Le premier ministre Mark Carney affirme que l’importance qu’il accorde au renforcement des relations internationales, notamment avec la Norvège, fait partie de la réponse à la recrudescence des menaces russes.
Lors d’une conférence de presse avec le premier ministre norvégien Jonas Gahr Store à Ottawa, les deux dirigeants ont été interrogés sur les avertissements du premier ministre polonais selon lesquels la Russie pourrait préparer des attaques contre les pays européens qui soutiennent l’Ukraine.
M. Store a déclaré que ces avertissements devaient être pris au sérieux et que les services de renseignement norvégiens avaient conclu à l’existence de «menaces réelles découlant d’activités hybrides, pouvant aller jusqu’à un sabotage potentiel».
M. Carney n’a pas commenté la crédibilité de ces menaces, mais a déclaré qu’il partageait les propos de M. Store.
«L’un des avantages de cette relation et de son approfondissement à travers un large éventail de partenariats réside, en effet, dans un meilleur partage du renseignement, une vision plus large et des capacités renforcées que nous développons ensemble», a-t-il dit.
M. Carney a précisé que cela impliquait notamment de s’entourer des «bons partenaires» parmi les pays arctiques travaillant de concert. «La phrase qui me revient toujours à l’esprit (…) est : “Grand Nord, faible tension”», a-t-il dit.
Il a précisé que pour y parvenir, il fallait notamment disposer de capacités sous-marines et spatiales.
En juillet, M. Carney a choisi d’acheter une douzaine de sous-marins auprès d’un constructeur naval européen plutôt que d’une entreprise coréenne, à l’issue d’un appel d’offres très disputé qui a duré plusieurs mois. Le partenariat retenu implique une entreprise allemande mais s’associe à la Norvège, les trois pays collaborant pour produire et entretenir les sous-marins.
«Le temps passé, que ce soit dans le Grand Nord en Norvège, lors d’une rencontre avec le président français qui est directement impliqué dans un certain nombre de ces décisions, ou lors de notre rencontre d’aujourd’hui et au-delà, tout cela est lié», a expliqué M. Carney.
Avant sa rencontre avec M. Store à Ottawa, Mark Carney s’était rendu à Saint-Pierre-et-Miquelon pour rencontrer le président français Emmanuel Macron plus tôt dans la journée.
La visite de M. Store intervient alors que M. Carney cherche à resserrer les liens avec l’Europe, notamment en vue d’une éventuelle «adhésion en tant que membre associé» à l’UE.
La Norvège n’est pas membre de l’UE, mais, depuis trois décennies, le pays a conclu avec l’Union un accord qui garantit aux deux parties un libre accès à leurs marchés respectifs pour les biens et les services — et permet à la Norvège d’accéder à la plupart des programmes de l’UE.
«Les liens et partenariats entre les alliés des membres de l’OTAN rendent l’OTAN plus forte, plus résiliente et plus effective et c’est dans l’intérêt de tous les membres de l’OTAN, y compris les États-Unis», a dit M. Carney.
Renforcer les liens avec la Norvège
M. Carney cherche à renforcer les liens avec la Norvège en matière de défense, ainsi qu’à attirer les investissements de son gigantesque fonds souverain, alimenté par les revenus pétroliers.
«C’est une amitié qui compte beaucoup pour nous, c’est une amitié qui lie deux pays, des deux côtés de l’Atlantique avec une perspective arctique, a dit en français M. Store. Je salue le premier ministre pour être un leader maintenant au niveau international, qui sait mettre les grandes questions sur l’ordre du jour et ça donne aussi une inspiration à notre coopération bilatérale.»
Le premier ministre Carney s’était rendu en Norvège en mars — il était le premier premier ministre en exercice depuis 1980 à se rendre dans ce pays nordique.
Au cours de cette visite, les deux dirigeants se sont engagés à renforcer leur collaboration dans des domaines allant de la sécurité dans l’Arctique à l’espace, en passant par les minéraux critiques et l’énergie.
MM. Carney et Store ont également mis en avant leur réputation de producteurs mondiaux de pétrole à faible risque, dans un contexte de chocs d’approvisionnement liés à des conflits tels que la guerre menée par le président américain Donald Trump contre l’Iran.
Les responsables norvégiens ont souvent décrit le Canada comme un pays similaire, étant donné que les deux pays cherchent à trouver un équilibre entre un important secteur pétrolier, la promotion des énergies vertes et le respect des peuples autochtones.
Ils mettent tous deux l’accent sur le recours aux institutions multilatérales pour résoudre les différends, tout en se positionnant comme de fervents défenseurs de l’OTAN et en entretenant des liens étroits avec l’Union européenne, sans pour autant en être membres.
Les deux pays ont placé le soutien à l’Ukraine au premier plan de leur politique étrangère, face aux invasions à grande échelle menées par la Russie en 2014 et en 2022.
Depuis fin 2024, le Canada mène une politique étrangère dans l’Arctique qui prône un renforcement des liens avec les pays nordiques dans les domaines de la défense, des secteurs stratégiques et des questions environnementales.
D’après des informations fournies par Dylan Robertson

