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Champagne défend le revirement sur les droits de douane visant les fruits de mer

Le ministre affirme qu’Ottawa a écouté les Canadiens préoccupés par ces contre-mesures et que la décision de les supprimer servait l’intérêt du Canada.

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Le gouvernement libéral a attisé cette semaine les craintes du secteur canadien de la pêche quant à une nouvelle escalade de la guerre commerciale en cours, lorsque Ottawa a pris pour cible les importations de poissons et de produits de la mer en provenance des États-Unis.

Ainsi, lorsque le gouvernement a fait volte-face et abandonné ses projets de droits de douane sur les produits de la mer, à peine un jour après les avoir annoncés, le secteur a réagi avec soulagement — même si les relations commerciales entre le Canada et les États-Unis ne sont pas au beau fixe.

Le Canada a instauré mardi des droits de douane de grande envergure, ciblant plus de 900 produits américains qui auraient été soumis à des droits d’importation allant de 15 à 50 %.

Parmi ceux-ci figurait un droit de douane de 25% sur toute une gamme de poissons et de fruits de mer américains frais et surgelés, notamment la truite, l’anguille, la carpe, le thon, le homard, les huîtres, les crevettes et le saumon.

«L’imposition par le Canada de droits de douane de 25% sur les produits de la mer américains était une mesure stratégique et délibérée, mais elle risquait de provoquer une riposte de l’administration Trump sous la forme de droits de douane de 25% ou plus sur les produits de la mer canadiens, a pointé Stewart Lemont, directeur général de l’entreprise Tangier Lobster. Cela a marqué le début d’une série d’événements malheureux.»

Un point sensible de longue date

Ces droits de douane sur les produits de la mer ont marqué la première fois que le Canada exerçait une pression substantielle sur le secteur américain des produits de la mer dans le cadre de son différend commercial avec l’administration du président Donald Trump — prenant l’industrie canadienne des produits de la mer au dépourvu et suscitant immédiatement des réactions indignées au sud de la frontière.

Lorsque le Canada a établi sa liste initiale de contre-mesures douanières en mars de l’année dernière, en réponse au lancement par Donald Trump de sa guerre commerciale contre le Canada, les seuls produits de la mer américains qu’Ottawa avait pris pour cible étaient les crevettes et l’huile de poisson.

«Il est important de préserver les denrées alimentaires et les protéines des guerres commerciales», a déclaré Geoff Irvine, directeur du Conseil canadien du homard. «Tout le monde doit manger et nous ne voulons pas d’inflation ni de coûts supplémentaires pour les produits alimentaires.»

M. Lemont a précisé que les États-Unis n’imposaient actuellement aucun droit de douane sur les produits de la mer canadiens grâce à l’Accord Canada-États-Unis-Mexique.

«Tout est interconnecté, ce fut donc un soulagement que le gouvernement canadien retire cette proposition. Néanmoins, je suis convaincu, et je sais que beaucoup d’autres acteurs de notre secteur le sont également, que nous devons défendre le Canada. Il s’agit d’une question de souveraineté.»

Le secteur canadien des produits de la mer est étroitement intégré à celui des États-Unis, et les deux pays sont l’un pour l’autre la première destination pour leurs exportations de homard.

«C’était préoccupant pour le secteur, car les États-Unis constituent un marché très important pour les produits de la mer canadiens et si nous avions assisté à des mesures de rétorsion de la part des États-Unis, cela aurait pu mettre en péril de nombreux marchés canadiens développés aux États-Unis», a expliqué Peter Chapman, fondateur du cabinet de conseil SKUFood.

«Il existe certains segments du marché où la transformation s’apparente presque à celle de l’industrie automobile, où le produit fait des allers-retours (à travers la frontière). Si nous avions dû faire face à des droits de douane de part et d’autre, cela serait devenu très coûteux et très compliqué.»

La décision d’Ottawa d’imposer des droits de douane a irrité les responsables politiques américains et le secteur de la pêche, qui expédient des crustacés au nord de la frontière pour qu’ils soient transformés dans les provinces de l’Atlantique.

L’Association des pêcheurs de homard du Maine a averti que ses membres risquaient de devenir des «victimes collatérales» du conflit commercial en cours. 

«Perdre l’accès à un marché aussi important au plus fort de notre saison d’automne pourrait avoir des conséquences dévastatrices pour les pêcheurs et les communautés côtières», a fait valoir mercredi sa directrice générale, Patrice McCarron, dans un communiqué adressé aux médias.

Une approche «stratégique»

Le ministère des Finances a annoncé mercredi soir qu’il retirerait les droits de douane sur les produits de la mer de la liste qui doit entrer en vigueur le 8 septembre afin de «se prémunir contre des préjudices économiques plus larges».

S’exprimant lors d’une conférence de presse à Toronto jeudi, le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, a déclaré que cette décision montrait que le gouvernement avait écouté les Canadiens et les parties prenantes préoccupées par ces contre-mesures.

«On a été très stratégique dans notre approche. On ne veut pas d’escalade, mais il faut que les gens comprennent qu’on doit se tenir debout», a déclaré M. Champagne.

«On n’a pas choisi ce conflit commercial, mais on doit y répondre.»

Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a averti mercredi lors d’une entrevue accordée à CBC News que si le Canada prenait des mesures de rétorsion supplémentaires, les États-Unis ne se contenteraient pas de rester les bras croisés.

Kyle Duggan

Kyle Duggan

Journaliste