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Cuba: le Canada prépare un programme d’aide alors que les États-Unis serrent la vis

«Nous passons parfois 21 heures sans électricité.»

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Un pétrolier quitte La Havane, à Cuba, le samedi 14 février 2026. (AP Photo/Ramon Espinosa) Un pétrolier quitte La Havane, à Cuba, le samedi 14 février 2026. (AP Photo/Ramon Espinosa)

Cuba est à bout de souffle, certains prédisant que l’île pourrait être à court de pétrole dans moins de 30 jours, le blocus pétrolier américain aggravant une situation humanitaire déjà désastreuse.

«Nous passons parfois 21 heures sans électricité», a expliqué Bisma Khan, une Canadienne qui se trouve actuellement à Nuevitas, à Cuba. Mme Khan est la fondatrice de l’organisation à but non lucratif CompassionAid Canada, qui fournit des équipements médicaux à l’île.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

«Il y a clairement des défis à relever en matière de transport et de système médical », a-t-elle confié. «Les hôpitaux, les cliniques, les maisons de retraite ont besoin de beaucoup de fournitures.»

Les Nations unies ont averti que sans énergie, une crise humanitaire pourrait bientôt se produire.

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Lundi, la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a affirmé que le Canada prévoyait d’envoyer de l’aide à Cuba, mais on ne sait pas encore exactement ce que cela comprendra.

«Nous préparons un plan d’aide. Nous ne sommes pas prêts à donner plus de détails pour l’instant», a-t-elle dit.

Mardi, l’ambassadeur de Cuba au Canada a témoigné devant la commission des affaires étrangères de la Chambre des communes au sujet de la situation à Cuba et des besoins les plus urgents.

«Sans énergie, tous les aspects de la vie dans notre pays sont affectés», a indiqué l’ambassadeur Rodrigo Malmierca Diaz. «La distribution alimentaire, la santé publique, les transports et l’éducation dépendent du carburant.»

«L’objectif de ce blocus pétrolier est clair: créer une crise humanitaire et tenter d’imposer un changement de régime», a-t-il ajouté.

M. Diaz a été interrogé par les membres du comité sur le bilan de son gouvernement en matière de droits de l’homme, restant provocateur face aux efforts des États-Unis pour renverser le gouvernement.

«Ce n’est pas nouveau. C’est quelque chose qu’ils essaient de faire depuis de nombreuses années maintenant», a-t-il répondu, ajoutant qu’il pensait que les États-Unis cherchaient à rendre la population cubaine si désespérée qu’elle tenterait de renverser le gouvernement.

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Cuba est soumise à un embargo mené par les États-Unis depuis près de 70 ans, mais la situation s’est aggravée depuis janvier, lorsque les États-Unis ont attaqué le Venezuela et arrêté son président. Depuis lors, toutes les livraisons de pétrole en provenance du Venezuela, principal fournisseur de Cuba, ont été interrompues. Le Mexique a également suspendu ses livraisons après que le président américain Donald Trump a menacé d’imposer des droits de douane à tout pays qui enverrait du pétrole à Cuba.

«Cuba est... au bord de l’effondrement depuis de nombreuses années», a indiqué Mark Manger, professeur d’économie politique et d’affaires internationales à l’Université de Toronto. «La situation horrible est entièrement imputable au régime cubain, mais cela ne signifie pas pour autant que les sanctions soient une politique efficace pour le renverser. Les sanctions ne touchent pas les personnes qu’elles sont censées toucher. Elles touchent les gens ordinaires.»

En envoyant de l’aide à Cuba, le Canada doit trouver un équilibre entre s’assurer que cette aide n’est pas détournée par le gouvernement et qu’elle parvient aux Cubains qui en ont besoin, tout en ne exacerbant pas davantage les tensions avec les États-Unis.

«Le gouvernement canadien actuel est arrivé au pouvoir en se distanciant d’une administration, celle des États-Unis, qui est très coercitive», a soutenu David Carment, professeur d’affaires internationales à l’université Carleton. «Il s’agit là d’un test clair pour le gouvernement canadien, qui doit montrer jusqu’où il est prêt à aller.»

S’exprimant en coulisses, un responsable de la Maison-Blanche n’a pas voulu dire si le Canada ferait l’objet de représailles pour avoir envoyé de l’aide humanitaire, mais a confirmé que l’embargo cubain restait en vigueur dans le but de « tenir le régime cubain responsable ». Au début du mois, le Mexique a envoyé deux navires à Cuba pour livrer des fournitures, notamment du lait en poudre et des haricots.