Le gouvernement fédéral réunit les forces de l’ordre et les institutions financières afin de lutter contre les activités d’extorsion qui ciblent la population et les entreprises canadiennes.
Le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, était jeudi à Mississauga, en Ontario, pour annoncer une série de nouvelles initiatives qui, selon lui, faciliteront le travail policier pour «suivre la trace de l’argent» et démanteler les réseaux criminels.
M. Champagne affirme que le crime organisé inquiète les Canadiens dans leurs propres quartiers et les dissuade de créer une petite entreprise.
«Pour trop de gens, l’extorsion n’est plus un concept abstrait, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. C’est une menace qui leur est envoyée par téléphone. C’est le propriétaire d’une entreprise qui doit décider s’il est sûr d’ouvrir. Ce sont des familles qui ne se sentent pas en sécurité dans leur communauté.»
Le Centre d’analyse des opérations et déclarations financières du Canada (CANAFE) investira de nouvelles ressources dans la lutte contre l’extorsion. Dans le cadre de cet effort, les agents du CANAFE seront également intégrés aux forces de l’ordre locales sur le terrain afin d’aider à retracer rapidement les signalements d’extorsion.
Le CANAFE partagera également des données avec les institutions financières afin de les aider à repérer les transactions suspectes.
M. Champagne a expliqué que l’approche du gouvernement fédéral consistant à établir un partenariat entre les institutions financières du secteur privé et les forces de l’ordre reflète le modèle adopté par Ottawa ces dernières années pour lutter contre le trafic de fentanyl.
De passage à Surrey, en Colombie-Britannique, pour y rencontrer des membres de la GRC, le premier ministre Mark Carney n’a pas répondu jeudi aux questions des journalistes lors de cet événement.
M. Carney a tout de même vanté les efforts du gouvernement libéral pour renforcer les lois sur la mise en liberté sous caution et les déterminations de peine dans le cadre du projet de loi C-14.
Il a également mentionné le projet de loi C-2 sur les frontières, qui comprend des mesures visant à faciliter l’obtention de mandat pour accéder aux messages électroniques — une proposition qui inquiète les groupes de défense des libertés civiles.
M. Carney a affirmé que ces pouvoirs sont particulièrement pertinents pour des crimes tels que l’extorsion, qui impliquent souvent des menaces proférées via les réseaux sociaux.
«Nous devons donner à la police et aux procureurs un accès légal à ces messages afin qu’ils puissent engager des poursuites. C’est le rôle du Parlement, et nous devons aller de l’avant», a-t-il déclaré.
Financement fédéral
À Mississauga, M. Champagne a été interrogé au fait de savoir si de nouveaux fonds étaient engagés avec l’annonce de jeudi.
Il n’a pas répondu directement et a déclaré qu’il ne pouvait pas divulguer de détails opérationnels sans risquer de compromettre l’action des forces de l’ordre. Mais il n’a pas exclu des dépenses supplémentaires.
«Mon message au CANAFE est le suivant: si des ressources supplémentaires sont nécessaires, nous serons là», a déclaré M. Champagne.
Le ministre des Finances a également souligné que 1,7 milliard $ avaient été alloués dans le dernier budget pour soutenir les efforts des forces de l’ordre fédérales dans la lutte contre le crime organisé transnational, le blanchiment d’argent et les crimes financiers.
La Gendarmerie royale du Canada prévoit d’embaucher 1000 nouveaux agents grâce à ce financement, dont 150 seront missionnés contre les crimes financiers.
Les libéraux prévoient de déposer un projet de loi au printemps pour créer une Agence contre les crimes financiers, ce qu’ils avaient proposé l’automne dernier.
Le porte-parole conservateur en matière de sécurité publique, Frank Caputo, a soutenu dans un communiqué de presse que l’annonce faite jeudi ne contribuera en rien à mettre fin à l’extorsion et à la violence des gangs.
Il a ajouté que le travail du CANASE consiste déjà à «suivre l’argent» et a affirmé que l’agence dispose des outils nécessaires pour le faire.
M. Caputo a rappelé que les conservateurs proposent plutôt des peines d’emprisonnement obligatoires pour les crimes d’extorsion et les crimes commis avec une arme à feu, ainsi que l’expulsion des non-Canadiens qui commettent des actes de violence.
Les non-Canadiens reconnus coupables de crimes graves peuvent déjà être interdits d’entrée au Canada en vertu des lois existantes.
Le gouvernement fédéral a tenu deux sommets à Brampton, en Ontario, et à Surrey, en Colombie-Britannique, plus tôt cette année et à la fin de 2025, afin de recueillir des informations sur l’impact des menaces de violence sur les collectivités.
Le chef adjoint de la police de Peel, Nick Milinovich, a déclaré lors de la conférence de presse de jeudi que «l’extorsion est l’une des menaces les plus graves pour la sécurité publique qui pèse non seulement sur la région de Peel, mais aussi sur notre pays à l’échelle nationale».
Il a ajouté que 476 incidents d’extorsion avaient été signalés dans la région de Peel l’année dernière, dont 190 visaient des entreprises. Parmi ces 190 incidents, 29 ont donné lieu à des coups de feu ou à des incendies criminels.
«Ce ne sont pas seulement des statistiques. Cela représente des centaines de personnes qui vivent dans la peur et sont contraintes de vivre avec les expériences qu’elles ont vécues», a soutenu M. Milinovich.
Crimes sud-asiatiques
La plupart des entreprises visées par l’extorsion appartiennent à la communauté sud-asiatique de Peel, a ajouté M. Milinovich. Il a expliqué que le suivi des sources des crimes financiers conduit la police vers les personnes «responsables d’extorsions et de divers autres crimes transnationaux».
L’année dernière, Ottawa a désigné le gang Lawrence Bishnoi comme un groupe terroriste. Ce gang, qui, selon la GRC, a pris pour cible des militants séparatistes sikhs au Canada pour le compte du gouvernement indien, est lié à des extorsions et à d’autres crimes contre les communautés sud-asiatiques en Colombie-Britannique, en Alberta et en Ontario.
M. Carney a fait référence à la décision d’Ottawa d’inscrire le groupe sur la liste des entités terroristes lorsqu’il s’est adressé aux agents de la GRC à Surrey jeudi.
«Une partie de notre travail (...) consiste à améliorer la coopération entre les organismes chargés de l’application de la loi et de la sécurité afin d’obtenir des informations de la part de ces gouvernements hôtes, si je puis les appeler ainsi, de ces gangs transnationaux», a-t-il déclaré.
Interrogé à savoir si le Canada allait soulever la question de l’extorsion menée par les gangs sud-asiatiques lors de la prochaine visite du premier ministre Mark Carney en Inde, M. Champagne a répondu qu’«il y a beaucoup à discuter avec nos partenaires indiens», mais n’a pas précisé si ce sujet serait à l’ordre du jour.
«La nature transnationale de ces crimes est un sujet dont nous avons discuté au G7», a précisé M. Champagne.
«La GRC et les autres partenaires chargés de l’application de la loi entretiennent tous des relations avec leurs homologues et nous comptons sur eux pour poursuivre ces relations afin que nous puissions lutter contre la criminalité de la manière la plus efficace possible.»
— Avec des infromations de Brieanna Charlebois à Surrey

