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Les gangs de rue recrutent les jeunes de plus en plus tôt

C’est ce qu’a constaté une chercheuse québécoise.

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Une voiture de police du SPVM est photographiée à Montréal le vendredi 22 août 2025. Une voiture de police du SPVM est photographiée à Montréal le vendredi 22 août 2025. (Christopher Katsarov/La Presse canadienne)

Des jeunes de plus en plus jeunes sont incités à rejoindre des gangs de rue et sont souvent attirés dans le monde criminel après avoir vécu des événements traumatisants pendant leur enfance, selon une chercheuse québécoise.

Dans certains cas, des enfants âgés d’à peine 11 ans sont recrutés.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Lundi, la présentatrice de CTV News, Caroline Van Vlaardingen, s’est entretenue avec Isabelle Fortin-Dufour, professeure au programme de psychoéducation de l’Université Laval, coauteure d’une étude récente qui s’est penchée sur la probabilité que les jeunes Canadiens qui rejoignent des gangs de rue aient subi des événements traumatisants pendant leur enfance.

Cet article a été modifié pour plus de clarté et de concision.

CTV News: Vous avez rencontré ces jeunes par le biais du système judiciaire et d’autres groupes communautaires. Que vous ont-ils dit sur la manière dont ils ont été recrutés et où?

Isabelle Fortin-Dufour: Ils ont été recrutés par des personnes dans la rue, principalement autour des écoles et aux arrêts de bus ou dans les stations de métro. Ils étaient très jeunes et n’allaient pas à l’école, ce qui pouvait indiquer aux membres du groupe que ces jeunes n’avaient personne pour les surveiller ou se soucier de l’endroit où ils se trouvaient.

Ils devenaient donc des proies faciles pour eux.

Au début, ils les recrutaient et leur confiaient de petites tâches : «Peux-tu apporter ceci à quelqu’un?»

Peu à peu, ils leur demandaient de faire des choses de plus en plus dangereuses, et lorsqu’ils se rendaient compte qu’ils faisaient des choses qu’ils ne voulaient pas faire, ils avaient l’impression que cela allait à l’encontre de leurs principes moraux.

Ils ne peuvent pas partir, car le gang leur dit : «Si tu pars, nous ne te protégerons plus, et si tu n’es pas protégé, tu mourras aux mains d’un groupe rival.» Il est donc très difficile pour les jeunes qui rejoignent ce groupe d’en sortir.

Isabelle Fortin-Dufour Isabelle Fortin-Dufour est professeure au programme de psychoéducation à l'Université Laval. (CTV News)

CTV News: Que leur offrait-on? De l’argent? De la drogue?

Isabelle Fortin-Dufour: L’argent est l’un des éléments, mais ce n’est pas le principal. Je pense que pour eux, c’est surtout la protection qu’ils obtiennent.

Ces jeunes – pas tous, mais beaucoup d’entre eux – ont un passé traumatisant. Ils ont été victimes d’abus de la part de leurs parents, dans une famille d’accueil ou de la part d’un autre membre de leur famille.

Ils sont donc déjà brisés, comme ils le disent eux-mêmes. Voici les mots qu’ils utilisent: «Nous étions déjà brisés, puis ils nous ont trouvés et nous ont obligés à faire des choses.»

Ils leur offrent un endroit où ils se sentent en sécurité. Ils leur offrent également un sentiment d’appartenance, ce qui est très important pour les personnes qui entrent dans l’adolescence. Cela répond à de nombreux désirs de personnes qui ont le sentiment de ne plus avoir leur place.

CTV News: S’ils voulaient partir, le pourraient-ils ? Comment les gangs les retiendraient-ils?

Isabelle Fortin-Dufour: Certains enfants nous ont dit qu’ils vivaient jour et nuit avec des gilets pare-balles parce qu’ils avaient tellement peur pour leur vie.

C’est ce que l’on ressent quand on quitte le groupe.

Vous avez 15 ou 16 ans, vous devez vous protéger, et vous ne vous sentez pas capable de parler à la police parce que vous avez peur d’aller en prison. De plus, vous vous sentez très mal à cause de ce qu’on vous a demandé de faire, et vous n’avez donc aucune issue.

Ils ne semblent pas s’en rendre compte, mais il existe quelques groupes qui travaillent dans les communautés et qui sont en mesure de les aider, mais ils ne sont pas encore présents dans toutes les villes du Québec.

CTV News: Vous avez mentionné la vulnérabilité de ces enfants. Quel message souhaitez-vous faire passer à la société et aux écoles, car comme vous le dites, certains d’entre eux sont simplement dans la rue sans que personne ne s’occupe vraiment d’eux?

Isabelle Fortin-Dufour: Nous pensons que les écoles sont le meilleur moyen d’aider ces enfants, car, bien sûr, si vous restez à l’école, les gangs n’auront pas le temps de s’occuper de vous, et si vous restez à l’école, vous avez plus de chances d’avoir un avenir meilleur.

Mais les écoles sont différentes aujourd’hui. Il y a trop d’enfants dans une classe. Ils ont de multiples problèmes, ils n’ont pas de soutien, ils n’ont pas le temps.

Quand un enfant disparaît, si ses parents ne le recherchent pas, l’école n’a que peu de moyens d’agir.

Si nous leur accordons plus d’argent et si nous les soutenons avec des personnes qui savent travailler avec ces enfants et qui sont capables de les atteindre, je pense que cela pourrait être une solution.

C’est la responsabilité de chacun. Si vous voyez un enfant de 11 ou 12 ans avec quelqu’un de 17 ou 18 ans, vous devriez vous demander pourquoi.

Il peut s’agir d’une belle amitié, je ne dis pas que c’est forcément mauvais, mais nous devrions nous interroger sur ce qui se passe.

Avez-vous besoin d’aide? Que vivez-vous? Je pense que ce sont tous les résidents qui pourraient faire la différence pour tous ces enfants.

S’ils ont un mentor, s’ils ont un coach, s’ils ont quelqu’un en qui ils peuvent croire, il leur est beaucoup plus facile de s’en sortir avec l’aide d’un adulte gentil qui se soucie d’eux.

CTV News

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