CTV News a obtenu des images de surveillance d’une explosion survenue il y a deux ans chez Ferrari Québec, qui a causé de graves brûlures et des blessures mettant en danger la vie d’un Montréalais.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Richard Papazian, mari et père de deux enfants, a été transporté d’urgence au centre des grands brûlés du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) dans un état critique, où il a été maintenu dans un coma artificiel pendant quatre semaines.
M. Papazian a subi des brûlures de deuxième et troisième degrés sur plus de 56 % de son corps.
Il a subi plusieurs greffes de peau qui ont échoué, de multiples interventions chirurgicales et a dû subir une dialyse en raison de la détérioration de sa fonction rénale.
Son épouse a pris un congé indéfini pour s’occuper de lui.
CTV News a visionné l’intégralité de la vidéo de 28 minutes montrant l’explosion du 7 août 2024, les conséquences de celle-ci et l’arrivée des premiers répondants.
Les images ont été filmées au deuxième étage de la concession.
M. Papazian a choisi de ne pas regarder la vidéo, à l’exception d’un bref extrait diffusé par CTV News.
«Je n’ai pas regardé la vidéo et je ne suis pas prêt à la regarder pour l’instant», a expliqué M. Papazian.
Poursuite de 20,8 millions de dollars
M. Papazian poursuit le concessionnaire de luxe, Ferrari North America et le siège social de Ferrari à Maranello, en Italie, pour 20,8 millions de dollars, alléguant que l’explosion a été causée par « une négligence grave, une imprudence et une faute intentionnelle ».
La poursuite cite des employés, des gestionnaires et le propriétaire du concessionnaire Ferrari Québec, Gad Bitton.
M. Bitton est président et chef de la direction de Holand Automotive Group, le détaillant de voitures de luxe propriétaire de Ferrari Québec. Il s’agit d’une vaste entreprise mondiale, avec des concessions Ferrari réparties de Torrance, en Californie, jusqu’à Bucarest, en Roumanie.
La Ferrari appartenait à Luc Poirier
La voiture qui a explosé appartenait au magnat de l’immobilier et multimillionnaire québécois Luc Poirier.
La vaste collection de voitures et de motos de M. Poirier comprend des Lamborghini, des McLaren, des Porsche et des Ducati.
Les Ferrari sont toutefois sa marque préférée. Il en possède 39, principalement des modèles en édition limitée datant de 1967 à 2023.
M. Poirier a confirmé à CTV News que sa Ferrari 360 de 2004 se trouvait chez le concessionnaire Ferrari Québec pour des réparations esthétiques.
Ce même été, M. Papazian s’est rendu chez le concessionnaire et allègue dans sa poursuite qu’un vendeur lui a proposé de l’emmener au deuxième étage pour lui montrer la Ferrari de M. Poirier.
Selon la poursuite, le vendeur a tenté à plusieurs reprises de démarrer la voiture. Entre-temps, de l’essence s’écoulait de la voiture sur le plancher. Le carburant et les vapeurs se sont enflammés, provoquant une explosion qui a enveloppé M. Papazian de flammes.
«Acte indéfendable de négligence grave»
Après être sorti du coma, M. Papazian a appris que la rampe d’injection et les injecteurs avaient été retirés du moteur de la voiture de M. Poirier.
La poursuite affirme que « le retrait de composants essentiels à la gestion du carburant a transformé le véhicule en une bombe à retardement ».
Elle allègue également que «les clés avaient même été négligemment laissées dans le véhicule, permettant à quiconque de démarrer le moteur, un acte imprudent et indéfendable de négligence grave...»
Elle ajoute que «la batterie n’avait pas été débranchée, alors qu’un geste aussi simple aurait empêché l’explosion».
M. Poirier a confirmé à CTV News que le retrait de la rampe d’injection et des injecteurs avait été effectué à son insu et sans son consentement, et qu’il avait appris l’explosion pour la première fois lorsqu’il avait reçu un appel téléphonique anonyme.
Le personnel de Ferrari Québec a été «réduit au silence», allègue la poursuite
La poursuite de M. Papazian allègue que M. Bitton «a imposé une ordonnance de silence à ses employés" et « a réduit tout son personnel au silence».
M. Papazian s’est demandé pourquoi l’incident n’avait fait l’objet d’aucune couverture médiatique au moment où il s’est produit.
«Je ne comprends vraiment pas comment il est possible qu’une voiture explose dans une concession, que quelqu’un ait failli être tué par l’explosion, et qu’il n’y ait eu aucune couverture médiatique. J’ai trouvé cela très suspect.»
— Richard Papazian
La poursuite allègue que l’absence de couverture médiatique était «certainement due à l’influence de Bitton et à sa volonté de préserver la fausse image d’un établissement respectable…»
CTV News a contacté Ferrari Québec pour obtenir des commentaires, mais n’a pas reçu de réponse. Cependant, à la suite d’un reportage de CTV News début mai, l’entreprise a publié une déclaration par l’intermédiaire d’une agence de relations publiques, indiquant que la concession ne ferait aucun commentaire sur les circonstances de l’événement en raison de la procédure judiciaire en cours.
La déclaration répondait aux allégations concernant M. Bitton, affirmant que «les descriptions actuelles ne reflètent pas fidèlement la personnalité de M. Gad Bitton. Ceux qui le connaissent savent qu’il est un homme profondément dévoué qui a bâti sa carrière grâce à son travail acharné et à sa détermination, et qui accorde une grande importance à ses responsabilités et aux relations humaines.»
«Le SPVM n’est pas en mesure de commenter»
En avril, CTV News a obtenu un rapport de police largement caviardé détaillant l’incident. Une source a par la suite fourni une version moins caviardée de ce rapport, qui révélait qu’un communiqué de presse avait été préparé pour être enregistré sur la ligne d’information du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) – mais l’information n’a jamais été diffusée.
CTV News a contacté le SPVM pour obtenir des explications, mais la police a refusé la demande d’entrevue et a fourni une déclaration.
«Le SPVM n’est pas en mesure de commenter l’incident ou le procès civil mentionné dans votre demande. Comme il s’agit d’un litige civil entre des parties privées, le SPVM doit s’abstenir de toute déclaration qui pourrait être interprétée comme influençant, validant ou contredisant des questions actuellement devant les tribunaux.»
La déclaration ajoute: «Le SPVM ne peut divulguer ni discuter des processus décisionnels internes concernant les communications avec les médias ; des évaluations opérationnelles effectuées pendant une intervention en cours ou passée ; des considérations d’enquête, y compris l’évaluation d’éléments criminels potentiels.»
Un week-end de F1 gâché
Alors que les festivités du Grand Prix de Montréal battent leur plein, M. Papazian a expliqué qu’il ne pouvait plus profiter de ce qui était autrefois une passion.
«Le week-end de F1 était un moment très important pour ma famille», a-t-il dit.
«Nous profitions ensemble du week-end et des festivités de la F1, et maintenant, je ne suis plus intéressé à participer à quoi que ce soit ayant trait à la F1 ou aux Ferrari.»
Il a ajouté que, pour aggraver encore les choses, il attend toujours de récupérer son dépôt de 20 000 $ pour la Ferrari qu’il souhaitait initialement acheter.
