Un ancien employé d’Air Canada était-il un complice qui a contribué à l’un des plus grands braquages d’or de l’histoire du Canada, ou bien un bouc émissaire exploité par un ami de longue date et laissé seul à prendre le blâme?
Tels étaient les deux scénarios contradictoires présentés lundi devant un tribunal de Brampton, en Ontario, alors que les procureurs et les avocats de la défense prononçaient leurs plaidoiries finales dans le cadre du procès de Parmpal Sidhu.
M. Sidhu a plaidé non coupable de vol de plus de 5000 $ et de complot en vue de commettre un acte criminel en lien avec le braquage survenu en avril 2023 à l’aéroport Pearson de Toronto.
Le tribunal a appris que le profil de M. Sidhu avait été utilisé pour imprimer un bordereau d’expédition falsifié qui a permis à un autre homme de récupérer plus de 22 millions $ en or et en devises, mais qu’il n’était pas rare que des employés utilisent le profil d’une autre personne sur des ordinateurs partagés.
Les procureurs affirment que c’est M. Sidhu qui a imprimé le bordereau d’expédition falsifié et qui a passé l’appel pour autoriser la livraison. Ils ont également fait valoir qu’il entretenait des liens étroits avec Simran Preet Panesar, qui travaillait pour la compagnie aérienne à l’époque et qui est toujours recherché dans le cadre de cette affaire, ainsi qu’avec Archit Grover, un autre prévenu.
M. Sidhu a été mis en cause par Arsalan Chaudhary, considéré comme l’un des architectes du plan, et a fait une «remarque très explicite concernant la perte de sa part» dans des écoutes téléphoniques datant de février 2024, a fait valoir la procureure de la Couronne Jelena Vlacic.
«Compte tenu de l’existence de ces différents éléments (…) il est pratiquement impossible que M. Sidhu n’ait pas été impliqué dans la planification et l’exécution du vol», a-t-elle dit.
Sidhu a été manipulé, dit la défense
La défense, quant à elle, a fait valoir que les preuves tendaient vers une version différente: celle selon laquelle M. Sidhu aurait été manipulé par M. Panesar, son collègue de l’époque et ami depuis près de 20 ans, qui, selon elle, aurait en réalité orchestré le braquage de l’intérieur.
M. Panesar a démissionné dans les mois qui ont suivi le braquage et a quitté le Canada avec sa famille après avoir été interrogé par la police, comme cela a été rapporté au procès. Il n’est jamais revenu et un mandat d’arrêt valable sur tout le territoire canadien a été lancé à son encontre.
M. Panesar a «détourné» l’identifiant et le mot de passe de M. Sidhu ainsi que ceux de deux autres employés, tandis que Chaudhary utilisait M. Sidhu comme un «répartiteur téléphonique aveugle» pour joindre son complice présumé lorsque celui-ci ne répondait pas au téléphone, a fait valoir l’avocat de la défense, Shale Wagman.
«Puis, lorsque la police a resserré l’étau, Panesar et Chaudhary se sont enfuis à l’étranger, laissant M. Sidhu dans le pétrin, avec une carrière ruinée, des frais de justice qui s’accumulent et des promesses non tenues de réparer les dégâts qu’ils avaient causés», a-t-il fait valoir.
«Il ne s’agit pas là de spéculations fragmentaires. Cette explication unique et cohérente relie tous les éléments de cette affaire», a-t-il déclaré, ajoutant que les enquêteurs n’avaient trouvé aucune somme provenant du braquage au domicile de M. Sidhu et sur ses comptes bancaires.
En réponse, la Couronne a fait remarquer qu’il n’y avait aucune preuve que M. Panesar a utilisé le nom d’utilisateur et le mot de passe de M. Sidhu, ni que M. Panesar et Chaudhary n’aient fait des «promesses creuses» depuis l’étranger, et que ces éléments ne devaient être considérés que comme des hypothèses.
Chaudhary était l’un des témoins clés de la Couronne dans cette affaire.
Il a été arrêté plus tôt dans l’année alors qu’il rentrait de Dubaï et a depuis plaidé coupable de vol d’un montant supérieur à 5000 $. Il a été condamné à quatre ans de prison et s’est vu accorder un délai de 40 ans pour rembourser 22 millions $ à titre de dédommagement.
Des trous de mémoire
À la barre le mois dernier, Chaudhary a déclaré avoir planifié le braquage avec M. Panesar et avoir fini par s’emparer de 30 % des caisses remplies de lingots d’or. Il a ensuite fondu une partie de l’or et l’a vendu contre de l’argent liquide avant de s’enfuir au Pakistan, a-t-il expliqué.
Chaudhary a affirmé avoir communiqué avec M. Sidhu le jour du vol, mais ne pas se souvenir de ce qu’il lui avait dit.
Il a déclaré à la cour qu’il avait fait savoir à M. Sidhu que le camion et le chauffeur étaient prêts le jour du braquage et que M. Sidhu avait répondu: «OK».
Mais au fil de son témoignage, Chaudhary a surtout affirmé ne pas se souvenir des détails des conversations qu’il avait mentionnées lors de précédentes déclarations devant le tribunal — notamment celle de juillet, où il avait indiqué avoir parlé à M. Sidhu au téléphone à trois reprises le jour du braquage.
Interrogé sur sa précédente déclaration selon laquelle il avait discuté des aspects logistiques du plan avec M. Sidhu, Chaudhary a répondu qu’il ne se souvenait pas l’avoir fait.
Il a attribué ses trous de mémoire à un syndrome de stress post-traumatique lié à son enlèvement présumé au Pakistan.
L’affaire est jugée par un juge siégeant seul et un verdict est attendu à la fin du mois de janvier 2027.
À l’approche du procès, les procureurs ont abandonné les poursuites contre deux autres hommes mis en cause dans cette affaire: Ali Raza et Amit Jalota.

