WASHINGTON — La ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand, était à Washington mercredi, alors que l'administration Trump plaidait auprès de ses partenaires internationaux pour la mise en place d'une zone commerciale préférentielle pour les minéraux critiques avec des prix planchers afin de contrer la domination mondiale de la Chine.
Le vice-président américain JD Vance a déclaré devant une salle remplie de ministres des Affaires étrangères et de responsables du département d'État américain que l'objectif était de «diversifier l'approvisionnement mondial sur le marché des minéraux critiques tout en renforçant les pays partenaires qui nous aident tous dans cet effort commun».
«Nous faisons tous partie de la même équipe», a affirmé M. Vance.
Mettre fin à l'emprise de la Chine sur les minéraux rares est devenu une priorité majeure des États-Unis l'année dernière, après que le président américain Donald Trump eut intensifié la guerre commerciale entre les deux plus grandes économies du monde en imposant des droits de douane importants.
Pékin a réagi en imposant des droits de douane de rétorsion et des restrictions à l'exportation de divers minéraux critiques vers les États-Unis, provoquant l'inquiétude tout au long des chaînes d'approvisionnement.
M. Vance a indiqué que les États-Unis établiront des prix de référence pour les matériaux critiques à chaque étape de la production, qui refléteront leur «juste valeur marchande réelle».
«Et pour les membres de la zone préférentielle, ces prix de référence serviront de seuil minimum maintenu par des droits de douane ajustables afin de garantir l'intégrité des prix», a-t-il expliqué.
Les pays qui adhéreront à ce système bénéficieront d'une base pour le financement privé, a poursuivi M. Vance, et s'assureront l'accès «aux approvisionnements en minéraux essentiels dont leur nation aurait besoin en cas d'urgence ou d'autre imprévu».
Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a déclaré aux responsables étrangers qu'ils avaient «tous un rôle à jouer», que ce soit de l'exploitation minière ou du raffinage. Il a ajouté qu'un effort international serait essentiel pour réussir.
Cette initiative intervient toutefois alors que l'administration Trump continue de saper les institutions multilatérales et de perturber ses alliés traditionnels avec des droits de douane et des menaces d'annexion.
L'obsession de M. Trump pour l'acquisition du Groenland a provoqué la colère des pays européens et remis en question l'avenir de l'OTAN.
Le Groenland et le Danemark n'étaient d'ailleurs pas représentés à la réunion de mercredi.
L'administration Trump a déjà signé des accords sur les minéraux critiques avec plusieurs pays, dont l'Australie et le Japon. D'autres accords avec l'Union européenne et le Mexique ont également été annoncés mercredi.
Cette réunion internationale a lieu après l'annonce, lundi, par M. Trump du lancement de son «Projet Vault», une réserve stratégique d'éléments de terres rares.
Si les États-Unis disposent déjà de réserves à des fins de défense, l'administration Trump a expliqué que cette nouvelle réserve aiderait à protéger les constructeurs automobiles, les fabricants d'électronique et d'autres biens contre les perturbations de la chaîne d'approvisionnement.
La réserve sera initialement financée par un prêt de 10 milliards $ de la Banque d'import-export des États-Unis et près de 1,67 milliard $ de capitaux privés.
Les États-Unis privilégient les terres rares
On ne sait pas encore ce que l'administration Trump attendrait du Canada dans le cadre d'un accord sur les minéraux critiques.
Sous l'impulsion du Canada, le G7 a lancé l'an dernier un plan d'action sur les minéraux critiques qui présente des similitudes avec l'annonce de mercredi.
Les responsables canadiens ont fait de la collaboration sur les terres rares un sujet de discussion avec leurs homologues à Washington, alors qu'ils préparent le terrain pour un examen obligatoire de l'accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique plus tard cette année.
Le Canada et le département américain de la Défense ont déjà conclu un accord de co-investissement visant à accélérer le développement minier canadien et à renforcer les chaînes d'approvisionnement en minéraux critiques.
Sur la question des minéraux critiques, le Canada travaille avec le G7, mais aussi bilatéralement avec de nombreux pays, dont les États-Unis, a souligné Rachel Ziemba, fondatrice de Ziemba Insights et chercheuse associée principale au Center for a New American Security.
Dans un courriel, Mme Ziemba a indiqué que, malgré les nombreuses questions en suspens concernant les plans de l'administration Trump, il semble que les États-Unis privilégient les terres rares plutôt que d'autres minéraux critiques, ce qui pourrait faciliter la conclusion d'un accord avec le Canada.
Les minéraux critiques constituent une vaste catégorie, tandis que les terres rares regroupent 17 éléments utilisés dans des secteurs clés, comme l'électronique.
Le Canada possède certaines des plus importantes réserves connues de terres rares au monde, mais la Chine est de loin la plus grande productrice et raffineuse.
«Le Canada ne transforme actuellement aucune terre rare, mais cette politique viserait à établir des normes communes de soutien et, à terme, à imposer des droits de douane pour bloquer l'accès aux ressources des pays qui ne s'y conforment pas», a déclaré Mme Ziemba.
«Toutefois, le problème majeur actuel est que la Chine est véritablement l'acteur dominant et que l'imposition de droits de douane ne suffira pas à le résoudre, car la Chine peut facilement imposer ses propres contrôles à l'exportation», a-t-elle ajouté.
— Avec des informations de l'Associated Press
Kelly Geraldine Malone, La Presse Canadienne

