La communauté d’Ekuanitshit est en colère après qu’une femme innue a été blessée lundi soir dans une opération menée par des agents de la faune et la Sûreté du Québec.
Sans donner plus de détails, la Sûreté du Québec (SQ) a confirmé mercredi à Noovo Info avoir porté assistance aux agents de la faune lundi soir alors que ces derniers exécutaient un mandat de perquisition sur le territoire de la communauté d’Ekuanitshit sur la Côte-Nord.
Selon les informations qui circulent, les représentants du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs étaient présents pour vérifier si une carcasse de caribou forestier, dont la chasse sportive est interdite au Québec, se trouvait dans le chalet visé par le mandat de perquisition.
L’intervention a été filmée et publiée sur les réseaux sociaux par des témoins. Les images montrent que le tout se déroule sous une certaine tension. Les réactions sont nombreuses.
Des photos d’une femme blessée circulent aussi abondamment sur les réseaux sociaux. Dans une publication sur Facebook, MarieRose Pietacho-Selma affirme que la victime est sa mère.
Noovo Info n’a pas réussi à obtenir des détails sur les circonstances et la façon dont la dame a été blessée.
«Ma mère ne méritait aucunement les blessures qu’on lui a faites au visage. Rien ne peut justifier qu’on atteigne ainsi une femme, encore moins une femme qui a consacré sa vie à transmettre, à aimer et à protéger», a-t-elle notamment écrit mardi pour dénoncer la situation tout en publiant des images de sa mère blessée.

Des gestes «condamnés»
Dans un communiqué publié mardi, les Gardiens du Territoire et les Chefs héréditaires «condamnent fermement» les gestes posés lors de l’intervention des agents de la faune, intervention qualifiée de «violente».
«Le recours à la force dans un contexte où des familles exercent leurs droits ancestraux des «Nehirowisiwok» (Premières Nations) est inacceptable et constitue une atteinte grave aux droits fondamentaux et à l’intégrité culturelle des Premières Nations.»
— Extrait d'un communiqué des Gardiens du Territoire et des Chefs héréditaires
Les Gardiens du Territoire et les Chefs héréditaires réclament des excuses qui, selon eux, devront être faites auprès des communautés pour les tords commis envers les familles Nehirowisiwok.
«Nous exprimons notre pleine solidarité envers les communautés touchées. Le respect des droits ancestraux des «Nehirowisiwok» (Premières Nations) est fondamental et toutes interventions étrangères aux fondements culturels et territoriaux doivent être encadrer en respect des méthodes coutumières Nehirowisiw», ont-ils conclu.
La police de Pakua Shipi - une communauté située à proximité de celle d’Ekuanitshit - a aussi publié un communiqué mardi indiquant que la décision avait été prise d’interdire l’intervention d’agents de la faune sur son territoire.
«Les autorités concernées ont été contactées afin de s’assurer qu’aucun déplacement n’ait lieu sur le territoire», a-t-on précisé en ajoutant que cette décision visait à «prévenir toute escalade et à assurer la sécurité de tous».
«Les événements survenus récemment à proximité d’une autre communauté démontrent que l’absence de dialogue structuré peut créer des tensions inutiles et compromettre la sécurité tant des agents que des membres de la population», a-t-on ajouté.
«Préoccupé par la situation»
Le ministre responsable des Relations avec les Premières Nations, aussi ministre de la Sécurité publique, Ian Lafrenière, a réagi mardi soir sur les réseaux sociaux aux événements de lundi à Ekuanitshit.
«Je suis préoccupé par ce qui se passe et surtout par la sécurité de tout le monde [...]. Je veux bien comprendre la situation pour agir de façon responsable», a-t-il expliqué.
Ian Lafrenière affirme être en contact avec les chefs d’Ekuanitshit et de Nutashkuan.
«Je veux entendre leurs préoccupations et trouver des solutions ensemble pour éviter que les tensions augmentent. Je leur ai aussi proposé de nous rencontrer prochainement», a-t-il affirmé.
Selon le ministre, les agents de faune auraient annoncé que toutes les opérations sur le terrain étaient suspendues.
Questionné sur les événements, le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs a confirmé mercredi après-midi à Noovo Info qu’un processus d’enquête était en cours par la Protection de la faune du Québec «suivant des signalements concernant l’abattage d’un caribou».
«Des agents de protection de la faune sont en effet intervenus, avec un mandat de perquisition et avec la collaboration de la Sûreté du Québec, dans le secteur de Mingan, le 23 février, afin de faire évoluer l’enquête. Aucun commentaire ne sera émis pour ne pas nuire au processus», a-t-on ajouté.
Noovo Info a aussi contacté le Syndicat des agents de protection de la faune, mais n’avait pas reçu de réponses au moment d’écrire ces lignes.

