Depuis Noël, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a dû prêter assistance à des dizaines de migrants prisonniers du froid. Le secteur frontalier qu’il traverse comporte de nombreux dangers, comme l’expose un nouvel épisode choc de l’émission Entre les lignes.
Officiellement, la GRC peut confirmer qu’un peu plus d’une trentaine de migrants ont été retrouvés dans le cadre d’opération de sauvetage en bonne et due forme, ces deux derniers mois. L’intervention de la police a permis de sauver des vies, alors que bien souvent les migrants ont été retrouvés avec des engelures ou ont même dû être amputés.
L’épisode «La frontière qui tue» est disponible dans la section de l’émission «Entre les lignes» sur la plateforme Crave.
C’est que la traversée de la zone forestière entre les deux pays comporte de nombreux risques: la forêt est dense par endroit, on y retrouve de nombreuses zones marécageuses et les températures peuvent chuter rapidement.
La zone frontalière qui borde le Québec a été le théâtre de nombreux décès au cours des dernières années. D’autres se sont fait amputer des membres après des heures bloquées dans le froid hivernal de nos forêts.
Malgré ces décès, plusieurs migrants semblent tout faire pour quitter les États-Unis et rejoindre le Canada, quitte à risquer leur vie.
«Notre mandat premier est de défendre la frontière canadienne. Mais nous devons aussi mener des opérations de sauvetage. Des gens traversent avec des petits souliers en plein hiver sans se douter des risques qui les attendent. Bien souvent ils sont avec des enfants», explique le gendarme Denis Hugron de l’Équipe intégrée de la police des frontières de la GRC.
La fermeture du Chemin Roxham a contribué à empirer la situation à la frontière. «Avant les migrants traversaient et on les accueillait, mais avec les changements du Chemin Roxham, maintenant ils font tout pour nous éviter et essayer d’aller se cacher au Canada», explique le gendarme Gendron.
«Une dame a même accouché seule dans les montagnes de Potton. Ses eaux ont brisé en pleine forêt. Son mari a tenté d’aller chercher de l’aide, mais il s’est perdu dans la forêt».
Entre les lignes a participé à une chasse à l’homme en raquette avec des agents de la GRC tentant de retracer un passeur et son client. Il a été possible de constater l’ampleur des outils en place pour sécuriser la frontière, puis les efforts déployés pour retrouver les deux individus qui ont fait le choix de contourner les postes frontaliers.
«On vient de recevoir un appel des Américains pour trois personnes qui auraient traversées», peut-on entendre sur les walkies-talkies des agents. Rapidement, la tension monte, alors que de nombreux agents frontaliers sont mobilisés, ainsi qu’un drone et l’hélicoptère Blackhawk de la GRC.
«Il y a des passeurs avec des demandeurs d’asile, mais il peut aussi y avoir du trafic d’armes, donc il faut faire attention et prendre la situation très au sérieux», explique le caporal Pascal Tardif.
Finalement, c’est deux hommes dans la vingtaine qui ont traversé la frontière. L’un serait passeur, l’autre un Sénégalais qui espérait fuir au Canada rejoindre sa femme. L’ambulance a été appelée pour le prodiguer des soins, alors qu’on craint qu’il ait subi une engelure.
Les passeurs peuvent exiger des milliers de dollars à leurs victimes en échange d’une traversée présentée par ces criminels comme étant «relativement facile», selon les policiers.
«Il y a des passeurs qui exigent des services sexuels à leurs victimes. Certains passeurs n’ont aucun scrupule. Je me souviens d’une famille à qui on a demandé 27 000$. Ils n’avaient plus rien», souligne Denis Hugron.
Encore plus d’interceptions
Le chiffre fourni par la GRC pour des migrants sauvés in-extremis du froid ne compte pas les nombreuses autres interceptions du corps policier dans le cadre de ses opérations normales. Des opérations où des migrants des passeurs doivent aussi régulièrement être transportés à l’hôpital pour des engelures.
Dans l’un des centres de contrôle de la GRC à Lacolle, un mur d’écrans permet d’observer les allées et venues le long de la frontière à l’aide de nombreuses caméras. Si le Canada et les États-Unis connaissent certaines tensions politiques, les policiers frontaliers travaillent main dans la main, a-t-on pu constater.

Une compassion nécessaire
Alors que les conflits dans le monde se multiplient, il est peu probable que le nombre de migrants diminue à la frontière du Canada.
Il faut faire preuve de compassion, selon Hady Anne de l’organisme Solidarité sans frontière. Lui-même a traversé de manière «irrégulière», un terme qu’il déteste.
«Quand il y a un sentiment anti-immigrants aux États-Unis, les gens fuient pour leur sécurité. Je ne regrette pas d’être entré de cette façon au pays, c’est un droit que j’ai exercé. Si c’était à refaire, je le referais», dit-il.

«Aujourd’hui je me sens Québécois, Canadien. J’ai deux fils qui étudient ici. Nous sommes dans une société qui a ses différences et il faut respecter ces différences», insiste-t-il.
Le dernier épisode d’Entre les lignes «La frontière qui tue» offre une perspective inédite sur le quotidien des agents frontaliers et des citoyens qui vivent le long de la frontière. À voir sur la plateforme Crave dès maintenant!
Précision
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