres scénarios d'approvisionnement en électricité.
Le Québec compte encore néanmoins sur ce projet estimé à une trentaine de milliards de dollars au total pour garantir son approvisionnement en électricité au moins jusqu'en 2075.
Ce projet d'accord avait plusieurs objectifs. M. Legault souhaitait régler un vieux grief de Terre-Neuve-et-Labrador en remplaçant l'accord actuel 1969-2041 d'exploitation de la centrale commune de Churchill Falls que la province juge injuste.
Mais également, Hydro-Québec était prête à investir pour accroître la production hydro-électrique sur ce fleuve avec plusieurs autres projets.
Actuellement, Hydro achète l'électricité à 0,2 cent le kilowattheure (k/Wh) pour la revendre à un prix plus élevé.
Le projet d'entente prévoit qu’Hydro-Québec augmenterait graduellement la redevance pour qu'elle atteigne 6 cents le k/Wh, soit 30 fois plus que le prix actuel.
En outre, il y aurait un chantier pour augmenter la puissance de la centrale de Churchill Falls de 550 MW, puis une deuxième centrale de 1100 MW à proximité, et enfin une centrale de 2250 MW en aval à Gull Island.
Les estimations pour ces trois projets à l'origine tournaient autour de 25 milliards $ au total.
Actuellement, la puissance de Churchill Falls est de 5400 MW et elle fournit 15 % de l’électricité d’Hydro-Québec.
Le Québec pourrait ainsi avoir accès à 7200 MW additionnels pour combler ses besoins, notamment pour décarboner son économie conformément aux accords internationaux de réduction des gaz à effet de serre (GES).
Avant d'être vaincus aux élections de 2025, les libéraux terre-neuviens affirmaient que la proposition, si elle était finalisée comme prévu en avril 2026, allait rapporter à la province plus de 225 milliards $ au cours des 50 prochaines années.
En décembre dernier, dans une entrevue de fin d'année avec La Presse Canadienne, Christine Fréchette, qui était alors ministre de l'Économie et de l'Énergie, avait suggéré qu'une défaite de la Coalition avenir Québec (CAQ) aux élections de 2026 pourrait mettre en péril l'entente avec Terre-Neuve-et-Labrador.
Patrice Bergeron, La Presse Canadienne

