Le député néo-démocrate Alexandre Boulerice confirme qu’il songe sérieusement à se lancer avec Québec solidaire (QS) pour les élections de 2026. Le parti de gauche vient de voter une exception à ses règles pour qu’un homme puisse se présenter dans la circonscription de Gouin.
«C’est une possibilité qui est sérieuse. Donc, toutes les options sont encore ouvertes. Je pense que ça mérite réflexion. J’ai un mandat des gens de Rosemont—La Petite-Patrie. Ça fait 15 ans que je suis député fédéral», a-t-il affirmé en mêlée de presse à son arrivée à la Chambre des communes, lundi.
Questionné à savoir s’il était en faveur de l’indépendance du Québec, il a refusé de répondre directement, se limitant à dire qu’il avait voté Oui en 1995.
«Je pense que c’est aux Québécois puis aux Québécoises de choisir», a-t-il dit.
Dans un article de «La Presse» de 2011, Alexandre Boulerice dit ne pas être indépendantiste, mais qu’il a voté pour la souveraineté du Québec lors du deuxième référendum.
Lundi, le député de Rosemont—La Petite-Patrie a toutefois affirmé que sa priorité était la course à la direction de son parti. Le nouveau chef néo-démocrate sera élu le mois prochain.
En juin 2025, les solidaires ont décidé que des candidatures de femmes ou de personnes non binaires seraient imposées lors du prochain scrutin dans des comtés actuellement détenus par QS.
Samedi, le parti a voté à 74 % pour faire une exception pour la circonscription de Gouin, actuellement détenue par l’ancien porte-parole solidaire Gabriel Nadeau-Dubois.
La semaine dernière, la cheffe parlementaire de QS, Ruba Ghazal, n’a pas voulu confirmer que cette exception était spécifiquement pour Alexandre Boulerice. Elle a aussi assuré que ce serait la seule exception.
Coup dur pour le NPD, opportunité pour les libéraux
Le départ d’Alexandre Boulerice serait de mauvais augure pour le Nouveau Parti démocratique (NPD), a jugé le politologue spécialiste en politique canadienne et québécoise André Lamoureux.
Le parti est «en train de s’effondrer» dans les intentions de vote, sans compter que les candidats de sa course à la direction sont presque des «inconnus», a-t-il déclaré en entrevue avec La Presse Canadienne.
Le député néo-démocrate Gord Johns, qui était questionné quelques instants après la déclaration de M. Boulerice, jugeait lui aussi que si son collègue quittait le navire, ce serait «tout un coup dur» pour la formation politique.
«Alexandre a été un formidable député, pas seulement pour le NPD, mais aussi pour le Canada et le Québec. Le perdre serait un coup dur immense», a-t-il dit.
Selon le politologue Lamoureux, qui enseigne à l’UQAM, il est presque impossible que le NPD conserve le siège de Rosemont—La Petite-Patrie, dont il attribue d’abord la couleur à la popularité personnelle de M. Boulerice.
Ce qui se dessine est plutôt une bataille entre le Bloc québécois, qui a longuement détenu la circonscription, et le Parti libéral, qui jouit d’une grande popularité dans les sondages nationaux.
Et à Ottawa, il ne manque que trois députés aux troupes de Mark Carney pour former un gouvernement majoritaire. Trois sièges sont justement vacants.
Deux étaient jusqu’à récemment occupés par les anciens ministres Bill Blair et Chrystia Freeland, qui ont été élus dans des circonscriptions fortement libérales.
Et puis il y a le siège de Terrebonne où la Cour suprême a ordonné de nouvelles élections, vu que le résultat des dernières est un match nul entre la candidate libérale Tatiana Auguste et la bloquiste Nathalie Sinclair-Desgagné.
Ainsi, les libéraux pourraient se rabattre sur la circonscription de Rosemont—La Petite-Patrie pour tenter d’obtenir une majorité s’ils échouent dans Terrebonne, ou consolider une majorité dans le cas contraire.
Quant au refus de M. Boulerice de dire s’il est en faveur de l’indépendance du Québec, M. Lamoureux n’était pas tendre. «Si on parle d’honnêteté politique, il devrait se prononcer, a-t-il dit. Sinon, ce que ça sent, c’est l’opportunisme à plein nez.»

