Économie

Accord Canada-Chine: Trump menace Ottawa d’imposer des droits de douane de 100 %

Il a même fait référence au «gouverneur Carney», un rappel de son souhait de faire du Canada le 51e État américain.

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Le président Donald Trump débarque de l'avion présidentiel Air Force One à la base d’Andrews, au Maryland, le jeudi 22 janvier 2026, à son retour du Forum économique mondial de Davos, en Suisse. Photo AP/Luis M. Alvarez Le président Donald Trump débarque de l'avion présidentiel Air Force One à la base d’Andrews, au Maryland, le jeudi 22 janvier 2026, à son retour du Forum économique mondial de Davos, en Suisse. Photo AP (Luis M. Alvarez)

Le président américain Donald Trump a relancé samedi l’une de ses insultes les plus virulentes à l’égard du Canada, qualifiant le premier ministre Mark Carney de «gouverneur» et menaçant d’imposer au pays des droits de douane de 100 % en raison de ses liens croissants avec la Chine.

Cette remarque reprend une raillerie familière que Trump avait déjà utilisée contre l’ancien premier ministre Justin Trudeau et intervient alors que les relations entre Ottawa et Washington continuent de se détériorer.

Lors du récent voyage de M. Carney à Pékin la semaine dernière, les deux pays ont annoncé un accord commercial prévoyant la réduction des droits de douane et des quotas sur les véhicules électriques chinois au Canada en échange de la suppression des droits de douane chinois sur les produits agricoles canadiens.

Samedi, dans un message publié sur Truth Social, M. Trump a accusé M. Carney de tenter de transformer le Canada en un «port de débarquement» pour les exportations chinoises vers les États-Unis. Actuellement, les États-Unis appliquent un droit de douane de 35 % sur toutes les importations canadiennes qui ne respectent pas les exigences de l’ACEUM en matière de «règles d’origine» et un droit de douane de 50 % sur les importations d’acier et d’aluminium, entre autres.

«Si le gouverneur Carney pense qu’il va faire du Canada un « port de débarquement » pour que la Chine envoie des marchandises et des produits aux États-Unis, il se trompe lourdement», a écrit Trump.

«La Chine va dévorer le Canada, le détruire complètement, y compris ses entreprises, son tissu social et son mode de vie en général. Si le Canada conclut un accord avec la Chine, il sera immédiatement frappé d’un droit de douane de 100 % sur tous les biens et produits canadiens entrant aux États-Unis. Merci de votre attention à ce sujet!»

—  Donald Trump dans une publication sur Truth social mise en ligne samedi

Ce langage fait écho à l’habitude qu’avait Trump de qualifier Trudeau de « gouverneur », une pique largement utilisée parallèlement à ses déclarations visant à faire du Canada le 51e État américain.

Jusqu’à présent, Trump avait évité d’utiliser le même qualificatif pour Carney.

Daniel Béland, professeur de sciences politiques à l’Université McGill, a indiqué qu’on avait l’impression que Trump manifestait plus de respect pour M. Carney que pour M. Trudeau. «Maintenant, après la visite de M. Carney en Chine et, plus encore, son discours très remarqué à Davos, qui a clairement éclipsé et contrarié M. Trump, la situation est explosive.»

Matthew Holmes, vice-président exécutif à la Chambre de commerce du Canada, a défendu de son côté la nécessité de «développer une relation structurée avec la Chine ou tout autre pays» sans pour autant renoncer à échanger avec les Etats-Unis.

Soulignant l’inquiétude des entreprises canadiennes, il a espéré qu’Ottawa et Washington «arrivent rapidement à une meilleure compréhension» mutuelle.

Une relation qui s’est détériorée après Davos

Cette dernière menace intervient quelques jours seulement après que l’administration Trump ait retiré l’invitation du Canada au Conseil de paix, une initiative menée par les États-Unis visant à superviser la reconstruction de Gaza après des années de conflit dans la région.

Auparavant, le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, avait accusé Carney de faire du «bruit politique» au Forum économique mondial de Davos, après que le premier ministre eut averti que l’ancien ordre mondial était mort et exhorté les puissances moyennes à s’unir, alors que les grandes puissances recourent de plus en plus à la coercition économique pour exercer des pressions.

Les dirigeants européens ont continué à citer ce discours tout au long du forum de Davos, répétant l’avertissement de Carney concernant une rupture fondamentale dans les relations commerciales et de défense de longue date.

Ottawa tente de calmer le jeu

Réagissant à la menace du président américain, le ministre responsable du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc, a maintenu sur les réseaux sociaux qu’Ottawa ne visait pas à conclure un accord de libre-échange avec Pékin, et avoir simplement trouvé «une résolution» à des enjeux tarifaires. 

Tant M. LeBlanc que le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, ont refusé de répondre aux questions à leur arrivée, quelques minutes plus tard, à la réunion du caucus libéral où ils préparent la rentrée parlementaire de lundi. Le premier ministre était quant à lui absent de la rencontre.

D’autres élus libéraux qui passaient par le même couloir ont été plus loquaces. La députée québécoise Nathalie Provost a éclaté de rire lorsque questionnée à savoir si elle craignait que M. Trump passe de la parole aux actes. «On ne sait jamais avec lui», a-t-elle lancé en s’engouffrant dans la salle.

Le ministre du Patrimoine canadien Marc Miller a pour sa part déclaré que les relations commerciales entre le Canada et les États-Unis étaient «généralement bonnes», mais que le gouvernement «prenait tout au sérieux». Il a aussi imploré les journalistes de ne pas lui demander d’expliquer «ce qui se passe dans la tête du président».

Nouveaux liens avec la Chine

Ce différend survient alors que le Canada s’efforce d’approfondir ses liens économiques avec Pékin.

La semaine dernière, le Canada et la Chine ont annoncé une série d’accords visant à stimuler le commerce et les investissements bilatéraux.

Le Canada a également négocié un accord visant à réduire les droits de douane sur les véhicules électriques chinois en échange d’une réduction des taxes à l’importation sur les produits agricoles canadiens.

- Avec des informations de La Presse canadienne et de l’Agence France-Presse