Politique

Churchill Falls: Drainville ne parle pas de plan B, à l'opposé de Fréchette

Le Québec ne veut pas envoyer de mauvais signaux à Terre-Neuve-et-Labrador en envisageant des solutions de rechange.

Publié le 

Le ministre de l'Économie et de l'Énergie du Québec, Bernard Drainville, prend part à la période de questions au Salon rouge de l'Assemblée nationale, le 13 mai 2026. LA PRESSE CANADIENNE Le ministre de l'Économie et de l'Énergie du Québec, Bernard Drainville, prend part à la période de questions au Salon rouge de l'Assemblée nationale, le 13 mai 2026. LA PRESSE CANADIENNE (Jacques Boissinot)

QUÉBEC — Le gouvernement Fréchette ne veut pas parler de solution de rechange à son projet d'entente avec Terre-Neuve-et-Labrador sur le développement de Churchill Falls, mais Hydro-Québec planche déjà sur d'autres scénarios.

En commission parlementaire jeudi, le ministre de l'Énergie, Bernard Drainville, a refusé de s'avancer sur des plans alternatifs dans l'éventualité où le partenariat terre-neuvien achopperait.

Le risque est réel. Le gouvernement progressiste-conservateur terre-neuvien rendra public le 19 mai un rapport d'experts qui pourrait en effet déterminer que le protocole d'entente signé avec le Québec en décembre 2024 est inéquitable et doit être renégocié.

Cependant, la présidente d'Hydro-Québec, Claudine Bouchard, assure que son Plan d'action 2035 propose des pistes de substitution.

«On se donne de l'optionalité, avec ou sans Terre-Neuve-et-Labrador», a-t-elle plaidé en se montrant rassurante.

Par exemple, elle a rappelé que le plan d'action prévoit 10 000 MW supplémentaires en énergie éolienne d'ici à 2035, mais il y a déjà un potentiel de 12 500 MW à l'étude. En comparaison, avec les projets envisagés à Churchill Falls, le Québec aurait accès à 7200 MW supplémentaires.

«Le portefeuille de projets évolue, (...) on avance avec plusieurs projets», a poursuivi la pdg.

En entrevue avec La Presse Canadienne en décembre, Christine Fréchette, alors ministre de l'Énergie, avait évoqué un plan B ou un plan C dans l'éventualité où les négociations avec la province voisine échouaient.

Appelé par l'opposition libérale à préciser quels étaient ces plans jeudi midi, le nouveau ministre de l'Énergie, Bernard Drainville, a été prudent et a refusé de s'avancer.

«On ne peut pas se placer dans une position où on envisagerait autre chose qu'une réussite des discussions», a-t-il répondu.

«Il faut absolument réitérer que cette entente est stratégique, capitale pour l'avenir énergétique du Québec et de Terre-Neuve.»

Le projet d'entente conclu en 2024 vise à remplacer le partenariat actuel de la centrale de Churchill Falls - qui vient à échéance en 2041 -, mais bien plus encore.

Signé à Saint-Jean par François Legault et le premier ministre libéral de l'époque Andrew Furey, c'est un juteux contrat estimé à plus d'une trentaine de milliards de dollars sur lequel le Québec compte pour assurer son approvisionnement en électricité au moins jusqu'en 2075.

Le gouvernement caquiste voulait ainsi, d'une part, corriger l'entente actuelle que Terre-Neuve-et-Labrador juge injuste, et d'autre part, améliorer la centrale actuelle et construire d'autres centrales.

Actuellement, Hydro-Québec achète à 0,2 cent le kilowatt/heure de l'électricité qu'elle revend ensuite à prix fort.

En vertu du projet d'entente sur la table, dans un premier temps, Hydro-Québec augmenterait graduellement la redevance pour qu'elle atteigne 6 cents le kWh, soit 30 fois plus que le prix actuel.

Dans un deuxième temps, il y aurait un chantier pour augmenter la puissance de la centrale de Churchill Falls de 550 MW, puis une deuxième centrale de 1100 MW à proximité, et enfin une centrale de 2250 MW en aval à Gull Island.

Les estimations pour ces trois projets à l'origine tournaient autour de 25 milliards $ au total.

Actuellement, la puissance de Churchill Falls est de 5400 MW et elle fournit 15 % de l’électricité d’Hydro-Québec.

Les deux parties s'étaient données jusqu'à avril 2026 pour en arriver à une entente finale, mais les élections d'octobre 2025 ont porté au pouvoir les progressistes-conservateurs de Tony Wakeham, qui ont critiqué l'entente.

C'est le premier ministre Wakeham qui a mis en place le comité d'experts.

Patrice Bergeron, La Presse Canadienne

Patrice Bergeron

Patrice Bergeron

Journaliste