Les députés ont repris leurs travaux lundi après la pause estivale, dans un contexte marqué par des tensions commerciales qui pèsent sur le pays, une nouvelle alliance encore floue avec l’Europe qui se profile à l’horizon et un gouvernement libéral prêt à mener un programme ambitieux pour faire adopter de nouveaux grands projets d’infrastructure.
Fort de bons résultats dans les sondages et de trois victoires récentes lors d’élections partielles qui lui ont permis de consolider la majorité de son gouvernement, le premier ministre Mark Carney a déclaré la semaine dernière que son gouvernement entamerait la session en présentant le projet de loi «Bâtir un Canada fort».
Ce projet de loi présenté lundi après-midi doit s’attaquer aux obstacles qui ralentissent le processus d’autorisation de grands projets. Ce texte intervient peu de temps après que Mark Carney a organisé un sommet international sur l’investissement visant à lever des milliards de dollars pour des infrastructures à travers le pays, notamment des centres de données, des ports, des aéroports et des projets énergétiques.
Ce texte doit également apporter des modifications substantielles au Code canadien du travail. Les dirigeants syndicaux se disent inquiets quant au fait que ce texte menace le droit de grève.
Le gouvernement libéral présente ce projet de loi comme une nouvelle étape de sa campagne visant à rendre l’économie plus résiliente et moins dépendante des États-Unis, grâce à des mesures telles que la création de nouveaux débouchés à l’exportation vers l’Europe et l’Asie.
Ce projet de loi devrait occuper une grande partie des débats à la Chambre des communes cet automne.
Premières piques à la période des questions
La période des questions de lundi a débuté par un appel du chef conservateur Pierre Poilievre au premier ministre Carney, l’invitant à se joindre à lui pour soutenir la communauté juive et un policier blessé à la suite d’une fusillade survenue dimanche près d’une synagogue de Belleville, en Ontario, pendant le Yom Kippour.
M. Carney a répondu que le Canada s’opposait à «toutes les formes de violences» et «toutes les formes de haine».
La période des questions a ensuite rapidement repris son ton habituel, les députés conservateurs s’en prenant à M. Carney alors qu’il répondait à la question de M. Poilievre sur l’accessibilité financière, tandis que les députés libéraux lançaient leurs propres piques verbales depuis l’autre côté de l’hémicycle.
Le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, a déclaré qu’il présenterait un nouveau projet de loi visant à prolonger l’allègement de la taxe d’accise sur le carburant et qu’un budget d’automne était en préparation.
La première tâche de la Chambre des communes lundi a consisté, pour le président Francis Scarpaleggia, à lire la longue liste des sièges devenus vacants ces derniers mois.
Depuis la suspension des travaux estivaux de la Chambre à la mi-juin, neuf députés ont démissionné et trois élections partielles ont déjà eu lieu. Les libéraux ont remporté ces trois scrutins, conservant sans peine leurs circonscriptions à Toronto et à North Vancouver et arrachant un siège aux conservateurs au Québec.
M. Carney était tout sourire lundi alors qu’il accompagnait ses trois nouveaux députés à la Chambre pour la première fois: l’ancien chef de cabinet adjoint Braeden Caley, de North Vancouver—Capilano, l’ancien assistant de l’association de circonscription Tanveer Shahnawaz, de Beaches—East York, et le producteur laitier Daniel Gobeil, de Chicoutimi—Le Fjord.
Les six sièges restants, actuellement vacants, feront l’objet d’élections partielles dans les mois à venir. Il s’agit de deux sièges précédemment détenus par les libéraux, de deux détenus auparavant par les conservateurs, ainsi que d’un siège détenu par le Bloc québécois et d’un autre par le Nouveau Parti démocratique (NPD) après les dernières élections.
Les États-Unis au centre des débats
Les tensions commerciales avec les États-Unis constitueront un thème central de la session d’automne, alors que Donald Trump a intensifié la pression sur le Canada et continue de menacer sa souveraineté. Le président américain a menacé d’aggraver la guerre commerciale qui ne cesse de s’intensifier en imposant des droits de douane supplémentaires sur l’acier et les automobiles si les deux parties ne parviennent pas à conclure un accord d’ici la fin de l’année.
En août, l’équipe de négociation canadienne s’est retirée d’un accord potentiel avec les États-Unis à la dernière minute, estimant que ce qui était sur la table constituerait un mauvais accord pour le Canada.
Le conflit commercial s’est alors intensifié: Donald Trump a imposé une nouvelle salve de droits de douane et menacé d’en imposer davantage, tandis que le Canada a mis en place ses propres droits de douane de rétorsion. Le locataire de la Maison-Blanche a également tenté de rebaptiser le lac Ontario «lac Amérique» et s’est efforcé de bloquer certaines importations canadiennes vers les États-Unis.
M. Carney a réagi en redoublant d’efforts pour renforcer les liens du Canada avec d’autres partenaires. Dans un discours prononcé devant le Parlement européen la semaine dernière, M. Carney a salué l’initiative de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, visant à faire du Canada un membre associé de l’Union européenne.
La portée exacte de ce statut reste à déterminer. De plus amples détails devraient être dévoilés lors d’un sommet Canada-Europe qui se tiendra à Montréal en octobre.
M. Carney a rencontré ce week-end le président français, Emmanuel Macron, à Saint-Pierre-et-Miquelon, archipel français situé au large des côtes de Terre-Neuve, ainsi que le premier ministre norvégien, Jonas Gahr Store, à Ottawa.
Le premier ministre devrait multiplier les déplacements au cours de l’automne, plusieurs sommets étant prévus.
— Avec des informations de Kyle Duggan et Craig Lord
