Le premier ministre fédéral, Mark Carney, ne ferme pas la porte à accorder à l’Alberta plus de pouvoirs en immigration, même s’il note que le Québec, qui a une entente sur le partage de cette compétence, est «distinct».
«C’est unique à cause de la culture, à cause de la langue», a-t-il dit mercredi alors qu’il s’apprêtait à rencontrer son caucus.
Le «oui» l’a emporté sur cinq questions référendaires posées aux Albertains afin de sonder leur intérêt à ce que leur gouvernement réclame plus de pouvoirs en immigration – selon les résultats non officiels et comptabilisés jusqu’à présent.
Déjà, mardi, M. Carney en appelait à la collaboration avec l’Alberta, mais aussi avec les autres provinces, en matière d’immigration.
Mercredi, il a répondu «on verra» lorsqu’une journaliste lui a demandé s’il était ouvert à ce que l’Alberta obtienne des pouvoirs similaires au Québec quant au contrôle de l’immigration.
Quoi qu’il en soit, il a insisté sur l’immigration économique. «C’est évident, les provinces sont plus proches, plus sur le terrain, mais le premier job maintenant, depuis le début du gouvernement, c’est de reprendre le contrôle sur l’immigration», a-t-il dit en réitérant les engagements au niveau fédéral.
Le ministère de l’Immigration doit, au tournant du prochain mois, dévoiler son plan pluriannuel des seuils d’immigration.
La question de la capacité d’accueil des provinces est discutée ouvertement dans bien des provinces depuis des années et, plus récemment, au niveau fédéral.
Les groupes représentant des entrepreneurs et des employeurs rappellent régulièrement, quant à eux, les enjeux de pénurie de main-d’œuvre.
«Alors c’est plutôt une question d’efficacité et de mieux servir les entreprises dans les provinces», a d’ailleurs dit M. Carney, mercredi, lorsque questionné sur son ouverture ou non à transposer l’Accord Canada-Québec en matière d’immigration à d’autres provinces, comme l’Alberta.
Le nouveau premier ministre du Québec, Paul St-Pierre Plamondon, a signalé mardi, dans une publication sur les réseaux sociaux, qu’il compte collaborer avec les provinces, comme l’Alberta, qui constateraient que «le Canada, tel qu’il est, ne fonctionne pas et le statu quo ne passe plus».
«Le nouveau gouvernement du Québec s’assurera que le message soit compris à Ottawa», a-t-il déclaré. M. St-Pierre Plamondon a souligné qu’il ne partage pas la vision des Albertains qu’il soit possible d’obtenir plus d’autonomie en restant au sein du Canada.
«Le gouvernement fédéral, de plus en plus interventionniste, non seulement intervient toujours davantage dans les affaires des provinces, au mépris de ses propres règles constitutionnelles, mais prend également des décisions qui vont directement à l’encontre des intérêts de celles-ci», a-t-il ajouté.
Le Parti québécois, bien qu’à la tête d’un gouvernement minoritaire, est clair depuis des années sur ses ambitions d’obtenir tous les pouvoirs en immigration.
Ses engagements électoraux vont au-delà de l’immigration économique mentionnée par M. Carney. Questionné durant un point de presse à savoir s’il est ouvert à accorder plus de pouvoirs au Québec, toute catégorie d’immigration confondue, le premier ministre fédéral a répondu, encore une fois, «on verra», tout en rappelant la marge de manœuvre qu’a déjà le Québec sur son immigration dite économique.
«Ce n’était pas une conversation que j’ai eue avec le nouveau premier ministre, M. St-Pierre Plamondon. (...) Il y aura des conversations», a dit M. Carney en soulignant son engagement à continuer d’atteindre un niveau pancanadien «soutenable» d’immigration.
À ses côtés, le premier ministre ontarien Doug Ford a évité de critiquer Ottawa, assurant que les deux ordres de gouvernement travaillent «dans la collaboration».
Le premier ministre fédéral a ensuite ouvert encore davantage la porte à une discussion sur le partage des pouvoirs en immigration économique avec les provinces issues de ce que d’aucuns appelleraient le «rest of Canada».
«En ce qui concerne le niveau et la composition des immigrants économiques, c’est le choix du Québec, mais, pour les autres provinces, il y aura une conversation plus détaillée, plus ambitieuse en ce qui concerne comment nous partageons les responsabilités et les choix des immigrants économiques ici au Canada.»
La ministre fédérale de l’Immigration, Lena Diab, s’est empressée d’entrer dans la salle de réunion du caucus libéral, mercredi matin, sans répondre aux questions des journalistes.
La veille, elle s’en était tenue à déclarer qu’elle avait l’intention de collaborer en partenariat avec les provinces, comme elle soutient l’avoir fait depuis un an.
Le ministre de la Justice, Sean Fraser, qui a déjà été ministre de l’Immigration, estime qu’il est «prématuré» de présumer des demandes que fera le gouvernement albertain en matière d’immigration à la lumière des résultats référendaires, considérant que les résultats complets et officiels ne sont pas encore publiés.
Le gouvernement de l’Alberta prévoit publier les résultats officiels du référendum le 29 octobre.
C’est tout de même lui qui a décidé de la formulation des questions soumises aux voix. L’une, par exemple, met de l’avant l’idée d’imposer des «frais raisonnables» à des immigrants temporaires pour leur utilisation des systèmes d’éducation et de santé. Selon les résultats préliminaires qui avaient été compilés en fin d’après-midi mercredi, l’appui des Albertains s’étant prononcés s’élevait à 54 %.
Le soutien était pour l’instant similaire à une question suggérant que l’Alberta devait avoir plus de pouvoirs pour contrôler le nombre d’immigrants qu’elle accueille dans le but, entre autres, de «prioriser la migration économique et donner aux Albertains la première priorité dans de nouvelles occasions d’emploi».

