Politique

«C'est un peu un contexte inconnu», dit LeBlanc sur la révision annuelle de l'ACEUM

«On n’a pas plus de prévisibilité sur la procédure de la révision annuelle, parce que c’est un peu un contexte inconnu où ce n’est pas typique dans ce genre d’entente-là.»

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Le ministre du Commerce Canada-États-Unis, Dominic LeBlanc, à droite, en compagnie de la négociatrice en chef sur le commerce avec les États-Unis, Janice Charette, à gauche, alors qu'ils prenaient part, le 16 juin 2026, à une conférence de presse dan... Le ministre du Commerce Canada-États-Unis, Dominic LeBlanc, à droite, en compagnie de la négociatrice en chef sur le commerce avec les États-Unis, Janice Charette, à gauche, alors qu'ils prenaient part, le 16 juin 2026, à une conférence de presse dans le cadre du sommet des dirigeants du G7 à Évian, en France. LA PRESSE CANADIENNE/Christopher Katsarov (Christopher Katsarov)

Quelques jours après la décision de l’administration Trump d’imposer une révision annuelle de l’accord de libre-échange nord-américain surnommé ACEUM plutôt que sa reconduction intégrale jusqu’en 2042, le gouvernement canadien fait face à plusieurs inconnues pour la suite des négociations commerciales.

«On n’a pas plus de prévisibilité sur la procédure de la révision annuelle, parce que c’est un peu un contexte inconnu où ce n’est pas typique dans ce genre d’entente-là», estime le ministre responsable du commerce entre les États-Unis et le Canada, Dominic LeBlanc.

Il a raconté, au cours d’une entrevue téléphonique accordée vendredi, avoir demandé au représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, «comment il pensait structurer la conversation» dans le cadre de cette révision annuelle. Cette demande a été formulée de pair avec le secrétaire mexicain à l’Économie, Marcelo Ebrard, a-t-il précisé.

«Il n’y avait pas de réponse dans la réunion. (...) Il s’est dit qu’on allait reprendre la conversation au cours des prochaines semaines», a dit le ministre au sujet de la rencontre du 1er juillet au cours de laquelle les États-Unis ont confirmé qu’ils optaient pour une révision annuelle de l’ACEUM.

Le Canada et le Mexique auraient préféré que l’accord, sous sa forme actuelle, perdure pour 16 autres années, mais Washington souhaite des changements et estime que la présente mouture a fait son temps. La décision américaine a déclenché un réexamen annuel renouvelable pouvant aller jusqu’à dix ans, période à l’issue de laquelle l’entente expirerait si aucune voie de passage n’était trouvée pour la prolonger au-delà de son échéance de 2036.

«À la conclusion de la conversation (du 1er juillet), nous avons suggéré d’amener une structure ou une rigueur à cette révision que les Américains ont amenée», a ajouté M. LeBlanc en faisant référence à l’examen annuel.

La feuille de route comprenant les éléments qu’inclura cette révision annuelle doit encore être définie, a évoqué M. Ebrard cette semaine dans une vidéo publiée sur son compte «X». «Nous ne sommes pas pressés, mais ça ne nous intéresse pas non plus qu’il y ait des incertitudes», a-t-il dit en espagnol.

L’ACEUM a jusqu’ici agi, tant pour le Canada que pour le Mexique, comme un bouclier face à la plupart des droits de douane imposés par Donald Trump, puisqu’une vaste exemption est en place pour des marchandises dites «conformes» à l’accord.

Or, ce bouclier n’est pas total et le Canada ainsi que le Mexique tentent de conclure des accords bilatéraux avec les États-Unis en parallèle de la négociation à trois.

Du point de vue canadien, les négociations bilatérales permettraient d’amoindrir des droits de douane que l’ACEUM n’a pas pu bloquer, notamment ceux visant les secteurs de l’acier, de l’aluminium et du bois d’œuvre.

Questionné vendredi à savoir comment départager exactement ce qui fera partie de la révision annuelle de l’ACEUM et ce qui fera partie des discussions bilatérales, M. LeBlanc n’avait pas toutes les réponses.

«Une des difficultés depuis l’arrivée de M. Trump, c’est précisément ces imprécisions-là, a-t-il dit. Le but de nos conversations avec les Américains, c’est de réduire, évidemment, des tarifs sectoriels qui font mal à l’économie des trois pays et, en même temps, d’essayer d’amener une certaine prévisibilité ou une certaine rigueur aux conversations sur la révision de l’ACEUM.»

Le gouvernement mexicain prévoit recevoir une délégation américaine à Mexico au cours de la semaine du 20 juillet dans le cadre de ses propres négociations bilatérales avec les États-Unis.

Le Canada n’a pas encore annoncé de date pour une rencontre similaire. Sur ce point, M. LeBlanc s’est dit encouragé puisque, le jour même de sa rencontre du 1er juillet, le représentant américain adjoint au commerce, Jeffrey Goettman, a contacté la négociatrice en chef du Canada, Janice Charette «pour discuter de l’ordre des prochaines conversations bilatérales».

«C’était pour discuter de leur prochaine réunion à Washington dans les quelques prochaines semaines», a dit le ministre. Il a aussi indiqué que M. Greer et lui ont convenu de «reprendre les discussions bilatérales bientôt». «Au cours - moi, je dirais - des prochaines semaines», a-t-il avancé.

«Je demeure confiant qu’on va arriver à une entente bilatérale et qu’on va réduire l’incertitude autour de la révision de l’ACEUM, mais on va faire le travail au cours de l’été pour nous mettre dans cette situation-là», a ajouté M. LeBlanc.

À savoir si Ottawa craint que l’administration Trump tente d’utiliser le forum des discussions bilatérales pour effriter un front commun que pourrait former le Canada et le Mexique dans le cadre des conversations trilatérales, M. LeBlanc n’a pas semblé particulièrement inquiet.

«Ma conversation du 1er juillet était encourageante dans le sens que les trois pays ont constaté l’importance d’avoir une économie nord-américaine qui sera concurrentielle avec d’autres blocs économiques dans d’autres régions du monde. Alors, un des points en commun qu’on a discuté, par exemple, est comment avoir une économie nord-américaine avec des chaînes d’approvisionnement intégrées qui pourraient être concurrentes avec d’autres régions du monde qui font qui font la concurrence avec nous.»

Le ministre a tout de même dit avoir entendu que, il y a plusieurs années, la stratégie d’effriter un front uni «était un scénario qui était présent dans des conversations». À ce moment là, l’ACEUM voyait le jour pour succéder à l’ALÉNA, déchirée à l’initiative de la première administration Trump.

«Ce n’est pas arrivé, a-t-il conclu. On a des enjeux communs avec le Mexique tout comme il y a des questions bilatérales qui sont différentes.»

Émilie Bergeron

Émilie Bergeron

Journaliste