L’entente de plusieurs milliards de dollars conclue par le Canada avec le constructeur allemand TKMS pour l’acquisition de sous-marins fait partie des achats militaires ayant été mis en avant lors du sommet des dirigeants de l’OTAN, qui se tient cette semaine en Turquie, alors que les alliés cherchent à apaiser le président américain Donald Trump.
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a célébré mardi le fait que les alliés et le secteur privé dévoilaient de nouveaux projets d’envergure et signaient des contrats d’une valeur de plusieurs milliards de dollars.
Parmi les projets annoncés figuraient la livraison d’avions Airbus A330 MRTT et l’acquisition conjointe auprès du constructeur suédois Saab pouvant aller jusqu’à dix avions équipés de radars, qui seront en grande partie construits au Canada.
«C’est un moment de grande fierté», a déclaré mardi le premier ministre suédois Ulf Kristersson à propos de l’annonce concernant le GlobalEye, ajoutant que ces avions bimoteurs seraient «fabriqués au sein de l’alliance pour l’ensemble de l’alliance».
Il y a plus d’un an, les pays membres ont convenu de porter leur objectif de dépenses de défense de 2 % du PIB actuellement à 5 % d’ici 2035. M. Rutte a répété à plusieurs reprises lors des événements organisés lundi et mardi à Ankara que l’alliance montrait déjà les résultats de cette promesse.
Il a indiqué que l’année dernière, l’Europe et le Canada avaient ensemble augmenté leurs dépenses de plus de 20 %, soit 139 milliards $ US supplémentaires.
«Donc, en somme, une chose est claire: l’argent est là et il y en a bien plus encore à venir», a-t-il affirmé, avant d’avertir que la menace russe exigeait une réponse rapide et immédiate.
«Oui, nous avons réalisé de réels progrès, nous allons dans la bonne direction. La stratégie est claire, mais la partie est loin d’être terminée. Et pour la remporter, nous avons besoin que tous les membres de l’équipe mettent la main à la pâte. Faisons plus, plus vite, ensemble. Nous n’avons pas le luxe de prendre notre temps. Nous avons besoin de capacités dès maintenant, pour nous assurer de rester prêts. La situation sécuritaire l’exige.»
Présentation commune
L’accord canadien sur les sous-marins ne figurait pas parmi les acquisitions de l’OTAN présentées par M. Rutte, mais il a été mis en avant par le premier ministre Mark Carney, le chancelier allemand Friedrich Merz et le premier ministre norvégien Gahr Store, qui ont tenu leur propre réunion en marge du sommet mardi.
Lundi, M. Carney a désigné TKMS comme soumissionnaire retenu pour la fourniture d’une flotte de sous-marins destinés à la Marine royale canadienne. Le Canada prévoit d’acheter jusqu’à 12 sous-marins, et le coût estimé de cet achat s’élève à pas moins de 24 milliards $. Les coûts de maintenance et d’exploitation sont bien plus élevés.
Lors de la réunion avec MM. Merz et Store mardi, M. Carney a affirmé qu’il s’agirait d’un partenariat très important pour le Canada et qu’il était essentiel que cet achat fasse l’objet de discussions au sein de l’OTAN.
Les trois hommes se sont rencontrés dans une grande salle bondée de journalistes, où étaient exposées deux maquettes du sous-marin 212CD: une grande, derrière une vitrine, et une plus petite posée sur un bureau.
M. Carney a expliqué que la décision du Canada de conclure un contrat avec TKMS, qui permettra de créer «des emplois de très haute qualité dans tous nos pays», avait été prise en moins d’un an plutôt qu’à la fin de la décennie en raison de «l’urgence de la situation» et des menaces auxquelles l’alliance est confrontée.
«C’est un grand jour pour nous tous et un grand jour pour l’OTAN», a-t-il déclaré.
M. Store a affirmé que cette décision «importante» témoignait de la rapidité d’action sous la direction de M. Carney. Il a précisé que les trois flottes pourraient opérer de manière intégrée, ajoutant que les trois pays disposeraient ainsi ensemble de 26 sous-marins en service.
«C’est ainsi que l’OTAN fonctionnera désormais. C’est formidable. Nos marins pourront échanger leurs expériences et visiter les navires les uns des autres, ils pourront harmoniser leurs stratégies», a-t-il déclaré.
M. Carney a fait campagne auprès des alliés pour qu’ils créent une banque multinationale de défense afin de contribuer au financement de la croissance du secteur mondial de la défense. La décision été prise plus tôt cette année d’installer le siège de la banque au Canada.
Mardi, huit pays se sont engagés à soutenir cette banque dirigée par le Canada: l’Albanie, la Belgique, la Grèce, la Lettonie, le Luxembourg, la Roumanie, la Turquie et l’Ukraine.
Les principaux partenaires européens, y compris d’autres alliés du G7 au sein de l’OTAN, n’ont pas encore apporté leur soutien au projet.
