Des victimes d’un violeur en série qui sévissait il y a plus de 30 ans dans un parc de l’est de Montréal peuvent enfin pousser un soupir de soulagement. Leur agresseur a reconnu aujourd’hui avoir agressé sexuellement trois adolescentes entre octobre 1990 et 1991. Mais durant ses décennies de cavale, le prédateur sexuel a fait au moins six autres victimes.
L’affaire remonte au tournant des années 1990. Pendant des mois, le parc de l’est de Montréal a été le terrain de chasse d’un violeur en série, qui prenait pour victimes des élèves d’une école secondaire à proximité. Entre octobre 1990 et octobre 1991, au moins trois adolescentes ont été violemment agressées dans le même secteur du parc Thomas-Chapais, à Tétreaultville. À l’époque, les preuves ADN pointent vers un même agresseur, mais aucun suspect n’est jamais appréhendé.
Plus de 30 ans plus tard, grâce à la ténacité des victimes, justice peut enfin être rendue. Jean Desormeaux, aujourd’hui âgé de 61 ans, a plaidé coupable jeudi au palais de justice de Montréal à huit chefs d’accusations en lien avec cette série d’agressions sexuelles.
L’accusé est resté de marbre lors de la lecture des déclarations de April et Cynthia Joa, deux sœurs, qui étaient accompagnées de leurs parents. Le juge a salué la résilience, le courage et la persévérance des victimes de Desormeaux.
«Ce que j’ai vécu ne s’efface pas. Et je sais qu’il ne s’effacera jamais», a dit April Joa lors de sa prise de parole. «Ce crime m’a volé ma paix, ma sécurité et une partie de mon identité. Il m’a arraché une enfance qui devait être magique, innocente et protégée».
«Cela fait plus de 34 ans que je vis avec des séquelles psychologiques, mais aussi ce désir profond de justice»
— April Joa
«Ce que mes proches et moi avons enduré au fil des ans à cause des gestes méprisables commis envers moi — une enfant de 14 ans — ne doit jamais se reproduire», a ajouté April Joa.
Avec l’aide d’une amie enquêtrice privée, April et Cynthia Joa ont d’ailleurs pu retracer une autre victime et faire réactiver leurs dossiers au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).
Longue feuille de route criminelle
Un dénouement doux-amer pour les victimes. Car dans les décennies qui se sont écoulées depuis, Desormeaux a fait plusieurs autres victimes. Il vient notamment d’être reconnu coupable de contacts sexuels sur une enfant de 8 ans survenus entre le 1er janvier 2014 et le 25 février 2015 à Mirabel, dans les Laurentides. Un crime pour lequel il a écopé de six ans de pénitencier en plus d’être déclaré délinquant à contrôler pour une période de cinq ans.
La Couronne a demandé jeudi qu’une nouvelle évaluation en vue de prolonger la période pour laquelle le criminel devra être considéré comme un délinquant à contrôler.
Desormeaux a une longue feuille de route criminelle. Entre 1988 et 1989, il plaide coupable à plusieurs chefs d’accusation pour vol qualifié, introduction par effraction, possession d’un véhicule volé et conduite avec facultés affaiblies dans quatre affaires distinctes. Il était en probation lorsqu’il a commis la série d’agressions sexuelles dans le parc Thomas-Chapais.
Jeudi, l’avocate de la défense a mentionné au tribunal que son client aurait confié en 1996 à un enquêteur avoir fait d’autres victimes au parc Thomas-Chapais. Des coupures de journaux de l’époque font d’ailleurs état d’au moins quatre agressions survenues au même endroit.
Manon Arsenault vivait à deux pas du parc lorsque sont survenues les agressions. Sa fille fréquentait l’école primaire adjacente au parc. Déçue de la réaction des autorités policières et municipales, elle organise avec d’autres parents une manifestation pour demander que le parc soit sécurisé.
En juin 1991, à peine trois semaines après l’agression de sa deuxième victime dans le parc, il est arrêté pour une autre agression sexuelle commise à Montréal. Il plaidera coupable deux ans plus tard, sans jamais être questionné au sujet des agressions sexuelles à Tétreaultville.
En 1996, il plaide coupable dans trois dossiers distincts d’agressions sexuelles et écope de 5 ans d’emprisonnement.
En 2015, il est inscrit à perpétuité au registre des délinquants sexuels après avoir été reconnu coupable dans une autre affaire à Saint-Jérôme. Un échantillon de son ADN est alors recueilli et ajouté à la Banque nationale de données génétiques de la GRC.
Pourtant, ce n’est que 8 ans plus tard que cet échantillon permettra de le relier à la série d’agressions commises au parc Thomas-Chapais.
Le dossier de Desormeaux sera de retour devant le tribunal le 16 avril prochain.
