Politique

Aide médicale à mourir et fentanyl: les commentaires d’un député libéral critiqués

«Cela m’a bouleversée, et je ne suis pas la seule.»

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Medical Assistance in Dying committee joint-chair Marcus Powlowski speaks with reporters in the Foyer of the House of Commons on Parliament Hill in Ottawa, Wednesday, June 17, 2026. THE CANADIAN PRESS/Adrian Wyld Marcus Powlowski, coprésident du comité mixte spécial sur l'aide médicale à mourir, s'adresse aux journalistes dans le foyer de la Chambre des communes, sur la Colline du Parlement à Ottawa, ce mercredi 17 juin 2026. La Presse Canadienne (Adrian Wyld)

Les propos tenus par un député fédéral, qui est également médecin, suggérant que des drogues illicites telles que le fentanyl constituent une option «indolore» et «facilement accessible» pour mettre fin à ses jours font désormais l’objet d’une plainte déposée auprès de l’Ordre des médecins et chirurgiens de l’Ontario (OMCO).

La plaignante, Claire Brosseau, une femme de 49 ans qui tente d’obtenir l’accès à l’aide médicale à mourir en raison de troubles mentaux persistants dont elle souffre depuis l’enfance, a indiqué avoir été bouleversée par les propos «irresponsables, irréfléchis et dangereux» du Dr Marcus Powlowski.

Elle conteste son avis complémentaire, joint à un rapport spécial d’une commission mixte publié en juin sur l’aide médicale à mourir et les troubles mentaux en tant que seule affection médicale sous-jacente. Dans cet avis, il a écrit:

«La possibilité de mettre fin à sa vie reste, indépendamment de l’aide médicale à mourir, facilement accessible au Canada. De plus, il existe des options indolores facilement accessibles. Citons par exemple les stupéfiants illicites comme le fentanyl. À ma grande consternation, il est sans doute plus facile pour mes fils adolescents de se procurer du fentanyl dans ma ville natale de Thunder Bay que pour moi (en tant que médecin) de renouveler mon ordonnance de Lipitor (un médicament contre le cholestérol).»

Cette citation figure dans l’argumentation écrite de M. Powlowski contre l’élargissement de l’accès à l’aide médicale à mourir (AMM) pour les troubles mentaux tant que des préoccupations fondamentales n’auront pas été prises en compte. Il expose ses raisons, affirmant qu’il est impossible de déterminer si la maladie mentale d’une personne est irrémédiable, comme l’exige la loi. Il soulève également la question de l’accès aux services de santé mentale et aux aides sociales, et indique que les témoignages de praticiens suggèrent qu’il n’existe aucun consensus sur la manière de distinguer la tendance suicidaire d’une prise de décision rationnelle.

Dans une section intitulée «Pourquoi essayons-nous de prévenir le suicide?», M. Powlowski analyse le rôle des autorités dans l’intervention face aux tentatives de suicide afin de prévenir tout préjudice, par opposition à l’autonomie personnelle. C’est là que figurent les phrases que Mme Brosseau conteste.

Du point de vue de Mme Brosseau, «il nous a donné des informations sur la manière de nous suicider», a-t-elle dit lors d’une entrevue depuis son lit à Toronto, où elle dit passer la plupart de ses journées, les cheveux attachés dans un bandana.

Sa plainte écrite a été examinée par La Presse Canadienne, ainsi que ses courriels échangés avec un enquêteur de l’ordre professionnel, qui a indiqué dans cette correspondance que M. Powlowski avait jusqu’au 22 octobre pour déposer une réponse avant que celle-ci ne soit transmise à une commission pour examen.

Toutefois, le chef de cabinet de M. Powlowski a indiqué que le député libéral de Thunder Bay-Rainy River, qui était médecin urgentiste avant d’être élu en 2019, n’avait pas reçu notification de la plainte et ne souhaitait pas répondre aux questions à ce sujet.

«Il avait préparé un texte, mais il a finalement décidé de ne pas s’exprimer à ce sujet», a soutenu William Fassett lors d’un entretien téléphonique.

L’OMCO a indiqué ne pas être en mesure de confirmer si une enquête était en cours, car la procédure de plainte est confidentielle.

Mercredi, le gouvernement fédéral a annoncé qu’il présenterait cet automne un projet de loi visant à interdire aux personnes souffrant uniquement d’une maladie mentale d’avoir accès à l’aide médicale à mourir.

