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Anand affirme que l'approche diplomatique du Canada est compatible avec ses valeurs

Elle a ajouté que le Canada «ne devrait pas utiliser les réseaux sociaux comme principal outil de diplomatie».

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La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, au Sommer sur l'espace civique d'Ottawa, le 23 avril 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Spencer Colby La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, au Sommer sur l'espace civique d'Ottawa, le 23 avril 2026. (Spencer Colby/La Presse Canadienne)

La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, réfute les allégations selon lesquelles son gouvernement privilégierait le commerce au détriment de l’aide humanitaire et des droits de la personne.

Le gouvernement fédéral, dirigé par le premier ministre Mark Carney, a réduit l’aide étrangère, signé des accords économiques avec des régimes autocratiques et évité de critiquer ouvertement les actions américaines à l’encontre d’institutions multilatérales.

Mme Anand a soutenu jeudi lors du Sommet sur l’espace civique d’Ottawa que les valeurs du Canada sont «profondément intégrées» à ses intérêts économiques et militaires.

«Je tiens à contester gentiment l’idée selon laquelle l’espace civique serait en quelque sorte distinct de nos objectifs en matière de croissance économique, de défense et de sécurité», a déclaré M. Anand.

«Pour qu’un pays soit fort, pour que les institutions prospèrent, les citoyens eux-mêmes doivent se sentir en sécurité et protégés, et ils doivent disposer des moyens économiques nécessaires pour survivre.»

Mme Anand a expliqué que la volonté du Canada de rétablir le trafic maritime au détroit d’Ormuz, dans le contexte de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, vise à la fois à alléger les coûts supportés par les Canadiens et à garantir que les pays les plus pauvres puissent accéder aux engrais dont ils ont besoin pour nourrir leurs populations.

«Les chaînes d’approvisionnement mondiales pour les mécanismes de survie essentiels sont, elles aussi, complètement coupées, a-t-elle soulevé. Ce n’est pas seulement le fait que les engrais ne puissent pas circuler. C’est que la chaîne d’approvisionnement alimentaire, la chaîne d’approvisionnement nutritionnelle, est menacée.»

La conférence se concentre sur le travail des défenseurs des droits humains à l’échelle mondiale et sur la manière dont les organisations canadiennes peuvent les soutenir, ainsi que les peuples autochtones au Canada, face à la montée de l’autocratie dans le monde.

Elle est parrainée par Sociétés résilientes et Coopération Canada, qui représente des dizaines d’organisations à but non lucratif canadiennes actives dans l’aide internationale.

Cette conférence a lieu alors que des militants des droits de la personne et d’anciens ministres libéraux, tels que Lloyd Axworthy, fustigent le gouvernement Carney pour avoir signé des accords économiques avec Pékin et les pays du Golfe en plus d’éviter de critiquer directement leurs bilans en matière de droits la personne.

Ils ont fait remarquer que des pays alliés, tels que la France, se sont montrés plus virulents à l’égard des mesures prises par Washington qui vont à l’encontre du multilatéralisme et du droit international — comme le fait de sanctionner des juges de la Cour pénale internationale, d’établir un blocus pétrolier à Cuba et d’enlever le président vénézuélien.

La conférence a également entendu jeudi un responsable d’Affaires mondiales Canada chargé de superviser la nouvelle division de croissance économique du ministère.

Sacha Levasseur a expliqué que cette réorientation était le résultat des changements opérés par l’ancienne Agence canadienne de développement international avant sa fusion avec Affaires mondiales Canada.

Après la crise économique de 2008, l’organisation a modifié ses priorités, passant de la durabilité environnementale à la promotion d’un accroissement des investissements privés et de l’emploi dans les pays en développement.

Puis, le gouvernement Trudeau a de nouveau réorienté ses priorités, cette fois vers une croissance économique inclusive et une politique étrangère féministe.

«On nous a demandé tout récemment de repenser notre approche de la croissance économique dans le cadre de notre aide internationale», a indiqué M. Levasseur.

«Étant donné la façon dont les choses se présentent, nous sommes en quelque sorte revenus à 2010, où nous abordions cela davantage sous l’angle du secteur privé, et dans la manière dont nous parlons (…) un jargon financier et une réduction des risques.»

La réduction des risques fait référence au soutien apporté par Affaires mondiales Canada à des projets dans lesquels les entreprises et les philanthropes sont plus enclins à investir, ce qui réduit le besoin de dépenses fédérales.

Des opposants à cette approche ont fait valoir que le secteur privé peut contribuer à des projets qui améliorent le niveau de vie dans les pays en développement, mais qu’il ne peut pas fournir des services essentiels, comme l’eau et l’éducation aux plus pauvres du monde.

Paulina Ibarra est à la tête de la Fondation Multitudes au Chili, qui milite pour la transparence et la responsabilité. Elle a fait valoir que le financement canadien de la société civile stimule la croissance économique en réduisant la corruption et en mettant fin aux politiques qui empêchent les femmes et les minorités de réussir sur le plan économique.

«La politique d’aide internationale féministe du Canada et le programme de résilience démocratique et de droits de la personne ne sont pas, à notre avis, de simples programmes d’aide. Ils constituent, je dirais, le plus grand atout du Canada en matière de sécurité économique», a-t-elle déclaré lors de la conférence.

«Ils nous permettent de développer une capacité technique pour riposter. En protégeant les femmes, les défenseurs de l’environnement et des droits de la personne qui jouent un rôle de surveillance, le Canada protège l’intégrité de tout un secteur.»

Plus tôt dans son intervention, Mme Anand avait affirmé que la diplomatie canadienne ne se menait pas via les réseaux sociaux.

«Pour être des diplomates efficaces, nous ne devrions pas utiliser les réseaux sociaux comme principal outil de diplomatie. La diplomatie est nuancée. La diplomatie est complexe, a-t-elle fait valoir. Nous devons adopter une approche stratégique pour faire passer les messages nécessaires.»

Mme Anand n’a pas fait référence à un tweet publié en 2018 par Affaires mondiales Canada appelant à la libération de militantes des droits des femmes, qui avait déclenché une dispute diplomatique de plusieurs années avec l’Arabie saoudite.

Dylan Robertson

Dylan Robertson

Journaliste