L’équipe de policiers du poste de quartier 39, à Montréal-Nord, qui a été démantelée l’été dernier en raison de comportements et gestes répréhensibles à caractère raciste, est restée en service pendant près d’une journée entière après que les enquêteurs eurent réuni suffisamment de preuves pour donner suite aux allégations.
Le démantèlement de cette équipe de 16 policiers a été annoncé par le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Fady Dagher, lors d’une conférence de presse tenue tard un vendredi soir, à la mi-juin.
Lors de cette conférence de presse, M. Dagher avait assuré que le SPVM agissait le plus rapidement possible pour protéger la population.
Or, lorsque confronté à des documents internes montrant que les enquêteurs avaient atteint le seuil justifiant des mesures de gestion décisives le 11 juin, soit la veille du démantèlement, le SPVM a confirmé avoir mis une journée à préparer son intervention.
Le corps policier a expliqué que les agents mis en cause dans cette affaire étaient en service de 21h le 11 juin jusqu’à environ 6h30 le lendemain matin. Durant cette période, ils étaient chargés de répondre aux appels d’urgence.
Le SPVM a finalement démantelé cette unité entre 20h30 et 21 h le 12 juin.
Dans un courriel transmis à La Presse Canadienne, le SPVM a précisé que plusieurs enjeux logistiques avaient dû être résolus avant qu’il puisse procéder au démantèlement. Notamment, il a dû s’assurer de pouvoir remplacer l’ensemble de l’équipe pour éviter d’interrompre les services à la population.
Le SPVM a refusé de dire si certains des 16 policiers en question avaient eu un contact direct avec le public entre le 11 et le 12 juin.
Questions et inquiétudes
Ces documents internes faisaient partie d’un dossier d’information préparé pour M. Dagher en vue de sa comparution devant des élus municipaux, en août. La Presse Canadienne les a obtenus grâce aux lois sur l’accès à l’information.
Ericka Alneus, cheffe intérimaire de Projet Montréal, le parti qui forme l’opposition à l’hôtel de ville, estime que M. Dagher doit faire preuve de plus de transparence sur ce qui s’est passé, dans un contexte où la confiance du public envers la police est déjà fragile.
À son avis, ces nouvelles informations soulèvent «des questions et des inquiétudes».
Cette unité intervenait à Montréal-Nord, un arrondissement où des tensions entre les résidants et la police existent depuis longtemps, notamment en raison d’allégations de brutalité policière.
Le SPVM a amorcé son enquête sur cette équipe en mars après avoir reçu des plaintes de l’interne faisant état de racisme présumé et de fautes professionnelles. On lui a notamment signalé que des agents auraient coupé les cheveux de citoyens racisés afin d’en faire des «trophées».
Les 16 membres de l’unité ont tous été relevés de leurs fonctions habituelles: deux ont été suspendus sur le champ, trois ont été affectés à des tâches administratives et onze ont été réaffectés. En août, le nombre d’agents suspendus était passé à quatre.
Le SPVM a transmis des éléments de preuve concernant quatre agents au Directeur des poursuites criminelles et pénales, qui n’a pas encore annoncé si des accusations seraient portées.