La plainte

Mme Brosseau reconnaît dans sa plainte qu’un député bénéficie de la liberté d’expression. Et bien qu’elle ait été personnellement peinée par les conclusions de la commission parlementaire — dont M. Powlowski était le coprésident et qui a recommandé au gouvernement fédéral de «suspendre indéfiniment» l’extension de l’aide médicale à mourir aux personnes souffrant de troubles mentaux —, elle précise que sa plainte est distincte de tout cela.

«Dans un document public traitant directement du suicide, de la maladie mentale et de la pratique médicale, il a déclaré que mettre fin à ses jours était une solution “facilement accessible”, a qualifié le fentanyl illicite d’option “indolore” et a ajouté que le fentanyl était sans doute plus facile à se procurer pour ses fils adolescents que de renouveler une ordonnance pour lui-même», a écrit Mme Brosseau.

«Ces déclarations identifient et banalisent un moyen létal, présentent un compte rendu médicalement trompeur de l’intoxication aux opiacés et créent un risque prévisible de préjudice pour les lecteurs vulnérables.»

Mme Brosseau fait valoir que le Dr Powlowski présente le suicide sous un jour attrayant, ce qui est contraire aux normes de l’ordre, lesquelles définissent un comportement non professionnel comme « les paroles, les actes ou les omissions d’un médecin qui nuisent (ou sont susceptibles de nuire) à la prestation de soins de qualité, à la confiance du public dans la profession, à la sécurité ou à la sécurité perçue d’autrui ».

«Il est donc raisonnable que l’Ordre examine si cette déclaration était trompeuse et si le Dr Powlowski a dûment pris en compte son impact prévisible», écrit Mme Brosseau dans sa plainte.

«Cela m’a bouleversée, et je ne suis pas la seule.»

—  Claire Brosseau, plaignante

Avery Teplitsky, qui affirme avoir passé la majeure partie de sa vie au sein du système de santé mentale, s’est dit lui aussi indigné par le mépris affiché par une personne qui est à la fois médecin et élu. «Cela passe complètement à côté de l’essentiel», a dit M. Teplitsky, âgé de 53 ans, à propos des propos de M. Powlowski.

Dans un article de blog publié sur le site «Dying with Dignity», Justin Dickie a également évoqué ces commentaires sur le fentanyl de son point de vue de personne souffrant de dépression. «Cela vous semble-t-il être le discours d’une personne impartiale ?», a-t-il écrit en août.

Moins d’une semaine avant que Mme Brosseau ne dépose sa plainte, un juge de Toronto a rejeté sa requête visant à obtenir une dérogation constitutionnelle à une loi qui empêche actuellement les personnes de demander l’aide médicale à mourir sur la seule base d’une maladie mentale.

Elle est également plaignante dans un recours constitutionnel, dans lequel elle fait valoir que le fait d’empêcher les Canadiens dont la seule affection sous-jacente est une maladie mentale d’accéder à l’aide médicale à mourir constitue une violation de la Charte canadienne des droits et libertés.

«Je m’accroche à la vie du bout des ongles», a-t-elle soutenu.

Mme Brosseau a exprimé qu’elle se moquait que le moment choisi pour déposer sa plainte puisse paraître stratégique au regard de sa bataille judiciaire – elle souhaite simplement que M. Powlowski reconnaisse le danger que représentent ses propos.

L’ordre professionnel précise que les plaintes peuvent donner lieu à l’émission de conseils à l’intention d’un médecin sur la manière d’améliorer sa pratique ou sa conduite ; à l’obligation de suivre une formation corrective en autodidacte ; à l’obligation pour le médecin de suivre des cours spécifiques ; à l’émission d’un avertissement verbal ; ou, le cas échéant, au renvoi de l’affaire devant le Tribunal disciplinaire des médecins et chirurgiens de l’Ontario.

Mme Brosseau a souligné qu’elle souhaitait que M. Powlowski fasse une déclaration publique dans laquelle il revienne sur ses propos et informe le public des conséquences d’une surdose de fentanyl, notamment à quel point cela est terrible.

«Mais ce que je souhaite et ce qui va se passer sont deux choses très différentes.»

Précision

Note de la rédaction: Si vous pensez au suicide ou vous inquiétez pour un proche, des intervenants sont disponibles en tout temps au 1 866 APPELLE (1 866 277-3553), par texto (535353) ou par clavardage à suicide.ca.

Hannah Alberga

Hannah Alberga

Journaliste