OTTAWA — Le ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, ne s'attend pas à des difficultés logistiques pour la collecte des armes à feu prohibées dans le cadre du programme fédéral de rachat, malgré le refus de plusieurs provinces et services de police de collaborer.
M. Anandasangaree a mentionné en entrevue que le recours à des unités mobiles de collecte et à des policiers hors service ou retraités contribuera à assurer la collecte des armes à feu prohibées que leurs propriétaires choisiront de remettre en échange d'une indemnisation.
«Sur le plan opérationnel, nous ne prévoyons aucune difficulté, a-t-il affirmé. Nous sommes très confiants dans la mise en œuvre du programme.»
Le ministère de la Sécurité publique indique que 22 251 armes à feu ont été déclarées au gouvernement au cours de la première semaine du programme de rachat.
Les propriétaires d'armes à feu prohibées ont jusqu'à la fin mars pour manifester leur intérêt pour le programme, qui leur offre une indemnisation financière en échange de la remise ou de la désactivation permanente de leurs armes.
Depuis mai 2020, Ottawa a interdit environ 2500 types d'armes à feu, dont le fusil AR-15, au motif qu'elles n'ont leur place que sur les champs de bataille.
Les armes à feu et dispositifs prohibés doivent être éliminés ou désactivés d’ici la fin de la période d’amnistie, le 30 octobre.
Le gouvernement affirme que toute personne en possession d'une arme à feu prohibée ou d'un dispositif interdit après la période d'amnistie enfreindra la loi et s'exposera à des poursuites pénales.
Les groupes qui militent pour un contrôle plus strict des armes à feu saluent ce programme d'indemnisation. Les défenseurs du droit de posséder des armes à feu et les conservateurs fédéraux ont parlé d'une piètre utilisation de l'argent des contribuables et d'un programme qui cible les propriétaires d'armes à feu respectueux de la loi.
Plusieurs provinces s'opposent au programme
Le Québec soutient le programme d'indemnisation, mais plusieurs autres provinces et territoires, dont l'Alberta, la Saskatchewan, le Manitoba, l'Ontario et Terre-Neuve-et-Labrador, ont rejeté ce projet. La GRC et la Sûreté du Québec (SQ) joueront un rôle clé, mais plusieurs autres services de police ont indiqué qu'ils ne participeraient pas au programme.
M. Anandasangaree a déclaré que «l'une des idées fausses» concernant cette mesure est qu'elle perturberait les activités quotidiennes des services de police. Il a précisé que l'objectif initial était de veiller à ce que le programme n'empêche pas les policiers de s'acquitter de leurs tâches habituelles.
Le ministre a reconnu que le programme se heurtait à des «obstacles juridiques» en Alberta et en Saskatchewan. L'Alberta invoque la loi provinciale sur la souveraineté pour s'opposer au programme fédéral, tandis que la Saskatchewan affirme que des modifications à la loi provinciale sur les armes à feu permettront de garantir une indemnisation équitable aux propriétaires d'armes à feu concernés.
Il a indiqué qu'il gardait espoir qu'une solution puisse être trouvée dans ces provinces.
«Nous restons optimistes quant à la possibilité de trouver un moyen d'indemniser les propriétaires d'armes à feu légitimes qui souhaitent obtenir une compensation pour les armes à feu interdites en leur possession», a-t-il déclaré.
Les responsables fédéraux affirment que près de 250 millions $ ont été réservés pour indemniser les personnes qui participent au programme en remettant leurs armes à feu ou en les faisant désactiver par un armurier certifié.
Le gouvernement prévoit que cette somme couvrira l'indemnisation pour environ 136 000 armes à feu.
La Coalition canadienne pour le droit aux armes à feu affirme que le nombre d'armes à feu admissibles à une indemnisation est beaucoup plus élevé. Par exemple, elle affirme qu'il y a plus de deux millions d'armes à feu au Canada qui étaient auparavant sans restriction et qui sont désormais interdites en raison des récentes mesures.
M. Anandasangaree a indiqué que le gouvernement maintenait son estimation.
«Le lobby des armes à feu a diffusé toute une série d'informations erronées», a-t-il soutenu.
Les partisans du contrôle des armes à feu ont averti que le rachat ne réussirait que si le gouvernement agissait rapidement pour mettre fin à la vente de nouveaux modèles du fusil SKS, qui ne fait pas partie des armes à feu interdites.
Le SKS est couramment utilisé dans les communautés autochtones pour chasser afin de se nourrir. Mais il se trouve aussi impliqué dans des meurtres commis contre des policiers et d'autres fusillades très médiatisées.
Les groupes de contrôle des armes à feu font valoir qu'un propriétaire qui rend une arme interdite en échange d'une indemnisation pourrait ensuite utiliser cet argent pour acheter un SKS, ce qui ferait échouer le programme de rachat.
Un groupe d'experts examine actuellement la classification de cette arme à feu. M. Anandasangaree a déclaré jeudi que le gouvernement attendrait que le groupe d'experts formule une recommandation sur les prochaines étapes.
Jim Bronskill, La Presse Canadienne

