La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, soutient que les Canadiens sont «intrigués» par la façon dont s’articulera le partenariat resserré entre Ottawa et l’Europe qui donnerait au Canada le statut de membre associé au sein de l’Union européenne.
«Je pense que les gens sont très intéressés, un peu intrigués, à savoir comment on va être capable de développer encore plus le partenariat avec l’Europe», a-t-elle dit vendredi alors qu’elle se rendait à la réunion du caucus libéral, sur la colline parlementaire.
Mme Joly était questionnée sur ce qu’elle avait entendu de la part d’électeurs et d’entrepreneurs au sujet de ce projet de devenir membre associé et des questions qui restent en suspens.
«Il y a encore beaucoup de travail à faire, mais il y a des éléments qui sont clairs», a-t-elle nuancé.
La ministre a rappelé que les pays européens ont «une dépendance à la Russie», notamment en matière d’approvisionnement énergétique, ce qui lui fait dire qu’ils «ont besoin de notre énergie», mais aussi «de nos minéraux critiques».
«On veut se rapprocher d’eux également pour tout ce qui est en lien avec la recherche, la science et certainement la souveraineté numérique, a-t-elle ajouté. Donc pour nous, ça, c’est extrêmement important également parce qu’on doit être capable de travailler ensemble contre les géants du web.»
Au cours de son récent séjour en Europe - durant lequel il s’est adressé au Parlement européen - le premier ministre Mark Carney a salué l’ambition de devenir le premier membre associé de l’Union européenne, même si les implications exactes d’un tel statut restent à définir.
Le premier ministre a fait référence à un discours prononcé par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans lequel elle avait proposé de faire évoluer la relation entre les deux entités au-delà d’un simple partenariat commercial pour faire du Canada le premier «membre associé» de l’Union européenne.
En prononçant un discours devant son caucus, vendredi, M. Carney n’a pas offert plus de détails sur la teneur du partenariat qui est élaboré avec les Européens, bien qu’il en ait fait mention.
«Hier, à Strasbourg, nous avons lancé un processus pour une nouvelle alliance avec l’Union européenne, une alliance pour le futur qui est ancrée dans des valeurs communes - la liberté, la solidarité, la prospérité, la durabilité - et qui est dédiée à renforcer notre souveraineté afin que nos citoyens puissent s’épanouir en tant que personnes libres sur un territoire libre.»
Des élus ont souligné, avant la rencontre de vendredi, que les discussions au sein du caucus libéral leur permettront d’en apprendre plus sur ce qui se trame.
Or, le député Rob Oliphant, qui est secrétaire parlementaire de la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a plutôt soutenu que les élus n’ont pas été informés par le premier ministre des détails de la «nouvelle alliance» dont parle M. Carney.
«Je ne sais pas ce que ça va vouloir dire», a-t-il dit aux journalistes.
Selon sa compréhension, l’idée est de donner suite à la volonté exprimée par le premier ministre à Davos que les États de puissance moyenne («middle powers») se rassemblent. «C’est, dans les faits, des États moyens en puissance réunis ensemble», a dit M. Oliphant en faisant référence à l’Union européenne.
Selon lui, le nouveau partenariat se définira «étape par étape», main dans la main avec l’Europe.
«C’est comme une relation amoureuse. On ne parle pas de mariage, mais de relation amoureuse. Et donc nous verrons ce que ce sera», a-t-il imagé.
Le rapprochement du Canada avec l’Europe n’est pas entièrement nouveau dans la mesure où il existe déjà une entente de libre-échange depuis des années et un accord de coopération avec l’Union européenne a été conclu en février en matière de défense.
Le ministre de la Défense, David McGuinty, ne semblait pas savoir ce que l’annonce faite par M. Carney à Strasbourg changerait en ce qui concerne son ministère. Ses propos suggèrent que le travail déjà amorcé se poursuit, membre associé ou non.
«Je pense que les relations vont continuer à s’approfondir, peut-être, c’est à voir», a-t-il soutenu.
Le ministre a mentionné que les canaux de communication sont déjà bien ouverts avec de nombreux pays membres de l’Union européenne, sur une base individuelle plutôt qu’uniquement collective.
«On travaille avec les Allemands, les Français, les Italiens. On achète de l’équipement de l’Europe, on vend de l’équipement à l’Europe», a-t-il dit.
Tous les élus libéraux questionnés par les journalistes vendredi au sujet du partenariat annoncé avec l’Union européenne ont assuré avoir senti une réception positive, dans leur circonscription, face au projet de «membre associé» ou de «nouvelle alliance».

