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Exclusif | Une émeute éclate à la prison de Bordeaux: un nouveau couvre-feu qui ne passe pas

La grogne est palpable dans la plus importante prison provinciale du Québec.

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Exclusif | Une émeute éclate à la prison de Bordeaux: un nouveau couvre-feu qui ne passe pas Une émeute a éclaté en milieu de semaine à la prison de Bordeaux de Montréal en milieu de semaine, a appris Noovo Info.

Une émeute a éclaté en milieu de semaine à la prison de Bordeaux de Montréal, a appris Noovo Info.

La grogne est palpable dans la plus importante prison provinciale du Québec en raison d’un nouveau règlement obligeant les détenus à regagner leur cellule à compter de 21h, soit une heure plus tôt qu’auparavant.

Ce nouveau couvre-feu pour les détenus est peut-être la goutte qui fera déborder le vase à la prison de Bordeaux. Laura, prénom fictif, est la conjointe d’un des détenus de l’établissement carcéral.

Elle était au téléphone avec son conjoint lorsque le conflit a commencé. Un extrait de l’appel fourni à Noovo Info laisse entendre une dispute entre plusieurs personnes et des cris.

«Les détenus ont décidé de se braquer sans violence et ne voulaient pas rentrer dans leur cellule», affirme Laura. «Ils n’étaient que deux gardes sur le plancher. On parle de 180 détenus et plus pour deux gardes. Ils ont appelé d’autres gardes.»

Selon nos informations, l’émeute a duré plusieurs heures. Les autorités ont utilisé des gaz lacrymogènes et des grenades aveuglantes lors de l’opération. Personne n’a été blessé.

Depuis que son conjoint a raccroché en raison de l’émeute, Laura n’a plus de nouvelles de lui.

«Mon conjoint me disait: faut que je te laisse, faut que je te laisse. Je dois y aller.»

«C’est digne de Guantanamo et on est au Québec», a-t-elle laissé tomber.

Émeute prison (Noovo Info)

Le ministre Lafrenière réagit

Le ministère de la Sécurité publique, Ian Lafrenière, explique que Québec a pris cette décision dans le but de «permettre aux agents de services correctionnels de ne pas faire du temps supplémentaire obligatoire».

M. Lafrenière admet ne pas avoir été surpris lorsqu’il a été mis au courant de l’altercation entre les agents et les détenus.

On fait affaire avec des gens qui sont dans le milieu carcéral, car ils refusaient de respecter certaines règles, donc la nouvelle règle, ça n’a pas passé.

—  Ian Lafrenière, ministre de la Sécurité publique

«Je comprends que des gens ne sont pas contents, mais je le rappelle, c’est un milieu carcéral», a-t-il ajouté.

Lafrenière entrevue (Noovo Info)

Or, le manque de personnel n’est pas un argument valide aux yeux de la Ligue des droits et libertés.

«Ça ne peut pas être une excuse, une justification pour bafouer des droits. Ça attise les tensions et c’est néfaste pour tout le monde», a répliqué Lynda Khelil de la Ligue des droits et libertés.

Mme Khelil exhorte le gouvernement à examiner la réduction de la population carcérale en réduisant le recours à l’incarcération.

«On oublie aussi les proches qui subissent les impacts de l’incarcération», indique-t-elle.

De son côté, un agent carcéral déclare sous le couvert de l’anonymat que la mesure devait être appliquée à une certaine proportion de la population carcérale.

«Le fait que les détenus ne soient pas en accord avec de telles mesures et le clament avec des gestes de violence ne devrait pas nous faire peur», a déclaré Marcel (prénom fictif).

Noovo Info a tenté de joindre le Syndicat des agents carcéraux, qui n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Au moment d’écrire ces lignes, on ne savait pas si une autre émeute pourrait éclater à la prison de Bordeaux vendredi soir.