Le cabinet du premier ministre a indiqué dans un communiqué que ces pays seraient «chargés de définir les premières politiques et directives de la Banque, d’orienter ses activités et de veiller à ce que ses retombées profitent aux économies des pays membres».
Augmenter les dépenses
Ces annonces de l’OTAN concernant les dépenses interviennent alors que le président américain Donald Trump continue d’affirmer que les alliés ne consacrent pas suffisamment de ressources à la défense.
Le sommet de cette semaine doit notamment faire le point sur les progrès réalisés par les pays membres pour atteindre l’objectif actuel consistant à consacrer l’équivalent de 2 % du PIB à la défense.
Le Canada a atteint cet objectif pour la première fois l’année dernière.
Le président américain a également critiqué la réaction des alliés face à la guerre menée par les États-Unis en Iran. Les États-Unis n’ont pas consulté l’OTAN avant d’attaquer l’Iran en février, mais ont vivement critiqué les principaux membres européens, notamment l’Italie, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni, pour ne pas avoir soutenu cette guerre.
Mardi, M. Trump a également réitéré son affirmation selon laquelle les États-Unis devraient contrôler le Groenland plutôt que le Danemark, membre de l’OTAN. Les réflexions de M. Trump sur une éventuelle prise de contrôle du Groenland ont secoué l’alliance en début d’année.
M. Carney n’avait pas prévu de rencontre avec M. Trump à Ankara, mais il a rencontré mardi le président turc Recep Erdogan et le président ukrainien Volodymyr Zelensky en marge du sommet. Il s’est également entretenu avec le premier ministre néerlandais, Rob Jetten.
MM. Carney et Erdogan en ont profité pour annoncer que leurs gouvernements entamaient officiellement des négociations de libre-échange.
M. Carney a également rencontré le président Zelensky, avec lequel il a évoqué la défense aérienne et la manière dont le Canada peut continuer à soutenir l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie.
Le premier ministre Mark Carney rencontre le président ukrainien Volodymyr Zelensky lors du Forum des industries de défense de l’OTAN à Ankara, en Turquie, le 7 juillet 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Adrian Wyld
M. Merz a, quant à lui, qualifié d’audacieux le choix rapide par Ottawa d’un soumissionnaire privilégié. Il a ajouté qu’au-delà de la flotte, la maintenance s’étendrait sur «des années, voire des décennies».
«Cela va bien au-delà des sous-marins, a soutenu M. Merz. C’est une nouvelle ère de coopération dans cette partie du monde.»
Le ministre de la Défense, David McGuinty, a déclaré mardi à Ankara que le choix de TKMS comme soumissionnaire privilégié pour la construction de sous-marins se traduira par une plus grande interopérabilité en matière de défense dans l’Arctique, notamment grâce au partage d’équipages avec l’Allemagne et la Norvège.
M. Carney s’est également entretenu avec le président sud-coréen Lee Jae-myung, en marge du sommet des dirigeants de l’OTAN. M. Carney a indiqué lundi qu’il avait également discuté avec M. Lee au cours du week-end, avant d’annoncer que TKMS avait devancé la société sud-coréenne Hanwha Ocean pour négocier un contrat portant sur la construction d’une flotte de sous-marins.
Le ministre McGuinty a qualifié cette rencontre de «fructueuse». Il a précisé que la société coréenne Hanwha restait un soumissionnaire de réserve pour le contrat de sous-marins, en fonction de l’issue des négociations officielles avec TKMS.
«Il existe de nombreuses possibilités de coopération entre le Canada et la Corée. Nous allons continuer à renforcer cette relation, et c’est exactement ce que le premier ministre a mentionné au président Lee», a fait valoir M. McGuinty.
M. McGuinty a indiqué que le Canada avait atteint l’objectif initial de l’OTAN consistant à consacrer 2 % du PIB aux dépenses de défense et que le prochain objectif était d’atteindre 3,5 % d’ici 2029. Le ministre a précisé mardi que ces chiffres figureraient dans le projet de budget d’automne.
«Notre objectif ici est de continuer à montrer à nos partenaires de l’OTAN que nous allons de l’avant. Nous réalisons des investissements importants, nous venons de choisir les sous-marins, nous développons notre économie dans ce secteur, nous achetons de nombreux biens et services, nous reconstruisons nos bases. Nous avons prolongé notre présence en Lettonie de trois ans. Nous réalisons des investissements massifs», a affirmé M. McGuinty.
Le premier ministre devait intervenir lors d’une table ronde en marge du sommet sur le financement du secteur de la défense, mais cette intervention a été retirée de son programme.
Les dirigeants devraient se réunir mardi soir pour un souper, avant la grande réunion du Conseil de l’Atlantique Nord prévue mercredi.
Le sommet est simplifié cette année, ce qui, selon des experts, vise à éviter les frictions diplomatiques
